"J'étais déjà là bien avant Nigel Farage et Donald Trump": en Australie, l'extrême droite gagne du terrain
L'immigration et l'économie se retrouvent au cœur des enjeux électoraux.

- Publié le 03-06-2026 à 14h09
- Mis à jour le 03-06-2026 à 14h13

Créé en 1997, le parti One Nation a longtemps occupé une place marginale sur l'échiquier politique australien. Sa fondatrice, Pauline Hanson, est connue pour ses prises de parole controversées — notamment à l'égard des populations aborigènes — mais aussi pour avoir purgé une peine de 11 semaines de prison pour fraude électorale en 2003, avant que sa condamnation ne soit finalement annulée. Ce scandale lui a valu l'exclusion de son propre mouvement, avant de le réintégrer en 2014.
Mais depuis quelques mois, le parti fait une remontée spectaculaire. En décembre 2025, il a accueilli dans ses rangs l'ancien Vice-premier ministre et ex-dirigeant du Parti national, Barnaby Joyce, gagnant ainsi en crédibilité. De plus, selon un sondage réalisé par le RedBridge Group et l'Accent Research, si des élections étaient prévues aujourd'hui, One Nation obtiendrait entre 46 et 59 sièges sur les 150 en jeu pour la Chambre basse du Parlement australien, devenant alors la deuxième formation politique du pays derrière les travaillistes. Ce sonsage vient compléter la victoire du parti à la Chambre des représentants dans la circonscription de Farrer, lors d'une élection partielle le 9 mai dernier. Le candidat d'extrême droite, David Farley, a emporté le siège vacant de Sussan Ley, ancienne cheffe libérale de l'opposition.
Une progression qui ravit Pauline Hanson, qui n'est pourtant pas passé loin de l'oubli politique. "J'étais déjà là bien avant Nigel Farage et Donald Trump, donc c'est moi qui ai établi les règles et mes propres positions, sur ce que je veux", scandait la sénatrice de 72 ans en janvier 2026.
La droite traditionnelle en difficulté
Si ce regain de popularité se traduit dans les urnes, il se ferait aux dépens de la Coalition, regroupant le Parti libéral et le Parti national, qui a déjà subi un premier revers lors des élections fédérales de 2025.
Ce revirement s'explique par des tensions internes entre factions modérée et conservatrice, tout en les exacerbant. Le nouveau chef de l'alliance, Angus Taylor, plaide pour une radicalisation des libéraux afin de contrer la montée de One Nation. "Lorsque l'extrême droite perce, il y a toujours un débat pour savoir s'il faut l'imiter, s'en distancier ou la diaboliser", analyse Jérôme Jamin, professeur de sciences politiques à l'Université de Liège.
Angus Taylor a ainsi assuré fermer la porte à ceux qui ne partagent pas les "valeurs australiennes" et que la Coalition mettra en œuvre "l'une des plus importantes réductions de l'immigration de l'histoire australienne". Il prévoit notamment un plafonnement de l'immigration selon le nombre de logements construits par année et la suppression de 17 aides accordées aux non-citoyens.
"Un racisme flagrant"
Pauline Hanson est devenue une figure de proue dans la lutte contre l'immigration. Elle s'est par exemple présentée au Parlement vêtue d'une burqa pour protester contre le blocage de son projet de loi visant à interdire les vêtements couvrant le visage. La scène est devenue virale et a suscité de vives critiques de la part des parlementaires de l'opposition, condamnant un acte de "racisme flagrant" et d'" islamophobie".
Un thème qui occupe une place prépondérante pour les électeurs australiens puisque selon un sondage de Sky News, 60 % d'entre eux souhaitent une réduction des taux d'immigration. "Pourtant leur législation sur l'immigration est déjà très stricte, souligne Jérôme Jamin, Mais il y a aussi l'idée que la population musulmane tente d'imposer ses normes et ses valeurs et qu'il y aurait donc progressivement une islamisation de l'espace public et de la société."
L'économie est également au centre des préoccupations avec les prix de l'immobilier et le coût de la vie qui explosent. Pour beaucoup d'Australiens les partis traditionnels ont échoué à trouver des solutions et ils voient dans ce parti la possibilité d'un avenir meilleur. "One Nation, comme beaucoup de partis d'extrême droite, se présente comme hors-système et utilise l'idée selon laquelle le système politique est corrompu, que ce soit la droite ou la gauche", explique Jérôme Jamin.