Comment Israël a préparé durant des années la frappe qui a coûté la vie à Ali Khamenei :"Nous connaissions Téhéran aussi bien que Jérusalem"
Une enquête du Financial Times révèle comment le Mossad a surveillé Téhéran pendant des années pour suivre l'ayatollah Ali Khamenei.

- Publié le 03-03-2026 à 13h39
- Mis à jour le 04-03-2026 à 14h28

Ce mardi, le Moyen-Orient reste sous haute tension, sans le moindre signe d'accalmie. Dans la nuit, l'ambassade américaine à Ryad a été visée par des drones iraniens. Face à cette escalade, Donald Trump a averti que la guerre contre l'Iran pourrait durer "un mois ou plus". Interrogé sur la riposte américaine à l'attaque de leur ambassade, il a déclaré à la chaîne News Nation : "Vous le découvrirez bientôt".
Le conflit s'étend désormais sur plusieurs fronts : le Liban a de nouveau été bombardé par Israël, et la région entière vit dans l'incertitude.
Parallèlement, l'Iran a mis en garde les pays européens contre toute implication dans le conflit. Après que l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont dits prêts à mener des "actions défensives" visant les capacités militaires iraniennes, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a averti : "Tout acte de ce type contre l'Iran serait considéré comme un geste de complicité avec les agresseurs" et constituerait "un acte de guerre".
Téhéran sous haute surveillance
Derrière cette escalade du conflit, une autre bataille se jouait depuis des années. Selon une enquête du Financial Times, les services israéliens ont infiltré presque toutes les caméras de circulation de Téhéran, utilisées par le régime lui-même pour espionner les opposants et la population. Une surveillance qui mènera notamment aux frappes américano-israéliennes qui ont coûté la vie à l'ayatollah Ali Khamenei ce samedi 28 février.
L'objectif n'était pas d'observer un instant précis, mais de construire le "style de vie" de l'ayatollah et de son entourage : heures d'arrivée, itinéraires, composition des cortèges de sécurité, fréquence des réunions…
Un coin de caméra spécifique, couvrant le quartier politique de Téhéran (le parlement, le ministère de la Défense et le complexe Beit-e Rahbari de Khamenei) s'est avéré inestimable. Les flux vidéo auraient été transmis en direct à Tel Aviv et à des bases dans le sud d'Israël, permettant au Mossad de dresser un profil détaillé de la sécurité autour du Guide suprême.
"Nous connaissions Téhéran aussi bien que Jérusalem", a déclaré un officier du renseignement israélien au Financial Times. "Et quand vous connaissez un endroit aussi bien que la rue où vous avez grandi, vous remarquez le moindre détail qui cloche."
Trouver "des cibles"
Cette surveillance faisait partie d'un dispositif beaucoup plus large. Elle s'appuyait sur un ensemble coordonné : interceptions électroniques de l'armée israélienne, agents du Mossad et analyse massive de données, réunis dans une même architecture de renseignement. Selon une source citée par le Financial Times, le système fonctionnait comme "une chaîne d'assemblage avec un seul produit : des cibles". L'opération mêlait les images des caméras, les algorithmes d'intelligence artificielle et les informations fournies par des sources humaines, y compris la CIA.
Lorsque les services américains et israéliens ont localisé Ali Khamenei pour une réunion ce samedi, la frappe a été déclenchée en plein jour, avec des munitions de précision tirées par des avions israéliens restés en vol pendant plusieurs heures.
Selon le journal britannique, des unités israéliennes ont même désactivé une douzaine de tours de transmission autour du quartier, rendant les téléphones de sécurité inutilisables et empêchant l'alerte des gardes.
La guerre de l'ombre modernisée
Au-delà de la précision militaire, cette opération révèle surtout le niveau d'automatisation et de sophistication atteint par les services de renseignement modernes. Là où autrefois la confirmation visuelle d'une cible nécessitait des heures d'observation, des algorithmes traitent désormais des milliards de données en continu.
Déjà en 2001, le Premier ministre israélien Ariel Sharon avait demandé au chef du Mossad de faire de l'Iran une priorité stratégique absolue.
