En Israël, Netanyahou ne se laisse pas ébranler par les protestations populaires : "La démocratie est actuellement à son plus bas"
Malgré une manifestation d'ampleur à Tel Aviv dimanche, le Premier ministre et son gouvernement ne lâchent pas de lest sur la guerre israélienne à Gaza. Mais une nouvelle revendication circule parmi les familles d'otages : la tenue d'un référendum populaire sur la poursuite ou non de cette guerre.
- Publié le 19-08-2025 à 15h42
- Mis à jour le 19-08-2025 à 16h34

Si, comme d'ordinaire en Israël, il n'existe pas de décompte officiel du nombre de manifestants, il a fallu des centaines de milliers d'entre eux pour remplir les larges artères de Tel Aviv et sa "place des otages", où se concentrait la majorité de la foule ce 17 août. Et ce alors que le dimanche, premier jour de la semaine en Israël, est traditionnellement exempt de mouvements de contestation. "La majorité des gens viennent d'habitude à Tel Aviv le samedi pour demander le retour des otages… Cette fois-ci, des points de rendez-vous ont été établis partout dans le pays, et nous étions des millions", s'enthousiasme Katy, 68 ans.
Pour sa part, elle défile de manière régulière au côté des "Mères contre la violence", dont les membres, toutes des femmes, se battent de longue date pour la fin de l'occupation par leur pays des territoires palestiniens et, depuis 2023, pour celle de la guerre à Gaza. Comme un grand nombre d'Israéliens, Katy et son groupe ont crié, dimanche dans la ville côtière, leur opposition ferme à une potentielle réoccupation de Gaza Ville par l'État hébreu, votée par le cabinet de guerre la semaine passée. La décision, portée par les représentants de l'extrême droite messianique, a été immédiatement condamnée par les Nations unies.
Une colère redoublée
Pour les protestataires, elle s'est ajoutée à la liste des raisons d'une colère toujours redoublée contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Celui-ci a, de son côté, accusé les manifestations de "durcir la position du Hamas". "Bibi est largement corrompu, il se sert de son peuple pour rester au gouvernement, et il utilise la guerre comme raison pour garder des réservistes au sein de l'armée… Et nous, on est bloqués avec lui, s'indigne encore Katy. Les gens autour du monde nous détestent et, moi-même, je me déteste quand je vois ce qu'il se passe à Gaza en notre nom. Alors, que faire d'autre que de manifester ?"
Les gens autour du monde nous détestent et, moi-même, je me déteste quand je vois ce qu'il se passe à Gaza en notre nom.
Eli, 70 ans, a également battu le pavé dimanche dernier. Ce militant communiste – profil peu répandu en Israël – habitué des défilés se félicite d'avoir croisé plusieurs "nouveaux" manifestants. "Cette fois-ci, un grand nombre d'Israéliens sont sortis de leur zone de confort et se sont dit qu'ils allaient participer. Certains sont venus en solidarité avec les familles d'otages, dont une majorité refuse également une réoccupation de Gaza."
Le militant dit espérer voir se confirmer un glissement de la société en faveur d'une politique moins belliciste. Pour lui, les manifestations de plus en plus suivies pour la fin de la guerre dans l'enclave sont, en ce sens, un signal encourageant. "La gauche, qui milite depuis les années 70, a été rejointe ces derniers mois dans la rue par le centre et la droite. La majorité des gens étaient pro-guerre pendant plus d'un an (après le 7 octobre, NdlR) et, maintenant, regardez combien protestent pour son arrêt !"

Netanyahou inébranlable
Uriel Abulof, professeur de science politique à l'université de Tel Aviv, estime pour sa part que cette nouvelle contestation ne dépasse pas par son ampleur celles du mois de mars, consécutives au limogeage par Benjamin Netanyahou du chef du Shin Bet, l'agence des renseignements intérieurs israélienne. "En mars, on a observé un soulèvement spontané qui a surpris tout le monde, et qui était particulièrement disruptif dans le sens où les gens ont allumé des feux en pleine rue. On se serait presque cru à la veille d'une rébellion de masse, analyse le chercheur. Et, à ce moment-là, Benjamin Netanyahou était terrifié car c'était la première fois qu'il faisait l'expérience d'un événement de ce type."
À cette période, le Premier ministre avait immédiatement rétropédalé face à la colère populaire. Six mois plus tard, Bibi fait, selon lui, figure de "vétéran" face aux manifestants, dont la colère ne suffit plus à l'intimider. "La démocratie en Israël est actuellement à son plus bas niveau, juge encore Uriel Abulof. Une fois que vous accédez au pouvoir, vous êtes libre de faire ce que vous voulez, à l'exception peut-être du terrain judiciaire, que le gouvernement actuel cherche par ailleurs à réformer."
Une revendication est apparue dimanche au sein des associations de familles d'otages : la tenue d'un référendum populaire sur la poursuite ou non de la guerre à Gaza.
Ainsi, pour ce politiste, nulle grogne populaire ne peut désormais suffire à ébranler le Premier ministre et son gouvernement. À part, peut-être, une revendication apparue dimanche au sein des associations de familles d'otages : la tenue d'un référendum populaire sur la poursuite ou non de la guerre à Gaza. "Dimanche, c'était – il me semble – la première fois qu'une telle demande de démocratie directe était clairement formulée, poursuit l'enseignant. Pour moi, ce type de demande pourrait galvaniser les Israéliens au sein non seulement de manifestations, mais également en vue des prochaines élections car cela pourrait prouver au peuple que malgré ce que Netanyahou prétend, il ne parle pas au nom du peuple."
Selon Uriel Abulof, si la demande de tenue d'un tel référendum venait à s'intensifier, et le gouvernement à le refuser, celui-ci pourrait alors de trouver dans une situation de désaveu populaire.
