Dutroux dit avoir agi pour un «réseau Nihoul»

Pendant environ trois heures, mercredi matin, Marc Dutroux a donné aux jurés sa version des faits, portant toute la responsabilité sur Michel Nihoul, qu'il accuse d'être le commanditaire des enlèvements. Calmement, il a reconnu avoir enlevé Sabine, Laetitia, An et Eefje pour Michel Nihoul, qui devait les mettre dans un réseau.

Dutroux dit avoir agi pour un «réseau Nihoul»
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Pendant environ trois heures, mercredi matin, Marc Dutroux a donné aux jurés sa version des faits, portant toute la responsabilité sur Michel Nihoul, qu'il accuse d'être le commanditaire des enlèvements.

Calmement, il a reconnu avoir enlevé Sabine, Laetitia, An et Eefje pour Michel Nihoul qui devait les mettre dans un réseau. Il a également reconnu avoir violé Eefje - «une fille très sympa» avec qui il aimait discuter -, deux Slovaques, Sabine - sur qui il avait «reporté son affection» - et Laetitia.

Marc Dutroux s'est excusé. «Les actes? Ah Monsieur le Président, c'est n'importe quoi. Les conséquences sont regrettables. Quatre personnes ne pourront jamais revenir. J'ai ma part de responsabilité et je veux l'assumer», a-t-il conclu.

Mais avant cela, Marc Dutroux s'était posé en victime. Victime de parents qui ne l'ont pas aimé et qui lui ont donné une «éducation de dingue». Victime de ses mauvaises fréquentations, comme Pinon ou Patrice C.; victime de son bon coeur aussi. Car si Marc Dutroux a fait certaines déclarations dans le dossier, c'est pour protéger Michelle Martin. Il voulait lui éviter des sanctions judiciaires trop importantes. «Mais maintenant, je ne considère plus qu'il est encore de mon devoir de la protéger», a-t-il remarqué.

Mais, Marc Dutroux voulait aussi et surtout protéger les enfants enlevés du «réseau Nihoul». Julie et Mélissa sont arrivées chez lui en juillet 1995. Il les a découvertes «assises sagement dans un divan» en compagnie de Lelièvre, Martin, Weinstein et Nihoul. Il les a gardées car il devait rendre un service à Michel Nihoul mais quand il a appris, après que Weinstein ait abusé de Mélissa, qu'elles risquaient de subir d'autres choses, il a décidé de les protéger, de les soustraire au réseau «Nihoul et compagnie».

Il leur a alors aménagé la cache initialement prévue pour dissimuler ses outils. «Je leur ai expliqué qu'elles devaient partir chez quelqu'un de méchant. Elles avaient le choix. Soit partir dans le réseau Nihoul, soit rester chez moi tranquilles et bien traitées», a-t-il expliqué. Il a gardé les fillettes et a fait croire à Michel Nihoul qu'elles avaient été emmenées dans un autre réseau.

Il a découvert les cadavres de Julie et de Mélissa quand il est sorti de prison en mars 1996, après une incarcération de 4 mois. «J'ai mis les dépouilles dans le congélateur car j'avais des choses à faire», a-t-il commenté, expliquant que Martin et Weinstein étaient responsables du décès. Et s'il a toujours déclaré que les fillettes étaient en vie et qu'il avait tout fait pour les réanimer, il s'en excuse. «J'ai menti pour protéger mon épouse. C'est des foutaises ce que j'ai dit», a-t-il expliqué.

Quand il a appris que Julie et Mélissa avaient éte «emmenées» dans un réseau parallèle, Michel Nihoul a demandé à Marc Dutroux de les «remplacer» par d'autres filles. Ce dernier a alors enlevé An et Eefje la nuit du 22 au 23 août 1995 «pour payer sa dette».

«Je suis parti à la Côte avec Lelièvre et deux personnes, proches de Nihoul, qui étaient des membres des forces de l'ordre. Les jeunes filles ont été enlevées puis conduites chez moi. J'avais la consigne d'attendre qu'on vienne les chercher. Je les ai gardées une quinzaine de jours », a-t-il précisé.

Julie et Mélissa étaient à ce moment-là toujours dans la cache. Les deux adolescentes ont donc été enfermées, nues, dans la chambre de Dutroux. «Elles ne pouvaient pas rencontrer les petites puisqu'elles n'étaient pas censées être là», a-t-il ajouté. Il a reconnu avoir abusé de Eefje, qu'il a qualifiée de «très sympa».

«C'est dommage que cette fille là soit décédée; c'est une catastrophe», a-t-il remarqué. Marc Dutroux a reconnu avoir enlevé Sabine et Laetitia. La première, à Kain le 28 mai 1996 en compagnie de Lelièvre, pour honorer une «commande de Nihoul». Il a avoué avoir entretenu des relations sexuelles avec elle. Dépressif, il a finalement reporté un peu d'affection sur elle et a alors décidé de ne plus la livrer à Michel Nihoul. Il a alors fourni les mêmes explications pour Julie et Mélissa. Et a été contraint d'enlever Laetitia, à Bertrix le 9 août 1996, toujours en compagnie de Lelièvre. Trois jours plus tard, il a de nouveau décidé de ne pas la livrer au réseau de Michel Nihoul. Les deux jeunes filles ont été libérées le 15 août 1996.

Marc Dutroux a reconnu la séquestration de Philippe Divers, de Bénédicte Jadot et de Pierre Rochow, soupçonnés par Bernard Weinstein de l'avoir «doublé» dans une histoire de camion volé. Pour leur éviter les foudres de Weinstein, il a proposé de les droguer afin d'aller «perquisitionner» chez eux.

Par contre, Marc Dutroux a nié avoir tué Bernard Weinstein. Selon lui, cet acte est l'oeuvre de son épouse et de Gérard Pinon. Il a découvert le décès lors de sa libération en mars 1996., a-t-il dit. La cour reprendra les débats à 14H00 avec l'interrogatoire de Michelle Martin.

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