Le gouvernement fédéral compte mettre le rail belge à l'heure suisse
L'exécutif veut s'inspirer du modèle horaire des trains suisses. L'administration se penche actuellement sur la question.

- Publié le 10-02-2025 à 06h56
- Mis à jour le 10-02-2025 à 15h49

Les négociateurs de l'Arizona avaient-ils les yeux tournés vers les montagnes helvètes au moment de penser l'avenir du rail belge ? Dans son accord, l'équipe de Bart De Wever annonce "examiner l'opportunité de passer à une offre cadencée, à l'instar de la Suisse, sur la base d'une étude en cours au sein du SPF Mobilité". Mais en quoi consiste cette approche ?
Pour bien comprendre, il faut s'intéresser au mode d'organisation du réseau de chemin de fer établi par la SNCB. À son plan de bataille, en quelque sorte. L'entreprise ferroviaire élabore en effet les heures d'arrêts des trains dans chaque gare du pays en fonction du matériel roulant et du personnel disponibles. Si ces choix semblent anodins, plusieurs philosophies existent en la matière.
Une compagnie peut opter pour une programmation horaire individualisée par train, celui-ci circulera de facto de manière indépendante. À titre d'exemple, les trajets supplémentaires disponibles lors des heures de pointe se rangent dans cette catégorie. S'il se voit généralisé à l'ensemble du réseau, ce mode d'exploitation (très) rudimentaire compliquera la vie des usagers, soumis à des plannings plutôt aléatoires.
Au contraire, un opérateur peut concevoir des horaires dits "cadencés", basés sur la répétition et la symétrie. L'idée s'avère simple : chaque train dessert, à intervalles réguliers (toutes les heures, les 30 ou 15 minutes, etc), une destination précise. Prenons un exemple : un usager veut se rendre à Liège-Guillemins au départ de Bruxelles-Central. Son train démarrera toutes les demi-heures. Idem, en sens inverse. Depuis l'instauration du plan IC-IR le 3 juin 1984, la Belgique déploie cette stratégie, comme bon nombre de ses voisins européens d'ailleurs.
Des nœuds, des nœuds encore des nœuds
Alors qu'est-ce que les Suisses, spécialistes de l'horlogerie au demeurant, proposent de plus ? La Confédération et sa multitude de firmes de transport vont un cran plus loin en développant des horaires "cadencés" et "intégrés", avec des "nœuds de correspondance" dans certaines stations.
En bref, des lignes reliant les grandes villes se rejoignent dans une gare au même moment, voir partagent les bords d'un même quai. Différents trains locaux ou suburbains arrivent aussi peu avant. Les voyageurs peuvent ainsi sauter d'un wagon à l'autre en un temps éclair. Un nœud se crée et la possibilité de liaisons s'avère maximalisée, tandis que la période d'attente est minimisée.
Connecter l'extérieur des gares
Les bus, trams et métros possèdent également leur carte à jouer dans ce remodelage. "La coopération entre les opérateurs de transport public est primordiale dans le modèle suisse du système intégré de transports en commun", note, à ce sujet, le Conseil central de l'Économie. Ainsi, les horaires des autres sociétés de transport doivent se coordonner sur les va-et-vient de la SNCB, afin de capter ou d'amener les navetteurs à bon port au bon moment.
Message reçu pour l'Arizona. Elle explique, au cœur de son pacte de majorité, "qu'une bonne collaboration avec les régions est cruciale". Au-delà des intégrations horaires, la nouvelle coalition au pouvoir prévoit de développer les produits combinés (billet ou abonnement), utilisables sur les quatre réseaux (SNCB, Stib, De Lijn, Tec). Ce vœu se trouvait déjà au sein des déclarations de politique régionale flamande et wallonne.
À l'heure !
Le plat pays – avec sa densité – peut tirer parti de la proximité entre ses gares pour les transformer en ces fameux "nœuds de correspondance". Deux défis se posent cependant sur la voie des nouveaux ministres. Tout d'abord, la SNCB devra faire preuve d'une ponctualité sans faille, indispensable pour mettre en œuvre ce projet. Ensuite, il faudra compter avec le goulot d'étranglement que représente la jonction Nord-Midi. Doté de seulement six voies, Bruxelles-Central se trouve déjà au bord de l'asphyxie. Le développement d'un "nœud de correspondance" à cet endroit ne doit donc pas se transformer un nœud coulant.
