Des lieux culturels maintiennent la pression sur le gouvernement : "L'ineptie de cette mesure est totale"

- Publié le 29-12-2021 à 20h15
- Mis à jour le 30-12-2021 à 13h15

Mardi soir, les directeurs de théâtres, de centres culturels et de cinémas ont poussé un ouf de soulagement à l'annonce par le gouvernement de la réouverture des lieux culturels. Directeur juridique de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), qui avait saisi en référé le tribunal de première instance de Bruxelles pour demander l'annulation des décisions du Codeco du 22 décembre (une plainte désormais caduque), Tanguy Roosen se réjouit que "personne ne perde la face". Il n'envisage dès lors pas de nouvelles actions en justice contre l'État pour obtenir des réparations pour la fermeture imposée. "Dans le cas de cet arrêté royal annulé par le Conseil d'État, le gouvernement accepte de baisser les bras. Comme c'est déjà arrivé, il devrait mettre en place des fonds pour réparer le préjudice de ces quatre jours de fermeture. Dans le passé, la SACD et les sociétés de gestion des auteurs ont déjà reçu des indemnisations, qui avaient ensuite été reversées à 100 % aux auteurs concernés."
Une victoire symbolique
Président de la Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS) et directeur de Mars (Mons Arts de la scène), Philippe Degeneffe est, lui, doublement satisfait de l'arrêt du Conseil d'État. Avec la Ligue des droits humains et une dizaine d'autres partenaires, la FEAS avait déposé un autre recours devant le Conseil d'État, qui sera plaidé ce vendredi à 9 h même si, vu les décisions récentes, il se peut que celui-ci soit désormais considéré comme nul. "Le principal, c'est que cette victoire a été acquise, se félicite-t-il. Bravo à ceux qui ont déposé le premier recours, puisque tout le monde en profite. Cette victoire intervient quelques heures seulement après la fin de non-recevoir que nous avait opposée Frank Vandenbroucke. Lors de la réunion de concertation, je lui avais demandé s'il était prêt à convoquer un nouveau Codeco cette semaine pour revoir les décisions précédentes ; son refus avait été catégorique. C'est donc pour nous une victoire symbolique car, dans son arrêt, le Conseil d'État dit que les lieux culturels ne sont pas plus dangereux que d'autres, alors qu'ils étaient les seuls impactés par les mesures avec, comme sous-entendu, que c'est surtout là que les contaminations avaient lieu…"
Pas question cependant de demander la démission du ministre de la Santé, qui devrait reconvoquer les représentants du secteur culturel la semaine prochaine. Pour les 12 parties prenantes au recours devant le Conseil d'État, il est également trop tôt pour envisager d'autres actions en justice pour exiger un dédommagement. "Mais je mets quand même un bémol, car ce qui a été dit après le kern, c'est qu'on revenait à la situation de début décembre, avec une jauge de 200 places maximum, le CST et le masque. C'est évidemment mieux que la fermeture. Mais si, pour certains opérateurs, 200 places, cela correspond à une situation quasi normale, pour d'autres, qui ont une salle de 2 000 places, comme le Cirque royal, ce n'est pas le cas. Pour moi, l'ineptie de cette mesure est totale", tonne M. Degeneffe.
Bruno Plantin-Carrenard, directeur général d'UGC Belgium, continue, lui aussi, de mettre la pression sur le gouvernement, en laissant planer l'ombre d'une nouvelle procédure judiciaire, "avec la Fédération des cinémas de Belgique (FCB) et en notre nom propre", pour réclamer des dédommagements. "Le gouvernement le sait. C'est l'une des possibilités et cela fait partie du jeu de négociations que nous avons avec les autorités aujourd'hui…", menace-t-il.
