Dans l'entourage de Vladimir Poutine, des langues se délient au grand dam du président russe
L'opération spéciale de Vladimir Poutine commence à faire grincer des dents dans les hautes sphères russes. Certains perdent patience et voudraient voir la guerre se terminer rapidement.

- Publié le 13-01-2025 à 11h21
- Mis à jour le 13-01-2025 à 13h20

Le 24 février 2022, Vladimir Poutine prend la parole à la télévision russe pour annoncer entamer une "opération spéciale" en Ukraine. Dans la foulée, ses hommes entrent sur le territoire ukrainien. Débute ainsi une guerre qui continue de faire des ravages, trois ans plus tard.
Au grand dam de l'élite russe. Interrogé par le média indépendant Meduza, certains proches du Kremlin n'ont pas hésité en ce mois de janvier 2025 à critiquer la position de Vladimir Poutine concernant le conflit en Ukraine. "Nous sommes déçus", a rapporté une source au sein du gouvernement russe. "Nous nous attendions à ce que la guerre se termine, à ce que les combats cessent. La fatigue est le sentiment qui prévaut depuis longtemps. Nous sommes même fatigués d'attendre." Ce qui dérange surtout ce membre de l'exécutif russe, ce n'est pas tant les nombreuses vies perdues jour après jour mais bien les sanctions qui mettent à mal l'économie du pays. C'est pourquoi il plaide pour une fin du conflit rapide. "Nous nous attendons à une levée de ces sanctions, qui nous font de plus en plus souffrir, en échange de la paix", a-t-il ajouté.
Il y a ceux aussi qui voudraient que le président russe aille plus loin
Et si Vladimir Poutine ne fait pas l'unanimité vis-à-vis de ceux qui veulent voir la guerre prendre fin, il agace également l'élite pro-guerre. "Les 'patriotes', principalement des responsables de haut rang de la sécurité, ne sont pas satisfaits. Ce qu'ils ont ne leur suffit pas. Ils veulent une mobilisation, une transition complète du pays pour répondre aux besoins de la guerre", a détaillé une source proche de l'administration, interrogée par Meduza.
Mais, avec l'arrivée de Trump au pouvoir, chacun est conscient qu'un processus de négociation sera entamé pour mettre un terme au conflit en Ukraine. Des médias russes ont d'ailleurs rapporté que le pays avait organisé un séminaire afin de discuter des élections législatives de 2026 et de la façon dont sera présentée l'issue de la guerre. "J'ai réalisé une chose", a confié l'un des participants à ce séminaire. "Peu importe le résultat, il sera présenté comme une victoire." Pourtant, les différentes sources s'accordent à dire que la Russie risque de devoir faire des concessions, vu les récentes déclarations du futur président américain.
Enfin, quant à la situation à Koursk, elle a changé la donne pour les 10 personnes interrogées. L'attaque ukrainienne sur le sol russe en août 2024 a offert au chef du Kremlin un argument de poids pour poursuivre sa guerre. Mais l'une des sources de Meduza a toutefois admis que, même sans cette incursion sur son territoire, le président russe n'aurait pas mis un terme au conflit à cette époque. "Poutine aime se battre, c'est excitant pour lui", a regretté ce membre de l'administration russe.
"Vladimir Poutine devrait se méfier de son état-major"
Dans une interview à La Libre, Anne Godard (UMons) avait déjà rapporté que certains militaires "se posaient des questions" sur Vladimir Poutine. "Il devrait se méfier de son état-major, surtout au sein du secteur aérien. Ce sont des gens très intelligents. Ils comprennent qu'il ne propose pas d'avenir. Il instaure l'ambiance Stalingrad: la Russie est une forteresse assiégée et tout est mis en œuvre pour la protéger", avait-elle estimé.
Quant à la population russe, elle aspire à la stabilité, selon la spécialiste. "Il y a ceux qui sont dégoutés et qui partent. Puis, il y a ceux qui restent et qui savent que s'ils disent quoi que ce soit ils risquent de graves ennuis. Mais certains soutiennent quand même encore Poutine. Je dirais que 35% de la population estime qu'il redore le blason du pays, qu'il galvanise la Russie et soigne les névroses. Leur président montre que la Russie n'a pas besoin des autres, qu'elle peut se défendre toute seule. C'est paradoxal mais il est à la fois rassurant et inquiétant."
