Homicide routier, fin de HR Rail, gare à l'aéroport de Charleroi : le menu "mobilité" de l'Arizona
La Libre a pu se procurer l'accord de gouvernement. Du chemin de fer à la voiture, une kyrielle de mesures sont au planning. Un programme salé pour certains, indispensable pour d'autres. Alors que prévoit l'exécutif fédéral ?

- Publié le 01-02-2025 à 14h35
- Mis à jour le 03-02-2025 à 07h19

"Alea iacta est !". Après 236 jours de négociations, de secousses et de fuites, le nationaliste flamand et amateur de locutions latines, Bart De Wever, tient (enfin) son accord. Un épais document de plus de 200 pages, fourmillant de détails, qui rythmera cette législature. Focus en six points sur les aspects "mobilité" du texte.
1. La SNCB, le plat de résistance
Quels sont les projets pour "l'épine dorsale de notre système de transport public", comme le nomme le pacte de majorité du nouveau gouvernement (N-VA, MR, Engagés, Vooruit, CD&V) ? Estimant la SNCB peu performante et pas encore mature pour l'ouverture à la concurrence après 2032, une série d'importantes réformes sont envisagées.
Si le contrat de service public de la Société nationale des chemins de fer et de performance d'Infrabel, ainsi que les plans d'investissements pluriannuels restent d'application, l'exécutif souhaite néanmoins changer de philosophie concernant la gestion du rail. Le gouvernement compte s'inspirer du modèle "d'offre cadencée" tel qu'il existe en Suisse. Le SPF Mobilité planche actuellement sur la question. "Une bonne collaboration avec les régions est cruciale à cet égard", note le texte. Au-delà de cette nouvelle vision, l'Arizona semble opter pour une stratégie calquée sur la "demande", plutôt que sur "l'incitation" à prendre le train.

En effet, l'offre ferroviaire publique sera (re)étudiée à la lumière de l'usage des lignes. En clair, les endroits à forte fréquentation se verront renforcés en priorité."Les arrêts seront adaptés aux évolutions de la demande effective et potentielle, avec la possibilité d'ouvrir de nouveaux arrêts là où se sont développées de grandes concentrations de nouveaux logements, et la possibilité de fermer d'anciens arrêts actuellement désertés par les usagers", précise le gouvernement.
Une manière pour la flambant neuve coalition aux commandes d'atteindre "une augmentation de 30 % des voyageurs, une ponctualité supérieure à 90 %, 50 % de nouveaux trains et une réduction de 30 % du nombre de trains supprimés".
2. Le point sensible : les cheminots
Depuis plusieurs semaines, syndicats et acteurs divers du chemin de fer expriment des craintes quant aux ambitions de l'Arizona en matière de gestion du personnel. Au vu des mesures inscrites dans cette déclaration politique, le menu risque de rester en travers de la gorge de quelques-uns. Le gouvernement indique vouloir dépoussiérer la politique du personnel afin de la préparer à "un avenir où la flexibilité et l'adaptabilité seront cruciales". Cette refonte se déroulera à plusieurs niveaux.
Premier jalon… et pas des moindres. Le gouvernement impose un "gel immédiat des recrutements auprès de HR Rail", employeur juridique commun de la SNCB et d'Infrabel. Si le terme "dissolution" n'est plus à l'ordre de jour, l'idée demeure la même : l'équipe De Wever souhaite enterrer cette entité, jugée obsolète, six pieds sous terre. "Une modification de l'objet social de HR-Rail (loi de 26) s'impose afin que les compétences de sélection, de recrutement et de gestion du personnel soient transférées aux entités opérationnelles de la SNCB et d'Infrabel. Ceci vise une plus grande efficacité et une gestion fonctionnelle mieux adaptée aux besoins spécifiques des entités respectives. D'autres rationalisations ainsi que la question de l'employeur légal du personnel ferroviaire seront étudiées. Les droits acquis et les avantages sociaux ne seront pas affectés".

Rappelons que le groupe N-VA à la Chambre a récemment déposé une proposition de loi similaire, suscitant l'ire de la CGSP et de la CSC. "Cette remise en cause de HR équivaut à une attaque envers le statut du personnel. Si cela passe, le gouvernement doit s'attendre à des mouvements sociaux d'ampleur", avertissait alors le président national de la CGSP Cheminots, Pierre Lejeune, dans nos colonnes.
Deuxième niveau, la concertation sociale chez l'opérateur de transport et le gestionnaire d'infrastructures se verra remodelée, "conformément aux dispositions déjà existantes pour d'autres entreprises publiques autonomes telles que Bpost et Proximus". Une fois de plus, les organisations de défense des travailleurs risquent de mal digérer ce projet. Troisièmement, comme cela courait dans l'air et les titres de presse, le relèvement de l'âge de la pension pour le personnel de la SNCB est acté. De 55 ans actuellement, l'âge légal de départ se retrouvera progressivement aligné sur celui des autres salariés et fonctionnaires (et ce à partir du 1er janvier 2027).
3. Une meilleure coopération avec les régions
Dans l'optique de renforcer la "collaboration interfédérale", l'accord souhaite accroître les liens entre les entreprises régionales de transport et les nouveaux locataires du 16. "La politique sera davantage axée sur la demande, de sorte que, par exemple, les liaisons ferroviaires et routières soient mieux coordonnées l'une avec l'autre. Il est également possible que des investissements régionaux supplémentaires soient réalisés sur les lignes ferroviaires tel que prévu à l'article 92bis, § 4nonies LSRI. Le gouvernement utilisera pleinement les possibilités offertes par cet article".
Comme en Wallonie et en Flandre, le pouvoir fédéral envisage de proposer des produits combinés (tickets ou abonnements), utilisables dans les différents services de transports." Nous accordons une attention particulière au réseau périurbain dans les zones urbaines. Dans ce cadre, il est important de conclure des accords clairs avec les Régions pour une excellente coordination de l'offre de la SNCB avec celle de De Lijn, du TEC et de la STIB. Nous veillons donc à ce qu'il y ait de meilleures synergies entre les trams, les bus et les trains".
4. Et sur la route…
À en croire le pacte de majorité, "l'infraction d'homicide routier", fera bel et bien son entrée dans le futur Code Pénal et remplacera la notion "d'accident de la circulation mortel". Avec, à la clé, des peines plus sévères. Le projet avait été mis à l'agenda par plusieurs associations, familles de victime, mais aussi par la députée (et négociatrice) Vanessa Matz (Engagés).
Toujours sur le bitume belge, l'Arizona "préconise de s'attaquer sévèrement aux criminels de la route". Elle déploiera un arsenal de mesures pour lutter contre les chauffards, les récidivistes et l'alcool au volant. Évoqué par La Libre dès septembre, le recours aux caméras ANPR reste d'actualité pour détecter l'usage du téléphone chez les conducteurs.

5. La gare au BSCA ne retournera pas au frigo
Malgré une volonté d'un contrôle accru des dépenses, les cinq partis en lice prévoient de créer un accès au réseau ferroviaire pour le Brussels South Charleroi Airport (BSCA), comme l'avait déjà révélé La Libre. Une mesure maintes fois évoquée qui était toujours remballée au frigo à cause de son prix trop élevé et de son intérêt fort limité. Nul doute que ce choix à plusieurs centaines de millions (estimé à 480 millions en 2013) trouvera un feu nourri de critiques en provenance de l'opposition.
En parallèle, la volonté de connecter le TGV avec Brussels Airport Zaventem est aussi confirmée : "Nous améliorons la connexion ferroviaire internationale à grande vitesse entre les nœuds du TGV et l'aéroport de Zaventem". En coulisses, certains fins connaisseurs du dossier craignent que ce dessein détourne des moyens financiers qui pourraient, par exemple, servir à la finalisation du RER.
6. Serrage de vis dans les stations
Le dossier de l'insécurité au cœur des stations de la SNCB fut sujet à diverses foires d'empoigne lors de la dernière législature. Afin de limiter les vols, la violence, le trafic de drogues ou encore la fraude au titre de transport dans les gares, l'équipe de Bart De Wever prévoit un programme draconien que La Libre avait d'ailleurs déjà dévoilé.

Un vaste "plan d'action pour évaluer et combattre la criminalité, les délits et le sans-abrisme dans et autour des gares" se prépare, sous l'égide du futur ministre de la Sécurité.
La force de frappe Securail sera décuplée, promet le nouvel exécutif : "Nous renforçons des effectifs de sécurité. Nous prenons également des mesures préventives en déployant des contrôles de billets à l'intérieur des gares, tout en examinant la possibilité d'installer des barrières d'entrée dans les grandes gares". Sous couvert de la lutte contre la délinquance, ces mesures risquent de se répercuter directement sur les sans-abri, nombreux à utiliser les gares comme dernier refuge pour dormir. "Toute personne causant des nuisances ou se livrant à des débordements sera traitée avec sévérité, avec des sanctions SAC pouvant aller jusqu'à l'interdiction de pouvoir embarquer", poursuit l'Arizona.
Les agents ferroviaires pourraient aussi se retrouver affublés de bodycam (ou caméra corporelle). Mais cela ne s'arrête pas là. Les formations au pouvoir désirent encore que "ce dispositif soit également disponible pour les accompagnateurs de train qui le souhaitent sur les lignes comptabilisant le plus d'incidents".