Le père du plan Good Move, Pascal Smet, s'inquiète de la tournure des événements: "Le soutien assez large à ce plan est en train de disparaître"
Pascal Smet (One.Brussels/Vooruit), à l'origine du plan Good Move, juge un retour en arrière inenvisageable.

- Publié le 27-10-2022 à 07h00

Pascal Smet (One.Brussels/Vooruit) occupe actuellement le poste de secrétaire d'État à l'Urbanisme dans le gouvernement bruxellois. Mais lors de la précédente législature, c'est lui qui avait en charge la Mobilité. Et c'est sous sa férule que le plan Good Move a été conçu avant qu'il ne passe aux mains d'Elke Van den Brandt (Groen), qui lui a succédé au gouvernement bruxellois. Pascal Smet est aujourd'hui très inquiet de la tournure des événements.
Après Anderlecht, c'est Schaerbeek qui suspend l'entrée en vigueur d'une "maille" sur son territoire. Vous étiez le concepteur du plan. Qu'est-ce que cela vous fait ?
Je suis très inquiet et très triste. Au cours des deux dernières années de mon mandat de ministre de la Mobilité à Bruxelles, nous étions arrivés à un consensus très large autour du plan Good Move. Nous avions réussi à dépasser les rivalités entre partis et les divisions entre pro et anti-voitures. Mais le large soutien à ce plan est en train de disparaître. Je me promène beaucoup au centre de Bruxelles. Les gens m'interpellent parfois en parlant de plan "Bad Move" ou "Don't Move". Ce qui était une initiative positive a pris une connotation négative. Même ceux qui devraient lui être naturellement favorables commencent à se poser des questions. Et cela met une hypothèque sur la réussite du plan. Or, il n'y a pas de choix : le retour en arrière n'est pas une option. Il faut maintenir le trafic de transit sur les grands axes et, ainsi, améliorer la qualité de vie dans les quartiers.
Qu'est-ce qui explique les réticences actuelles à l'égard de ce plan ?
Le problème, pour moi, c'est que Good Move se présente aujourd'hui comme un plan de mobilité pur et simple. Or, de mon expérience comme ministre bruxellois de la Mobilité, j'ai appris que, pour réussir, cela ne peut jamais être seulement un plan de mobilité. Cela doit être conçu comme un plan d'amélioration de la vie dans les quartiers. Quand une autorité publique veut modifier la mobilité d'un quartier, elle doit proposer en même temps des réaménagements ou, au moins, une promesse de réaménagements à plus ou moins brève échéance. À Cureghem ou à Schaerbeek, les gens ont dû changer leur mobilité, ils ont vu apparaître des blocs de béton. Mais on ne leur a pas donné le rêve d'un quartier plus agréable à vivre.
C'est un peu comme pour la piétonnisation du centre-ville de Bruxelles…
C'est même la grande leçon qu'il fallait tirer du piétonnier. Les gens pouvaient accepter le nouveau plan de circulation, car des réaménagements avaient été annoncés. Ils pouvaient rêver d'une amélioration de leur quartier. Mais il a fallu beaucoup de temps avant le début des travaux. C'est alors que le soutien dont bénéficiait le piétonnier a commencé à fléchir. Maintenant que le piétonnier est aménagé, on n'entend presque plus les critiques. Il y a même parfois trop de monde sur le piétonnier. C'est d'ailleurs en grande partie grâce à lui que la mise en œuvre du plan Good Move dans le Pentagone a plutôt bien fonctionné. Presque tout le trafic de transit avait déjà disparu. Tout cela montre bien qu'un plan de mobilité doit être accompagné d'aménagements qui donnent la perspective d'une vie meilleure dans les quartiers.
Cela demande plus du temps et d'argent.
Les moyens existent. Peut-être faut-il concevoir des mailles plus petites. Il faut aussi plus de dialogue, y compris avec ceux qui ne sont pas d'accord et avec ceux qui ne s'expriment pas. Attention, dialoguer, ce n'est pas donner systématiquement donner raison à ceux qui crient le plus fort. C'est expliquer les raisons du changement, donner des perspectives. Et montrer de l'empathie. Pour certaines personnes, la voiture, c'est comme un deuxième salon.
Anderlecht et Schaerbeek ont mis en suspens le plan Good Move sous la pression de manifestations de rue. Qu'en pensez-vous ?
Dans une démocratie, on ne peut pas accepter que la rue règne. On ne peut pas accepter que des pompiers et des policiers soient blessés. On entre alors dans un système d'anarchie. Cela ne va pas. Mais il faut renouer le fil du dialogue. Là où cela n'a pas fonctionné jusqu'à présent, de nouvelles méthodes de participation doivent peut-être être essayées.
Elke Van den Brandt a-t-elle utilisé la mauvaise méthode ?
Je ne critique pas mes collègues dans la majorité. Ce qui m'importe, c'est d'arrêter le processus de désintégration du plan. Et pour cela, il faut du courage politique, et du dialogue.
