Roman Polanski, un absent très applaudi sur le Lido: "Ce sentiment de persécution est assez simple à comprendre"
Vendredi soir, la Mostra de Venise a vibré face à "J'accuse", qui éclaire d'un jour nouveau l'affaire Dreyfus.

- Publié le 30-08-2019 à 20h30
- Mis à jour le 30-08-2019 à 20h31

Vendredi soir, la Mostra de Venise a vibré face à "J'accuse", qui éclaire d'un jour nouveau l'affaire Dreyfus.Après avoir suscité la polémique en début de festival, J'accuse a finalement été accueilli sous un tonnerre d'applaudissements, vendredi matin en projection de presse. Des applaudissements qui marquaient sans doute autant une forme de soutien à Roman Polanski et à la cause qu'il défend ici, qu'au film lui-même. À 86 ans, le cinéaste français signe une évocation un poil classique de l'Affaire Dreyfus, mais d'un point de vue passionnant. Partant du livre du Britannique Robert Harris (qui cosigne le scénario avec lui et avec qui il avait déjà travaillé sur The Ghost Writer), Polanski met en lumière un personnage oublié de toute cette histoire, le colonel Marie Georges Picquart, campé par Jean Dujardin.
Thriller historique
Au lendemain de la condamnation pour haute trahison d'Alfred Dreyfus (Louis Garel), Picquart est nommé à la tête des services secrets de l'armée française. Rapidement, il commence à douter de la culpabilité de Dreyfus, son ancien élève, qu'en "bon" Français antisémite, il avait pourtant participé à envoyer sur l'île du Diable quelque temps auparavant… L'officier estime de son devoir de faire triompher la vérité et la justice, quitte à se mettre à dos tout l'état-major de l'armée française. "C'est le véritable héros de cette affaire, Dreyfus n'était qu'une victime", a commenté en conférence de presse Alain Goldman, producteur qui a permis à Polanski de faire ce film qu'il essayait de monter depuis longtemps "en passant de la langue anglaise au français".
"Je connaissais cette histoire, la plus importante du siècle dernier en France. Mais en même temps, je ne la connaissais pas. Je savais qu'un homme appelé Alfred Dreyfus avait vécu l'enfer pendant 10 ans. Et puis j'ai lu le scénario. Je ne connaissais pas le colonel Picquart. Et ce que j'ai aimé, c'est que c'est un thriller qui explique l'histoire, qui est vraie jusque dans tous les détails. Cela m'a passionné parce que à 36 ans, j'ai enfin découvert cette histoire", a quant à lui expliqué Louis Garrel.
S'ouvrant comme un film d'espionnage, J'accuse se veut plus thriller que film historique pour éclairer d'un jour nouveau une affaire qui a coupé la France en deux à la fin du XIXe siècle. Rentrant dans le détail de l'histoire, Polanski montre à quel point toute l'armée s'est coalisée, non seulement pour faire d'un juif le coupable idéal d'un acte de trahison, mais surtout pour refuser de l'innocenter au risque de perdre la face. Un récit de persécution qui entre en résonance avec le cinéma de Polanski mais aussi avec sa vie personnelle. "C'est difficile de parler à sa place. Mais ce sentiment de persécution est assez simple à comprendre. Il suffit de voir sa vie. Et je la partage depuis très longtemps. Aujourd'hui, c'est nos 30 ans de mariage…", confiait son épouse, l'actrice Emmanuelle Seigner.
Une polémique qui fait pschitt
Malheureusement, s'il est très efficace et passionnant sur le fond, le film ne parvient pas à maintenir la tension jusqu'au bout, tandis qu'il pâtit d'une reconstitution historique très convenue. Il y a dès lors peu de chances pour qu'il figure au palmarès de Lucrecia Martel. Et ce, d'autant qu'il y a quelques jours, la cinéaste s'était dite "gênée" par la présence du film en Compétition, affirmant qu'elle n'assisterait pas à la projection officielle, "pour ne pas devoir me lever pour l'applaudir". Une position intenable pour une présidente du jury. Et ce, d'autant que personne ne lui demande d'applaudir Polanski, qui n'est pas présent à Venise, de peur de se faire extrader vers les États-Unis. Sans doute sous pression de la direction de la Mostra, l'Argentine a clarifié sa position : "Je ne le féliciterai pas mais je pense que c'est normal que son film soit ici au festival."
Dans une interview à France Inter, Catherine Deneuve, à l'affiche du film d'ouverture La Vérité de Kore-eda, a, quant à elle, au contraire défendu Polanski, qui l'avait fait tourner dans Répulsion en 1965 : "On ferait mieux de parler de lui comme un cinéaste et rien qu'un cinéaste." Une position qui résume plutôt le sentiment général sur le Lido, où la presse a largement plébiscité J'accuse, mais aussi applaudi quasiment chacune des interventions des acteurs et producteurs lors de la conférence de presse. Notamment le producteur italien du film Luca Barbareschi a balayé la polémique d'un revers de main en déclarant : "Le passé est le passé. On est dans le présent. Le jury doit juger et le public, s'il veut, peut applaudir le film. Et basta…"
Ce vendredi, la Mostra montrait également en Compétition "Il Sindaco del Rione Sanita", adaptation assommante de la pièce d'Eduardo De Filippo signée par l'Italien Mario Martone.
