Pourquoi Ecolo a perdu Ottignies-Louvain-la-Neuve, bastion historique des verts
Coup de tonnerre dans la vie politique locale du Brabant wallon. Le PS et le CDH débarquent les verts à Louvain-la-Neuve. C'est un échec pour Écolo, qui perd l'une de ses places fortes communales.

- Publié le 19-01-2022 à 21h09
- Mis à jour le 02-02-2022 à 16h21

Le PS et le CDH ont provoqué un retournement d'alliance à Ottignies-Louvain-la-Neuve. C'est ce que l'on a appris mercredi matin par communiqué de presse. Dans la commune universitaire, dont le mayorat était occupé par Écolo depuis 22 ans, l'information en a surpris plus d'un : les écologistes, premier parti local, sont renvoyés dans l'opposition. Julie Chantry, qui avait succédé à Jean-Luc Roland en 2018 à l'hôtel de ville, perd ses fonctions de bourgmestre. Le MR, sollicité tout récemment par le PS et le CDH, monte au collège et s'empare du mayorat. L'accord entre libéraux (OLLN 2.0), socialistes et humanistes (Avenir) permet au conseiller communal Nicolas Van der Maren de devenir bourgmestre. Une motion de méfiance constructive va être déposée, le changement de majorité sera acté lors d'un conseil communal spécial dans les prochains jours.
Pourquoi punir les verts de la sorte ? L'ambiance entre Écolo, PS et CDH s'était fortement détériorée ces dernières semaines. Il serait injuste de faire reposer la responsabilité de ce coup de théâtre politique sur une seule personne. Mais le comportement d'un échevin vert, Philippe Delvaux, a poussé à bout les partenaires locaux des écologistes.
Trop de blabla dans les médias
Au cœur des difficultés liées à cet élu, on trouve la délicate question des rapports qu'entretient la commune avec l'UCLouvain, un acteur essentiel de la vie locale. Philippe Delvaux, en charge du Budget et des Finances de la Ville, s'en est pris récemment à l'institution universitaire dans le magazine Médor. Depuis longtemps, il estime que la contribution de l'université aux caisses communales est trop faible par rapport aux coûts générés par la présence de milliers d'étudiants à Ottignies.
La récurrence des critiques venant de l'échevin a profondément agacé le CDH. Yves Leroy, conseiller communal, avait envoyé une lettre ouverte à la presse pour dénoncer les propos tenus par Philippe Delvaux contre l'UCLouvain. Confrontée à ces passes d'armes publiques, la bourgmestre Julie Chantry avait maintenu sa confiance à l'échevin de son parti. "L'intervention dans Médor n'était pas opportune. Je n'en étais pas heureuse et je ne l'ai pas caché à Philippe. Ce n'était pas une bonne idée", avait-elle toutefois reconnu, tout en regrettant le comportement de l'élu local CDH.
Ces difficultés n'étaient pas isolées mais survenaient après d'autres querelles au sein d'un collège réputé dysfonctionnel. "Beaucoup de dossiers communaux n'avançaient plus, explique un élu CDH qui a souhaité rester anonyme. I l n'y a pas que la question des relations avec l'université." Les autorités communales ont en effet connu des épisodes compliqués avec l'intercommunale de développement économique du Brabant wallon (inBW) et la Province.
Un couac politico-informatique
La confiance entre les partenaires locaux a également été sapée à cause d'un couac politico-informatique. Par erreur, un élu écolo qui évoquait par mail la possibilité de dégager le CDH du collège au profit du MR aurait transmis ce message destiné au groupe des verts… aux autres conseillers communaux. L'affaire n'a pas eu de grave conséquence car, dans cet e-mail, les écologistes estimaient que cette opération (remplacer le CDH par le MR) n'était pas opportune. A vec une certaine ironie, c'est finalement Écolo qui aura été remplacé par le MR, à la suite d'une manœuvre de ses alliés PS et CDH.
Mercredi soir, Julie Chantry jouait son va-tout et annonçait prendre des initiatives afin de convaincre ses futurs ex-alliés de revenir sur leur décision. Difficile à imaginer après de tels déballages…
Ottignies-Louvain-la-Neuve, un bastion historique des verts
Les verts viennent d'expérimenter ce que l'on appelle l'usure du pouvoir. Après 22 ans passés à l'hôtel de ville, Écolo perd l'une de ses places fortes et son mayorat le plus symbolique. En octobre 2000, une alliance de centre-gauche entre socialistes, sociaux-chrétiens et écolos s'était nouée afin de dégager les libéraux du collège. Jean-Luc Roland, membre fondateur d'Écolo en 1980, succédait à Jacques Otlet (MR) et devenait le premier bourgmestre vert de Belgique. Il allait se maintenir à ces fonctions durant 18 ans avant de se retirer lors des dernières élections communales.
Le premier parti de la commune
Jean-Luc Roland avait alors cédé le relais à Julie Chantry, l'une de ses anciennes échevines, sauvegardant ainsi le mayorat écologiste. Lors du scrutin de 2018, Écolo s'était même offert le luxe de devenir la première formation de la commune, devant le MR, après avoir obtenu 27,6 % des voix et 10 sièges au conseil communal.
Au CDH, on accusait le coup. Les humanistes espéraient s'emparer de l'hôtel de ville en renversant le rapport de force vis-à-vis du partenaire écologiste. Mais le CDH Cédric du Monceau, pour quelques voix à peine, avait été classé après Julie Chantry en termes de voix de préférence.
L'histoire, faite de flux et de reflux, a désormais restitué le mandat de bourgmestre aux libéraux. Les verts regagnent les bancs de l'opposition. Il s'agit, sur le plan stratégique, d'un échec qui dépasse la politique locale. On le sait, Écolo veille depuis plusieurs années à implanter ses troupes au cœur de la gestion communale. En particulier, dans les zones urbaines.
Louvain-la-Neuve, le labo écolo
Les écologistes souhaitent démontrer par des actes concrets que leurs idées peuvent améliorer la vie des citadins. Par exemple, en matière de mobilité. Ottignies-Louvain-la-Neuve, ville universitaire plutôt bourgeoise, au modèle urbanistique tout à fait unique, constituait un formidable laboratoire pour Écolo qui se retrouve bien dans la sociologie locale.
Toutefois, il ne faut pas surinterpréter. Si l'éviction des verts du collège d'une commune aussi emblématique est un vrai échec, Écolo, depuis 2019 et 2020, est monté dans tous les gouvernements (fédéral, wallon, bruxellois et à la Fédération Wallonie-Bruxelles). Pour le parti de Rajae Maouane et de Jean-Marc Nollet, ce sont désormais ces niveaux de pouvoir qui constituent la principale vitrine de la capacité gestionnaire des écologistes.