Ascension vers le sommet du Mont Blanc

Récit du parcours aventureux à parcourir pour se hisser en haut du toit de l'Europe

Ascension vers le sommet du Mont Blanc
©Michel Courteville
TÉMOIGNAGE d'ISABELLE COURTEVILLE recueilli par MATTHIAS VAN HALST

Pour réaliser l’ascension du Mont Blanc, il faut s’inscrire un mois à l’avance. Les deux semaines précédant la montée, j’ai participé à un stage. On s’entraîne et les guides testent nos capacités pour voir si on est capable de faire tout ce qu’ils demandent. Il y a aussi une sortie test lors de laquelle l’effort est presque aussi dur que si on devait franchir le Mont Blanc. Il y a par exemple l’ascension du Grand Paradis : ceux qui y parviennent facilement sont aptes à affronter le plus haut sommet d’Europe.

Vient alors le grand jour. On prend d’abord le téléphérique et le tramway du Mont Blanc jusqu’à Nid d’Aigle, à une altitude de 2600m. C’est là que les efforts commencent : on endosse tout d’abord notre sac, avec les crampons, les gants, les chaussettes en laine, les vêtements chauds, la combinaison de ski, le piolet, les baudriers, les cordes, le casque, la frontale, etc. Le mien pesait 14 kg !

On est alors montés au premier refuge, à pied, dans des pirerriers. Comme c’était l’été, tout le monde était en t-shirt. Arrivés là, nous allions affronter la première grosse difficulté : la paroi du Goûter. Elle est constituée de roche qui se détache tout le temps. Il y a beaucoup de chutes de pierres, parfois des morts. Dans certains passages, il faut courir en montant. Mais quand on est en montagne, on sait que le risque zéro n’existe pas. Et lorsqu’il y a du danger, on fait confiance à son guide.

Mais tout s’est bien passé et nous sommes arrivés au refuge du Goûter, à un peu plus de 3800m. Là où il faisait un froid de canard... On s’y repose pour récupérer de tous les efforts déjà fournis. On a tous nos vêtements sur nous, plus les couvertures du refuge. Mais cela n’empêchait personne d’avoir encore très froid ! C’est aussi un bel endroit pour prendre des photos du coucher du soleil.

Ensuite, on s’y est remis. Il fallait se lever à une heure du matin car la journée, l’été, les ponts de neige ne tiennent pas et c’est fort dangereux. Le glacier commence tout de suite : c’est là qu’on enfile les crampons pour ne pas glisser. On s’équipe car baudriers, cordes et casque seront bien utiles. On marche frontales allumées et piolet à la main. Ainsi, jusqu’au refuge de Valot, où l’on vide les thermos bien chauds... ou plutôt, où on essaye tant bien que mal de boire. Pour ma part, j’avais un début de gelûre des mains. C’était un peu de ma faute car je n’avais pas les deux paires de gants recommandées.

Et c’est là qu’il a commencé à neiger. Dommage, parce que juste avant, on voyait la vallée de Chamonix toute éclairée. On prenait du vent et e la neige plein la figure. C’était le blizzard. Mais je ne pensais pas à rebrousser chemin : nous étions déjà arrivés à la moitié ! Sur les quatorze membres de l’expédition, nous n’étions pourtant que deux à vouloir poursuivre l’ascension. Le refuge était loin et en cordée, il n’y a pas le choix : soit tout le monde descend soit tout le monde monte. Je ne pensais qu’à deux choses : je voulais continuer et j’avais mal aux mains.

Et finalement, nous n’avons pas fait demi-tour. Et nous avons atteint le sommet, en passant par le brouillard. En haut, c’est un grand plat, un dôme. Quand on y arrive, tout le monde se jette dans les bras l’un de l’autre. Et après quelques photos, il faut penser... à redescendre. Car c’est bien beau d’être au sommet mais après, il faut revenir.

Là, le guide est le dernier (alors qu’il est en tête quand on monte). On prend le même chemin que lors de l’ascension. Mais c’est beaucoup plus embêtant dans ce sens-là... surtout que nous nous sommes perdus à cause du brouillard. Malgré tout, on reste toujours aussi motivé. Et quand on est enfin en bas, on commence à réaliser qu’on vient de réussir quelque chose de magnifique.

Cela a pris quatre heures de montées, et entre deux et trois heures de descente. Logique, puisque quand on monte, on s’arrête très souvent pour reprendre son souffle. On part un matin et on revient le lendemain soir. C’est une superbe expérience que je compte renouveler cet été.