« En 30 ans de carrière, c’est du jamais vu ! J’étais à mille lieues d’imaginer un tel élan de solidarité ! », s’exclame Jacques Gerardy. Coordinateur du volontariat au CHU UCL Namur, il avait lancé au début de la crise du Coronavirus un appel aux couturières wallonnes pour anticiper le manque de blouses opératoires que pourrait rencontrer le personnel soignant. « C’était un risque à court terme », se souvient-il. Là comme ailleurs, la pénurie guettait. « Il fallait à tout prix protéger la vie du personnel. »

Avec l’aide des réseaux sociaux, il a rapidement réussi à mobiliser 500 couturières bénévoles. Un chiffre qui n’a fait qu’augmenter au fil des semaines pour atteindre 680 personnes aujourd’hui. Ces couturières « venues de partout en Wallonie » cousent désormais 800 blouses quotidiennement. Jusqu’à présent, 5000 pièces ont été produites pour le personnel des trois sites hospitaliers du CHU UCL Namur ainsi que des quatre maisons de repos qui lui sont attachées.

Pourtant, cet « immense défi logistique » n’était pas gagné d’avance. « Une fois qu’on avait les bénévoles, encore fallait-il que la partition joue juste », remarque Jacques Gerardy. D’emblée, il est parvenu à se procurer 160 km de tissu. Depuis le hall du site de Godinne, des équipes (bénévoles elles aussi) ont alors constitué des kits permettant la confection de dix blouses chacun. Grâce à un système de géolocalisation, une quarantaine de points de ralliement ont ensuite été déterminés. « Les six circuits de dépôt et de récolte ont été assurés dans un premier temps par l’armée, et aujourd’hui par des bénévoles », commente l’initiateur du projet.

Des particuliers aux centres d’accueil pour réfugiés

Si de nombreuses couturières bénévoles se sont engagées, « nous cherchions comment renforcer nos équipes », commente Jacques Gerardy. Il s’est alors tourné « spontanément » vers les deux centres d’accueil pour réfugiés gérés par la Croix-Rouge à Yvoir. « L’enthousiasme a été immédiat », se souvient-il. Plusieurs résidentes des centres Le Bocq et Pierre bleue désirent participer à l’effort collectif.

Au Centre Pierre bleue, Selvete, originaire d’Albanie, a l’habitude de fournir des services de couture. Elle embarque avec elle Fumilona, Yekta et Winnet. « On est ensemble dans un même combat, commente cette dernière. M’y impliquer, c’est ma manière de contribuer à la société qui m’accueille, une manière de dire merci. » « Ce n’est pas grand-chose par rapport à l’aide que j’ai reçue. En me mettant au service des autres, je me sens heureuse », abonde Yekta. « C’est une découverte de me sentir utile », ajoute enfin Fumilona, résolue à continuer à coudre « tant que c’est nécessaire » et ce, malgré les deux enfants qu’elle élève seule. Pour Jacques Gerardy, « c’est symboliquement fort de voir ces personnes se montrer solidaires de leur terre d’accueil ».

Renforcer les capacités et valoriser les compétences

Plus que symbolique, leur action s’inscrit dans une vision plus globale propre au centre Pierre bleue. « Nous avons une approche de genre et accueillons principalement des femmes ayant subi des violences liées à leur condition de femme, que ce soit la raison de leur exil ou pendant le parcours migratoire », commente Christine Huts, la directrice du centre. Des projets permettant de renforcer les capacités des résidentes sont régulièrement mis en place. Le but est de les « outiller pour le futur ». L’atelier de couture participe indéniablement à cela en plus de la rare « reconnaissance de leurs compétences par l’extérieur ». « Elles se sentent valorisées par leur travail », estime Christine Huts.

© ©CHU UCL Namur – Antoine Dugardin

« C’est une expérience humaine extraordinaire, une belle leçon d’humilité », commente Jacques Gerardy, s'estimant être « le témoin émerveillé de ce que font les volontaires en milieu hospitalier ».

Aujourd’hui, les kits pour la confection de 18.000 blouses supplémentaires sont prêts. « Les besoins existent encore », malgré la diminution des admissions de patients Covid. Certes, les équipes de bénévoles, qu’elles soient actives pour la confection de kits, la couture, le transport ou la coordination, « ont besoin de souffler » après plusieurs semaines d’intense mobilisation. Mais « il faut être vigilant quant à l’arrivée d’une deuxième vague, et ne pas relâcher la pression », met en garde Jacques Gerardy.