Ali Khamenei, du candidat putatif au leader secret, paranoïaque et brutal
Religieux discret devenu Guide suprême, le successeur de Khomeyni avait su écarter tous ses rivaux pour s'ériger en leader secret, intransigeant et brutal d'un régime obsédé par sa survie, isolant son pays et n'hésitant devant aucune violence envers sa population au nom de la religion. Ciblé par les frappes américano-israéliennes ce samedi 28 février, il est mort à 86 ans, après trente-six années d'un règne sanglant.
- Publié le 01-03-2026 à 00h04
- Mis à jour le 02-03-2026 à 08h31

Il soulève ses épaisses lunettes pour se frotter les yeux. En ce 4 juin 1989, Ali Khamenei n'est pas encore ayatollah, encore moins Guide suprême de la révolution, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort, mais son couronnement est imminent. La scène, filmée au sein de l'Assemblée des experts, qui nomme et révoque le personnage le plus puissant du régime iranien, est équivoque : Khamenei sacrifie-t-il à la tradition lacrymale chiite ? Est-il réellement ému ? Ou bien accablé par la tâche impossible qui l'attend – prendre la suite du fondateur de la République islamique d'Iran, le charismatique et redouté imam Khomeyni ?
Âgé de presque 50 ans, le clerc à la barbe déjà grise a pourtant, ce jour-là, plaidé contre lui-même devant ses pairs. De toutes ses forces, il a tenté de convaincre les quelque soixante-dix religieux qu'il n'était pas digne de cette fonction suprême, qu'il fallait la confier à un autre. Il n'y est pas parvenu. Mais le cherchait-il vraiment ? Ali Khamenei est-il devenu l'homme le plus puissant d'Iran, et bientôt du Moyen-Orient, contre lui-même ? Ou était-ce une manœuvre machiavélique ?
Son règne dissipera petit à petit cette ambiguïté initiale, en dépit du caractère très secret du personnage qui n'a jamais donné la moindre interview à un journaliste étranger. Et l'homme finira par apparaître tel qu'il a gouverné : comme un dirigeant qui se dit soumis à la volonté divine et à celle de ses semblables, mais se révélera être un décideur madré et sanguinaire, obsédé par la survie d'un régime dont il a dévoré toutes les institutions. Khamenei est mort ce samedi 28 février à 86 ans, dès les premières frappes israélo-américaines, au sein de son complexe résidentiel et entouré de nombreux responsables. Le pouvoir iranien est nu.
Au séminaire dès ses cinq ans
Celui que la population a longtemps appelé "agha" ("monsieur"), titre très honorifique et parfois ironique, a grandi dans l'Iran impérial de la dynastie Pahlavi. Né en 1939 dans une famille modeste, il est le deuxième d'une famille de huit enfants. La légende raconte que, certains soirs, les Khamenei ne mangeaient que du pain et du raisin… Son père est un religieux d'origine azérie. La famille vit à Mashhad, la plus grande ville sainte d'Iran, qui abrite un sanctuaire chiite visité chaque année par des millions de pèlerins.
Ali Khamenei rejoint le séminaire à cinq ans, dans sa ville où il passera l'essentiel de sa jeunesse malgré quelques séjours à Najaf, en Irak, et à Qom, au sud de Téhéran. Mais ces passages dans les plus prestigieux centres chiites sont rapides et ce fumeur passe-muraille ne devient qu'un clerc de rang moyen. Dans l'Iran des Pahlavi, en proie à une certaine agitation politique et sociale, Ali Khamenei se place dans le sillage d'un religieux radical qu'il admire, Navab Safavi, pourfendeur de l'impérialisme et du chah, lequel le fera exécuter en 1956.
En juin 1981, il est visé par un attentat. Un enregistreur vocal piégé explose devant lui : il perd l'audition d'une oreille et l'usage d'une main.
Son second modèle est Rouhollah Khomeyni que le jeune Khamenei découvre à Qom dans les années 50. Impressionné et séduit par l'aura de ce religieux atypique, qui revisite le chiisme pour en proposer une nouvelle lecture politique, Ali Khamenei lui reste fidèle lorsque le monarque contraint son idole à l'exil. Depuis l'Irak, Rouhollah Khomeyni poursuit ses activités souterraines, pendant qu'en Iran, ses fidèles subissent la répression : la police secrète du chah, le redouté Savak, arrête et torture Khamenei six fois dans les années 60 et 70. L'homme vit la fin du règne impérial en exil intérieur, dans ces terres baloutches, à la frontière avec le Pakistan, que les pouvoirs successifs méprisent.
Aux fidèles, le pouvoir révolutionnaire reconnaissant : après la chute de la monarchie, balayée par un gigantesque soulèvement encadré par les religieux, les nouveaux maîtres de Téhéran placent leurs alliés à des postes stratégiques. Ali Khamenei a beau n'avoir joué aucun rôle de premier plan pendant la révolution, il héritera brièvement du ministère de la Défense en 1980, avant de superviser, au début du conflit avec l'Irak, le jeune corps des Gardiens de la révolution, les "pasdaran". Khomeyni, qui doute de la loyauté de l'armée régulière, a mis sur pied cette garde prétorienne dont la mission est la survie du régime, par-delà la défense de la nation.
Pendant ces premières années de la République islamique, Ali Khamenei occupe aussi la fonction très politique de chef de la grande prière du vendredi à Téhéran. En juin 1981, alors qu'il doit prêcher à la mosquée Abouzar de la capitale, il est visé par un attentat. Un enregistreur vocal piégé explose devant lui et le blesse grièvement : il perd l'audition d'une oreille et l'usage d'une main, et nourrit depuis une haine terrible pour ses ennemis, doublée d'une profonde paranoïa qui ne le quittera pas et le poussera, des dizaines d'années plus tard, à ne se déplacer en dehors de Téhéran que sous la protection des systèmes de défense antiaérienne les plus performants d'Iran, des S300 de fabrication russe.
Le règne de Khamenei doit beaucoup à la violence qu'il a exercée contre ses opposants mais aussi à celle de ses ennemis, qui lui ont paradoxalement permis d'entamer sa carrière d'homme politique de premier plan. Le premier président du nouveau régime, Abolhassan Bani Sadr, n'ayant tenu qu'un an et quatre mois avant d'être destitué par le Parlement, et son successeur, Mohammad Ali Rajai, ayant été assassiné un mois à peine un mois après son élection, un nouveau scrutin est organisé en octobre 1981, le troisième en dix-huit mois. Ali Khamenei, secrétaire général du parti de la République islamique, est autorisé à concourir, malgré sa qualité de clerc. "Nous avons vu que si nous disons au clergé de rentrer dans ses mosquées, ce pays sera avalé par l'Union soviétique et l'Amérique", justifie Khomeyni.

Le turban noir des défenseurs du Prophète
Tout est fait pour dégager la voie au candidat du système. Seules cinq personnalités passent le filtre du conseil des Gardiens, sorte de conseil constitutionnel qui élimine 31 prétendants. L'un des cinq se retire lorsque l'état de santé de Khamenei s'améliore et un dernier abandonne deux jours avant le scrutin, estimant tout bonnement être moins qualifié que le favori, Khamenei. Sur les affiches électorales, le futur président se présente en uniforme militaire, surmonté d'une robe de mollah et coiffé du turban noir des descendants du Prophète. "L'homme du mihrab et du jihad", proclame sa propagande : l'alliance du sabre et du goupillon, les deux leviers que Khamenei a utilisés pendant ses décennies au pouvoir, y compris l'un contre l'autre. Soutenu par l'establishment religieux et politique, le quadragénaire est élu avec 95,05 % des voix. Dans son adresse inaugurale, il jure de combattre "la déviance, le libéralisme et les gauchistes influencés par les Etats-Unis". Il sera réélu quatre ans plus tard.
Pendant ce premier mandat, "le régime est parvenu à purger l'opposition et les forces armées […] et a exécuté plusieurs opérations fructueuses contre l'Irak", notent Mahmoud Pargoo et Shahram Akbarzadeh, auteurs de Presidential elections in Iran (Cambridge University Press, 2021, non traduit). Le régime remercie le Président à sa façon : seule trois des 50 candidatures à la présidentielle de 1985 sont retenues par le conseil des Gardiens.
J'ai parlé des sujets d'actualité durant une discussion à la télévision et je ne vois pas de raison de me répéter.
Sûr de sa victoire mais peu enthousiaste à l'idée de se représenter – il assurera plus tard n'y avoir consenti qu'à la demande expresse et répétée du Guide suprême –, Khamenei ne prend pas la peine de faire campagne. A l'un des plus grands quotidiens du pays qui sollicitait une interview, il répond : "Par le passé, j'ai beaucoup parlé de moi. […] J'ai aussi parlé des sujets d'actualité durant une discussion à la télévision et je ne vois pas de raison de me répéter." La participation chute de 74,3 % en 1981 à 54,8 % en 1985, mais il est réélu avec 85 % des voix.
Son second mandat ne va pas jusqu'à son terme. Au début de l'été 1989, le fondateur de la République islamique meurt sans successeur évident. Pour comprendre cette vacance, il faut remonter un an auparavant. En juillet 1988, l'Iran accepte un cessez-le-feu avec l'Irak, mettant un terme à un conflit terriblement meurtrier (environ 500 000 morts de chaque côté). Au même moment, une organisation islamo-marxiste iranienne, les Moudjahidines du peuple, lance une attaque contre la République islamique depuis le territoire irakien. Le pouvoir révolutionnaire répond en assassinant des milliers de moudjahidines détenus. Cette violence inouïe soude une nouvelle classe dirigeante autour de ce pacte de sang, mais provoque des remous à l'intérieur du régime. Le grand ayatollah Montazeri, alors dauphin de Khomeyni, exprime sa désapprobation. Il tombe dès lors en disgrâce et n'en sortira pas jusqu'à sa mort en 2009.

Devenu ayatollah en une nuit
En juin 1989, à sa mort, Khomeyni n'a donc pas d'héritier naturel. Mais il a pris soin de modifier la Constitution pour abaisser les exigences en matière d'autorité religieuse. Khamenei devient ainsi un candidat putatif. Une figure centrale du régime fait le reste : Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, compagnon de la révolution et porte-parole du Parlement, le seul ayatollah imberbe de la République islamique, ce qui lui vaut le surnom de "requin" (en plus de son goût pour les affaires…), assure avoir recueilli les dernières volontés de Khomeyni. "Si vous êtes unis, la révolution continuera… En particulier vous et M. Khamenei, ne laissez pas les esprits malins se mettre en vous", lui aurait confié, sur son lit de mort et sans témoin, le fondateur du régime.
Le lendemain de la mort de l'ayatollah Khomeyni, le 4 juin 1989, c'est Rafsandjani qui dirige la séance de l'Assemblée des experts. "Je ne suis pas de la trempe d'un Guide suprême, ni selon la Constitution, ni selon la perspective de la loi islamique", se débat (ou feint de se débattre) Khamenei. Avec 60 voix pour et 14 contre, l'Assemblée lui donne tort. Dix ans après la révolution, la République islamique a un nouveau Guide. Reste un détail à régler : Khamenei n'est qu'un clerc de rang moyen, un hodjatoleslam. Il est fait ayatollah en une nuit. "J'ai consulté plusieurs membres de l'Assemblée des experts concernant l'utilisation du titre d'ayatollah. […] Ils étaient d'accord", raconte le faiseur de roi Rafsandjani dans ses mémoires. Khamenei a ainsi gravi les marches du savoir religieux par la reconnaissance de ses affiliés, et non par son étude des textes savants.

Au sommet de l'Etat, Khamenei hérite d'un pouvoir sans pareil : le Guide nomme les responsables du pouvoir judiciaire, des médias d'Etat, des forces armées et bien sûr des pasdaran, sa garde prétorienne. Il nomme aussi directement ou indirectement les douze membres du conseil des Gardiens. Pourtant, il n'a ni l'autorité religieuse, ni le charisme de son prédécesseur, ni même son envergure politique, et il le sait. Rafsandjani, son bienfaiteur aussi : "Alors que Rafsandjani pensait probablement que Khamenei serait son subordonné, la rivalité entre eux s'étendra sur trois décennies. Khamenei a enterré Rafsandjani politiquement et littéralement, quand ce dernier est mort en janvier 2017 à 82 ans", écrit le chercheur Karim Sadjadpour, dans une étude parue en 2017.
Pour asseoir son pouvoir, le deuxième Guide a méticuleusement affaibli toutes les institutions. Dès son accession aux fonctions suprêmes, l'ancien gamin de Mashhad a placé des fidèles, "ses yeux et ses oreilles" : "Ce réseau de commissaires cléricaux, estimé à plusieurs milliers d'individus, occupe des postes stratégiques dans tous les ministères et les institutions, y compris au sein de l'establishment clérical et l'armée", poursuit Sadjadpour.
La "légitimité des casernes"
Khamenei s'est construit contre le clergé, défend Ali Alfoneh, auteur de Political Succession in the Islamic Republic of Iran (The Arab Gulf States Institute in Washington, 2020, non traduit) et l'un des premiers chercheurs à avoir perçu un changement de nature du régime : "[Il] les a forcés à le reconnaître Guide suprême malgré son manque de qualifications. Il a manipulé les élections de l'Assemblée des experts et, au fil des ans, a effectivement changé sa composition en installant des clercs insignifiants, sans base sociale." Lui, le religieux de rang moyen, a neutralisé les puissantes maisons de Qom.
Dans le vide créé par l'affaiblissement de l'institution cléricale se sont engouffrés les Gardiens de la révolution. "Manquant de la légitimité du séminaire, Khamenei a cherché la légitimité des casernes", résume Sadjadpour. La fin du conflit avec l'Irak n'a pas mis un terme aux ambitions de l'armée idéologique. Son expansion passe par la constitution d'un immense empire économique, grâce aux privatisations tous azimuts des années 1990, et par son entrée en politique à partir du début des années 2000.
"Khamenei a approuvé [cette] infiltration. Craignant une dissidence intérieure et la pression extérieure, il a activement encouragé l'ascension des Gardiens comme moyen d'assurer la survie du régime", explique Alfoneh. Ces oligarques en uniforme, qui comptent dans leur rang un nombre extravagant d'officiers généraux (4500, contre environ 400 dans l'armée française), constituent le bras armé de la politique régionale, sa chasse gardée. Soutien au Hezbollah libanais, sauvetage de Bachar al-Assad menacé par une révolte populaire, noyautage de la politique irakienne : Khamenei décide, les pasdaran exécutent.
En 2009, la répression sanglante
Il peut aussi compter sur eux pour réprimer les révoltes intérieures, qui ne sont à ses yeux que des complots fomentés par les ennemis (les Etats-Unis et Israël, ses deux obsessions). Le chercheur du CNRS Stéphane Dudoignon les énumère dans son livre de référence, les Gardiens de la révolution islamique d'Iran (CNRS Editions) : manifestations de Mashhad en 1992 ; de la banlieue populaire de Téhéran, Eslamshahr, en 1995 ; des étudiants de la capitale en 1999… En 2009 pour la première fois, le Guide est bousculé, la République islamique tangue. Jugée frauduleuse par la population qui s'était déplacée en masse pour voter, la réélection de Mahmoud Ahmadinejad est contestée par des millions de personnes qui demandent dans les rues des grandes villes : "Où est mon vote ?"
Après une semaine de manifestations civiques, Ali Khamenei prend la parole. Il choisit le camp du président conservateur et donne son blanc-seing à une répression sanglante. Ce faisant, il "accentue la position partisane de la maison du Guide, au détriment du statut d'arbitre voulu par la Constitution et longtemps affiché par Khomeyni", analyse Dudoignon. La rue ne s'y trompe pas et visera de plus en plus souvent la plus haute autorité en scandant "mort au dictateur".

Khamenei réussit donc à affaiblir sa propre institution. S'il sauve Ahmadinejad pour sa réélection, il le marginalise pendant son second mandat et persécute son entourage. "Khamenei a fini par considérer chaque président comme une menace et à chercher à l'émasculer", juge Karim Sadjadpour. La règle s'applique au successeur d'Ahmadinejad, le conservateur bon teint Hassan Rohani.
"Un lutteur doit parfois faire preuve de souplesse pour des raisons techniques, mais il ne doit jamais oublier qui est son ennemi."
Celui-ci est élu en 2013 avec un mandat très clair : conclure un accord sur le nucléaire, alléger l'embargo qui étrangle l'économie iranienne. C'est la volonté du Guide, exprimée comme à son habitude en des termes alambiqués. En septembre 2013, devant un parterre de pasdaran, Khamenei loue la "flexibilité héroïque" d'Hassan, le deuxième imam. A la différence de son cadet Hossein, le troisième imam qui incarne l'absolutisme et le sacrifice ultime, Hassan a su jouer de la diplomatie pour éviter un affrontement meurtrier avec un chef sunnite en 661. Un compromis temporaire, limité, tactique, à l'image de celui que Téhéran va chercher avec son ennemi de toujours, les Etats-Unis. "Un lutteur doit parfois faire preuve de souplesse pour des raisons techniques, mais il ne doit jamais oublier qui est son ennemi", ajoute le Guide dans une allusion subtilement nationaliste à un sport très populaire dans le pays. Des pourparlers secrets avaient en réalité commencé six mois plus tôt, dans les derniers mois de la présidence Ahmadinejad.
Sitôt l'accord signé, Khamenei prend ses distances avec ce succès diplomatique et le gouvernement qui l'a rendu possible. Il met en garde contre le cheval de Troie qu'il constituerait : "La réconciliation entre l'Iran et l'Amérique est possible, mais elle n'est pas possible entre la République islamique et l'Amérique." Une période de détente s'ouvre néanmoins, dont les entreprises contrôlées directement ou indirectement par la guidance sont les premières bénéficiaires.
La santé fragile du Guide nourrit toutes les spéculations sur sa capacité à gouverner. En 2014, il a montré sur tous les réseaux sociaux son hospitalisation pour soigner sa prostate. Selon un diplomate occidental en poste en Iran dans ces années-là, "Khamenei reçoit, écoute, mais décide". Et tranche, toujours en faveur de la ligne dure.
La seule réponse de Khamenei, la violence
Alors que la société aspirait inexorablement à plus de démocratie, Khamenei n'y a jamais répondu que par la violence, obsédé par l'effondrement de l'Union soviétique qu'il n'expliquait que par les réformes de Gorbatchev. Pour ne pas rompre, il n'a pas plié. A l'hiver 2017-2018 face à la révolte de petits épargnants spoliés par des prêts bancaires pourris, en 2019 face aux classes populaires étranglées par une hausse soudaine du prix du carburant, en 2022 face aux femmes et aux hommes qui demandaient plus de liberté : l'octogénaire valétudinaire a envoyé ses troupes. Comme en janvier 2026, contre les dizaines de milliers de manifestants protestant contre le régime en réaction à l'effondrement économique du pays. "Ce qui compte en Iran, ce n'est pas l'étendue du soutien au régime, mais sa profondeur. 200 000 personnes prêtes à tuer et à mourir pour vous ont plus de valeur que 10 millions qui disent des choses gentilles sur vous sur Facebook", a un jour confié à Karim Sadjadpour le fils d'un ancien président. A l'été 2025, la "guerre des douze jours" qui, dans la continuité du conflit opposant Israël au Hamas après les attaques du 7 octobre 2023, transforme en guerre ouverte l'opposition avec l'Etat hébreu et les Etats-Unis, fait vaciller l'ayatollah, la mort de Khamenei étant affichée comme un but de guerre par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, qui bombarde massivement Téhéran. Ce n'était que partie remise : ce 28 février, il est finalement mort, comme l'a confirmé Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Tout au long de son règne de presque trente-sept ans, il n'y aura eu que quelques rares ouvertures. Février 1998 est l'un de ces moments. Le réformateur Khatami était au pouvoir depuis quelques mois. Pour la première fois, une délégation des Etats-Unis venait participer à une compétition sportive en Iran, moins de vingt ans après la prise d'otages des diplomates en poste à Téhéran. Quand un lutteur américain, finaliste malheureux de sa catégorie, monte sur la deuxième marche du podium, il se voit remettre, en plus de sa breloque en argent, une photo encadrée de Khamenei, qu'il brandit bien haut. Le vainqueur, un Iranien, avait lui entre les mains un portrait de Rouhollah Khomeyni… Ali Khamenei, éternelle médaille d'argent de la République islamique.