Lena, 16 ans, trisomique, n'a pas pu continuer ses humanités dans une école "ordinaire": "La législation l'a empêchée de poursuivre"
Selon le Comité européen des droits sociaux, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne fait pas assez d'efforts pour l'inclusion scolaire des enfants en situation de handicap intellectuel.

- Publié le 03-02-2021 à 10h09
- Mis à jour le 03-02-2021 à 11h56

Léna, 16 ans, n'a pas son certificat d'études de base. L'adolescente porteuse de trisomie 21 ne décrochera jamais le précieux CEB accordé aux élèves qui ont réussi le cycle primaire. Enfant, elle a pu fréquenter l'enseignement ordinaire "avec son handicap". Parce que ses parents se sont battus et qu'ils ont trouvé une école qui lui a permis d'avancer à son rythme dans ses apprentissages de base, avec des copains du même âge. Avec l'appui d'une institutrice venant d'une école spécialisée du type 2 (déficience intellectuelle modérée à sévère) et l'aide d'une ASBL qui accompagne les personnes handicapées.
L'adolescente voulait poursuivre ce projet d'intégration (selon les termes du décret de 2004) qui avait si bien réussi en primaire. Ses parents aussi, pour que l'inclusion scolaire de leur fille déficiente intellectuelle devienne une réalité. L'adolescente rêvait de suivre la filière qualifiante de service aux personnes dans une section professionnelle.
Elle a dû déchanter. "On a trouvé deux écoles secondaires qui étaient prêtes à se lancer avec nous dans l'aventure", raconte Annette Teutsch, la maman de Léna, active au sein de l'ASBL Inclusione. "Mais il n'a pas été possible de trouver le soutien d'une école spécialisée pour Lena". L'adolescente était entre-temps passée du type 2 au type 1 (retard mental léger). Sans chance réelle pour l'élève d'obtenir le certificat d'études du premier degré (le CE1D) qui sanctionne la réussite des deux premières années d'humanités, les écoles spécialisées ne se risquent pas dans l'inconnu…
"Ce n'était pas raisonnable"
Léna a pu suivre les 1re et 2e années différenciées dans une école secondaire bruxelloise, mais sans projet d'intégration en bonne et due forme. Son parcours dans l'enseignement ordinaire a dû s'arrêter là.
"La législation l'a empêchée de poursuivre. Elle aurait pu s'engager dans l'enseignement professionnel mais elle aurait été bloquée en 4e". C'est la dernière limite pour décrocher le fameux CE1D; Léna n'a pas les aptitudes intellectuelles pour y parvenir. "Les stages et les cours pratiques, soit tout ce qui fait sens pour elle, qui voudrait travailler dans une crèche, commencent après la 4e année", poursuit la maman. "Ce n'était donc pas raisonnable de lui faire commencer dans l'enseignement ordinaire".
L'adolescente a adapté ses rêves
Les parents se sont donc résignés à faire le tour des écoles spécialisées de type 1, pour voir quelle formation pourrait convenir à la jeune trisomique. La filière qualifiante de services aux personnes y existe, mais on y apprend surtout à ranger, nettoyer, repasser. Ce qui intéresse Léna, ce sont les contacts humains, ajoute sa maman.
La jeune fille a donc obliqué vers l'orientation cuisine/hôtellerie. L'adolescente a tout de suite été emballée par sa nouvelle école, où elle est "supercontente". Léna a adapté ses rêves : elle se voit désormais bien chef au "65 degrés", un restaurant bruxellois qui allie cuisine fine et inclusion.
Même si Léna est aujourd'hui heureuse, Annette Teutsch évoque son amertume par rapport au système scolaire francophone qui empêche un élève déficient intellectuel de poursuivre un projet d'inclusion en humanités. "C'est très frustrant. Après les primaires, ça devient encore plus compliqué. On ne se sent pas soutenus".