"Le nouveau missile russe pourrait toucher Bruxelles en 15 minutes, mais Vladimir Poutine n'est pas suicidaire"
Selon le colonel Roger Housen, le missile Orechnik développé par la Russie pourrait bien frapper Bruxelles en 15 minutes. Mais, selon lui, il n'y a aucune raison de s'inquiéter. "Moscou tente de nous effrayer, mais on voit que le Kremlin est très prudent."

- Publié le 25-11-2024 à 11h38
- Mis à jour le 25-11-2024 à 21h36

Les images font froid dans le dos: Orechnik - le nouveau missile hypersonique mis au point par la Russie et utilisé la semaine dernière en Ukraine - frappant la capitale de l'Europe en une quinzaine de minutes. S'il ne s'agit que d'une simulation, celle-ci a bien été diffusée en direct sur la chaîne de télévision publique russe "RT". Mais pas de quoi s'inquiéter selon le colonel Roger Housen. Interrogé par nos confrères de Het Laatste Nieuws, ce dernier estime que nous assistons actuellement à un "spectacle", une démonstration de force visant à effrayer l'Occident. Et qui a commencé avec le tir de ce missile hypersonique, qui n'est encore qu'un prototype, sur le territoire ukrainien. "Poutine devait réagir après que le président des Etats-Unis Joe Biden a autorisé l'Ukraine à utiliser des missiles américains contre des cibles en territoire russe", a-t-il rapporté.
"Cette 'diplomatie de la porte dérobée' montre que les Russes restent très prudents"
Le Kremlin a donc contre-attaqué, avec le dernier venu au sein de son artillerie. Au premier abord, cela ressemblait à une escalade conséquente dans le conflit ukrainien, qui pouvait entraîner une réponse des alliés. Mais, comme l'a expliqué le colonel interrogé par HLN, la Russie avait pris des mesures pour éviter d'énerver les Etats-Unis. "Les Américains savaient déjà un jour avant l'attaque russe qu'il se préparait quelque chose et ont temporairement évacué leur ambassade à Kiev", a-t-il détaillé. "Une demi-heure avant le lancement du missile, les Russes ont même prévenu les Américains. Moscou voulait ainsi éviter que toutes les alarmes nucléaires ne se déclenchent à Washington. Cette 'diplomatie de la porte dérobée' montre que les Russes restent très prudents." Cette situation illustre bien, selon le spécialiste belge de la Défense, à quel point Moscou ne souhaite pas d'escalade avec l'Occident. Et ne risquerait donc pas de frapper une cible européenne. "Vladimir Poutine n'est pas suicidaire", a-t-il ajouté.
Il a toutefois reconnu que les calculs concernant la vitesse à laquelle l'Orechnik pourrait atteindre notre pays étaient corrects. "Ce missile pourrait toucher Bruxelles en environ quinze minutes. Cela vaut également pour Londres ou Paris", a-t-il postulé, dans les colonnes de HLN, arguant toutefois que les Américains en seraient informés dans la seconde après le tir du missile. "Ensuite, il faut cinq secondes aux puissants ordinateurs américains pour déterminer le type de missile. Deux minutes plus tard, ils savent dans quelle direction il se dirige. Une minute supplémentaire leur suffit pour en informer leurs alliés. Ainsi, si un missile est en route vers Bruxelles, nous le saurons environ trois minutes après son lancement. (...) Mais nous ne pourrions presque rien faire. Nous ne disposons pas nous-mêmes de défense aérienne, et les systèmes classiques des Allemands, Français ou Américains ne sont pas efficaces contre un missile balistique hypersonique." Il a toutefois précisé que l'Orechnik pouvait être bel et bien intercepté par deux types de défense aérienne, qui sont très coûteux utilisés par les Israéliens et les Américains. Ce dernier, appelé système THAAD, serait actuellement présent sur le sol polonais, mais ne couvrirait qu'une surface limitée.
Vladimir Poutine et l'arme nucléaire
Comme le colonel Roger Housen, Tanguy Struye s'est voulu rassurant. Dans une interview à La Libre ce samedi, le professeur en Relations internationales à l'UCLouvain et chercheur associé à l'Institut Egmont a estimé que nous ne devions pas craindre une attaque mais que la situation électrique pouvait facilement dégénérer. "Nous sommes dans une phase de bluff, de surenchère. Il faut la maîtriser, sinon on peut aboutir à des interprétations biaisées et à une escalade du conflit. C'est pourquoi il ne faut pas que l'Occident entre dans une posture réactive sans connaitre les faits exacts", a-t-il mis en garde.
La semaine dernière, Moscou a également modifié sa doctrine nucléaire. "Parmi les conditions justifiant l'utilisation des armes nucléaires figure le lancement de missiles balistiques contre la Russie", selon ce décret. Et, vu l'utilisation de missiles britanniques et américains par l'Ukraine pour frapper la Russie, la question se pose d'un possible recours à l'arme nucléaire par la Russie contre ces deux pays. Mais, pour Tanguy Struye, Vladimir Poutine n'est pas du tout dans cette logique à l'heure actuelle. "Il sait très bien que Trump arrive au pouvoir le 20 janvier et que cela peut changer la donne. Il voit peut-être enfin une opportunité d'obtenir tout ce qu'il veut: tout le Donbass, la Crimée... Mais je ne sous-entends pas qu'il faut sous-estimer et écarter l'usage d'une arme tactique."
