Smet (SP.A): "Picqué est devenu le gérant d'une boutique"

Pascal Smet (SP.A) n'a pas l'habitude de garder sa langue en poche. L'actuel ministre flamand de l'Enseignement et des Affaires bruxelloises a bien connu le ministre-Président sortant. Il porte un regard sévère sur les années Picqué.

Mathieu Colleyn et Vincent Rocour
Smet (SP.A): "Picqué est devenu le gérant d'une boutique"
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Pascal Smet (SP.A) n'a pas l'habitude de garder sa langue en poche. L'actuel ministre flamand de l'Enseignement et des Affaires bruxelloises a bien connu le ministre-Président sortant pour avoir partagé le pouvoir au gouvernement bruxellois entre 2004 et 2009. Celui qui a été rejeté dans l'opposition régionale en 2009 porte un regard sévère sur les années Picqué.

Quel bilan tirez-vous des années Picqué ?

Avec lui, Bruxelles a changé, c'est indéniable. Mais c'est surtout vrai durant les premières années de la Région. La meilleure partie de son "règne". Après, il est devenu le gérant d'une boutique, la boutique Bruxelles. Il ne lui a plus jamais donné une vraie ambition face aux autres villes européennes. Cela en partie à cause de lui-même mais aussi de l'ensemble de la classe politique bruxelloise. Elle a toujours une vision municipaliste. Quelque part, Charles Picqué est resté le maire de Saint-Gilles, un maire qui est devenu ministre-Président. Je regrette ce manque d'ambition. Charles est resté un homme de la Fondation Roi Baudouin. La politique, c'est aussi la bagarre Et lui, il n'aime pas la bagarre.

Il a dû veiller à un équilibre entre les Communautés. Ce n'est pas forcément une tâche facile.

Il est vrai que ce n'était pas toujours facile. Mais les néerlandophones ne lui ont pas vraiment rendu la tâche difficile. Ils ont voulu faire bouger cette ville. Il fallait choisir entre une vraie ville-région et une région avec des municipalités qui freinent le développement de la ville. Charles n'a pas pu trancher. Et puis, c'était un grand partisan de la Communauté française. Il a joué un rôle pacificateur, je ne le nie pas, mais il a toujours tenu à cette forte liaison avec la Communauté française qui a empêché Bruxelles de devenir une vraie ville internationale où toutes les communautés - francophone, néerlandophone, anglophone - peuvent se retrouver. On n'a pas fait un projet bruxellois pour les Bruxellois. Cela va au-delà de la personne de Charles Picqué. On voit la même chose au MR et au CDH.

Les francophones se disent qu'il faut une Communauté française forte parce qu'il y a, en face, une Communauté flamande qui lorgne sur Bruxelles…

Je suis persuadé que la majorité des Bruxellois souhaitent une Région plus autonome avec une identité propre qui n'empêche pas de maintenir un lien avec la Flandre et la Wallonie. Charles évitait les conflits. Mais gérer une ville ne se fait pas sans conflit. Quand j'étais ministre j'ai fait avancer des choses. Villo et l'agence de stationnement, c'est moi. Ça a été des bagarres, parce qu'on a repris du pouvoir aux communes. Ce gouvernement-ci est un gouvernement à l'arrêt.

Il a eu moins de moyens que lorsque vous étiez ministre.

On cherche toujours des excuses. Il y a moins de moyens mais on peut trouver des moyens en réorganisant Bruxelles. Le nombre d'hommes et de femmes politiques, le nombre de fonctionnaires, de structures est énorme. On peut simplifier et dégager de l'argent qu'on pourra investir pour les gens.

Par nombre d'habitants, on a peu d'élus à Bruxelles...

Il ne faut pas comparer Bruxelles à la campagne mais avec Prague, Vienne, Berlin. La Ville de New York compte 52 hommes politiques. Il faut diminuer drastiquement le nombre d'hommes politiques à Bruxelles. Tous ces municipalistes ne peuvent exister qu'en disant "non". Cela génère une multitude de blocages qui rendent la cohérence des politiques impossible. De 950 élus il faut passer à 150. Et je veux être clair, le nombre de Flamands devra fortement diminuer aussi.

Il n'y a plus de communes dès lors  ?

On peut avoir des arrondissements, et même des communes, mais le pouvoir réel doit être à la Région. Pourquoi ne pas fusionner la Région et la Ville de Bruxelles ? C'est le plus simple, avec une décentralisation dans les autres communes. Le drame de Bruxelles, c'est que le gouvernement bruxellois ne prend pas les choses en main. Il faut une fierté bruxelloise. On n'a plus construit un bâtiment emblématique à Bruxelles ces 20 dernières années, à l'exception du nouveau siège de l'Europe. La gare du Midi est un scandale. La SNCB veut investir et rien ne bouge.

C'est à cause de la Région  ?

Elle bloque. Il y a des critiques, je suis d'accord, mais il faut se mettre autour de la table ! Beaucoup de villes européennes ont changé ces 20 dernières années, Bruxelles s'est contentée de gérer. C'est vrai que le fédéral n'a pas suffisamment investi dans sa capitale, mais pour moi un ministre-Président doit créer une coalition de la volonté.

Il y a des résistances flamandes aussi…

Allez, soyons honnêtes, si le PS veut quelque chose à Bruxelles, ce n'est pas le CD&V qui va le bloquer, hein.

Et sur le financement de Bruxelles ?

Pour la gare, il y avait de l'argent qui n'est pas investi. Il manque la volonté et une vision et ça, c'est la Région. Pas seulement Charles, tout le monde, même dans mon propre parti. Au début de la Région, on a bien travaillé et puis c'est devenu une routine.

Il y a un problème de personnel politique  ?

Le problème quand on fait de la politique à Bruxelles, c'est que tout le monde est compétent mais personne n'est responsable. Quand un homme politique met un bâton dans les roues, il en faut 10 pour le retirer.


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