Drones, boucliers, bunkers souterrains… "Protéger tout le réseau énergétique ukrainien est impossible"
En quatre ans, près de six mille frappes russes ont ciblé les infrastructures énergétiques ukrainiennes pour priver la population de gaz et d'électricité, et la pousser à capituler.
- Publié le 26-03-2026 à 06h40
- Mis à jour le 26-03-2026 à 06h49

Mi-mars, les Ukrainiens étaient encore privés d'électricité dans les oblasts de Kharkiv, Zaporijia, Dnipropetrovsk, Donetsk, Soumy, Kherson et Kiev. Quelques jours plus tôt, le président ukrainien Volodymyr Zelensky annonçait avoir "chargé le commandant de l'armée de l'air des forces armées ukrainiennes, en collaboration avec le ministère de la Défense, le ministère de l'Energie et les responsables locaux, de travailler sur les solutions concrètes que nous avons évoquées afin de renforcer la protection des infrastructures".
Tous les Ukrainiens sont d'accord sur ce point, reste à déterminer quelles mesures peuvent être mises en place suffisamment rapidement. "Protéger totalement le réseau est impossible", observe le CEO de Nafogaz, Sergii Koretskyi. Et comme le monde le sait, l'élément clé de notre défense c'est une bonne défense aérienne. Le président, le gouvernement et tous les Ukrainiens ne cessent de demander des systèmes Patriot ou équivalents, des outils de brouillage, des drones, et tout ce qui peut contrer les attaques de l'ennemi."
Cette demande semble en partie avoir été entendue. Le samedi 14 mars, le président français Emmanuel Macron a annoncé l'envoi en Ukraine d'un certain nombre, non précisé, de systèmes de défense SAMP/T NG de nouvelle génération pour contrer les missiles balistiques russes. Même si cela ne suffira pas, c'est un soutien important.
Pas de bouclier de 25 m
Reste, la défense au sol des infrastructures. Comme le rappelle le CEO de la compagnie pétrolière et gazière nationale d'Ukraine, "si on parle d'infrastructures gazières ou des stations de compression, il s'agit d'équipement massif de 25 mètres de haut qu'il n'est tout simplement pas possible de recouvrir d'un bouclier de béton. Il faut trouver d'autres solutions".
Un constat que partage le vice-ministre ukrainien de l'Énergie, Anatoliy Kutsevol. "Tous les éléments du réseau énergétique sont différents. Il faut donc trouver des modes de protection différents : des blocs de béton sur plusieurs niveaux pour freiner les attaques et limiter les dégâts, des structures en métal, des techniques pour maintenir les drones à distance… Mais plus fondamentalement, il est essentiel de couvrir l'ensemble du réseau car si un élément est surprotégé, l'ennemi se contentera d'en attaquer un autre. On parle beaucoup de construire des abris en béton autour des points les plus sensibles (des boucliers de béton ont été érigés autour de la moitié des transformateurs du réseau ukrainien, NdlR), mais on peut se demander s'il ne serait pas plus simple d'enterrer tout simplement les infrastructures de plus grande taille."
Dont acte, l'Ukraine a lancé un chantier de sous-stations électriques situées sous terre, selon l'opérateur du réseau, Ukrenergo. Une sous-station aurait déjà été "bunkérisée" en sous-sol, une seconde serait en cours de construction. S'il s'agit sans doute d'une solution d'avenir, la démarche coûte toutefois cher – des millions de dollars par sous-station – et prend beaucoup trop de temps pour répondre aux besoins immédiats.
La Russie cible également l'eau
Moscou étend par ailleurs ses opérations de destruction aux infrastructures de transports et à l'alimentation en eau. "Tous les services municipaux, en ce compris l'alimentation en eau, ne peuvent de toute façon pas fonctionner sans électricité commente Anatoliy Kutsevol. Si votre réseau est détruit, vous n'avez ni chaleur, ni eau, ni électricité. Et il en va de même pour les entreprises."
Selon le centre de réflexion américain Institute for the Study of War (ISW), la Russie aurait toutefois "échoué à atteindre ses objectifs pour l'hiver 2025-2026, soit la dégradation de la sécurité énergétique en Ukraine, de la capacité industrielle du pays, et de la volonté des Ukrainiens de continuer à se battre".

