À Pincemaille, on vit dehors: "C'est un autre modèle qui se popularise parce qu'il devient de plus en plus compliqué d'acheter une maison"
Au coeur du bois de Pincemaille, réside une communauté d'une centaine de personnes, qui cherche à vivre en harmonie avec la nature. Le lieu, qui était le théâtre de toutes les dérives autrefois, revit.
- Publié le 07-08-2025 à 12h10

Au sein des 55 hectares de forêt et 800 kilomètres carré qui composent le domaine de Pincemaille, se déroule une réunion pas comme les autres. Comme tous les lundi, une poignée de résidents de l'écovillage, qui habitent sous les arbres, se réunissent. Leur bureau sort de l'ordinaire. À ciel ouvert, il prend la forme une table et des bancs en bois, à l'extérieur, dans une clairière. Derrière son ordinateur, Alexia Bucelli- Campus, qui coordonne le projet de l'écovillage, lance les hostilités. Il est 10 heures et des poussières, c'est parti pour deux heures de discussion, durant lesquelles plusieurs aspects de la vie en communauté sont à l'ordre du jour.
"Bienvenue à tous, on va commencer par se répartir les rôles pour cette réunion. Qui veut s'occuper de la gestion de la parole ? Et de la gestion des émotions ? Il nous faut aussi un gardien du temps", lance-t-elle, tout en distribuant les cartes symbolisant les rôles dans les mains des volontaires.
Au menu du jour : fête des voisins, journée découverte pour l'extérieur de la communauté et weekend d'immersion pour les éventuels futurs résidents. Et, point plus épineux : plusieurs arbres menacent de tomber sur des parcelles habitées. Bien qu'ils essayent le plus possible d'éviter d'en arriver là, les résidents n'ont parfois d'autre choix que de couper les arbres qui deviennent trop dangereux pour leur intégrité physique. "Il y a des choses ici que seul les arbres peuvent nous raconter", lance Alexia de manière énigmatique.
Pincemaille : un passé peu glorieux
Ce faisant, la coordinatrice de l'écovillage fait référence au passé peu reluisant du domaine de Pincemaille. Autrefois, il abritait un espace de loisirs, camping de vacances qui sentait bon la détente. Mais lorsque l'ancien propriétaire a abandonné les lieux, la forêt est devenue un squat à ciel ouvert, lieu de toutes les débauches : trafic de drogues, de voitures, d'armes... Sur certaines parcelles, des dizaines de carcasses de voitures s'entassaient. En 2020, le propriétaire tente de reprendre la situation en mains, avec l'objectif d'assainir les lieux pour transformer le tout en un écovillage. "Quand je suis venue la première fois, se remémore Lise, une des résidentes, il y avait des déchets partout. Et des chiens attachés qui aboyaient férocement à notre passage".
Le processus d'assainissement du domaine n'est pas encore terminé, cinq ans plus tard. Il est au coeur même du projet de l'écovillage de Pincemaille. Et d'anciens résidents sont toujours présents, même s'ils ne participent pas à la vie de communauté instaurée par Alexia et les siens. Ainsi, le domaine en compterait environ 250. Beaucoup sont présents ici de manière illégale. En effet, le domaine de Pincemaille étant un espace de loisirs, il n'est pas possible d'y faire construire, ni même d'obtenir de permis d'urbanisme. Yannis Magoufakis, entrepreneur qui s'occupe de la gestion administrative du projet, en est bien conscient. Mais déplore le manque de coopération de la commune, qui ne chercherait pas à accompagner l'assainissement du domaine. "On est rigoureux, on ne fait pas tout et n'importe quoi".
La dépollution du site
En attendant, un ouvrier en temps plein et deux ouvriers à temps partiel ont été engagés par l'ASBL qui gère l'écovillage, afin de réaliser ces travaux de grande ampleur. Ceux-ci sont aidés de façon bénévole par les résidents qui se portent volontaires, de façon ponctuelle. "Cela représente quand même 250 000 euros de dépenses chaque année", cadre l'entrepreneur.
Au total, 300 nouvelles parcelles pourraient encore être construites sur le site. Actuellement, 95 sont occupées, et l'objectif est d'arriver à 150 parcelles occupées, avec un rythme de 10 nouveaux arrivants chaque année. Les nouveaux candidats, qui doivent se présenter avec un projet concret et une "plus-value" pour la communauté, suivent un processus de sélection scrupuleux. S'ils sont acceptés, leur installation mettra entre six mois et un an. "Au-delà du rêve d'une autre vie, il faut se montrer pragmatique et entreprenant", précise Alexia Bucelli- Campus.
Une vie à l'extérieur
"On vit dehors, dans une démarche décroissante proche de la nature et des gens. C'est un autre modèle, qui se popularise parce qu'il devient de plus en plus compliqué d'acheter une maison. La société ne répond plus aux besoins primaires de certains, qui veulent se reconnecter à eux et à la nature", continue la coordinatrice du projet.
Du point de vue des projets, chacun s'investit à la hauteur de ses envies. Certains collaborent dans le cadre d'un potager collectif. En privilégiant un maximum l'économie circulaire. "On fait en interne tout ce qu'il est possible de faire en interne", synthétise Alexia Bucelli- Campus. En parallèle, les membres de l'écovillage collaborent avec des associations externes comme 'La fabrique de vêtements', ancienne usine à textile reconvertie en tiers-lieu dédié à l'économie circulaire.
