Après le triomphe de "Monsieur 30 %", la domination du clan Michel sur le MR est de l'histoire ancienne
Georges-Louis Bouchez, le président libéral, a obtenu une grande victoire électorale, le 9 juin. En interne, elle conforte son pouvoir de manière décisive, y compris vis-à-vis de ses mentors. Le MR entre dans une nouvelle ère.

- Publié le 19-06-2024 à 06h40

Longtemps, une ombre a plané sur la présidence de Georges-Louis Bouchez. Celle du clan Michel. Dans son ascension vers le sommet du MR, le fringant Montois, découvert par Louis Michel il y a près de vingt ans, a pu compter sur de puissants appuis. En 2019, c'est Charles Michel lui-même qui lui avait proposé de présenter sa candidature aux présentielles libérales. Appuyé par tous les "barons" bleus, il s'imposera au second tour face à Denis Ducarme.
Georges-Louis Bouchez, ancien collaborateur au cabinet de Didier Reynders, représentait une promesse de réconciliation entre les "reyndersiens" et les "micheliens". Toutefois, très rapidement, un soupçon avait saisi les partisans du premier clan. Georges-Louis Bouchez avait choisi Mathieu Michel, le fils de Louis et le frère de Charles, comme secrétaire d'État à la Digitalisation au sein du gouvernement De Croo… provoquant d'ailleurs une bronca au sein de son parti qui a failli lui coûter sa place de président. Depuis lors, les observateurs de la vie du MR ont vu en Charles Michel un marionnettiste faisant danser à sa guise son petit protégé.
"Monsieur 30 %"
Cette analyse légèrement complotiste n'est désormais plus possible. Le dimanche 9 juin, Georges-Louis Bouchez est devenu "Monsieur 30 %", en référence au score électoral qu'il avait promis à ses troupes en prenant la tête du parti. Si la famille Michel a pu lui dicter sa loi, cette ère est révolue. Le triomphe électoral des libéraux combiné à la chute du PS et d'Écolo ont placé Georges-Louis Bouchez en orbite.
Ce ringard libéralisme social…
Dans un entretien fort commenté, publié dans La Libre samedi, le leader libéral s'est même offert le luxe de critiquer le "libéralisme social", la version centriste de la doctrine du parti. Une doctrine que Louis Michel avait théorisée dans les années nonante, après la mort de Jean Gol. "On m'a souvent soutenu au MR que le libéralisme social, c'est formidable. Mais les deux seules fois où le MR a fait 30 %, c'était après des campagnes électorales à droite : en 2007, grâce à Didier Reynders, et aujourd'hui. C'est une leçon", affirmait Bouchez dans cette interview.
Au-delà de la tectonique des idées politiques, sous un aspect plus personnel, la galaxie Michel n'est plus en position en force. Charles Michel, comme président du Conseil européen, a souvent été attaqué. Il a fait l'objet de plusieurs polémiques internationales en lien avec le piètre duel qui l'a opposé à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission. Actuellement, plusieurs titres étrangers lui prêtent de sombres machinations destinées à la déstabiliser dans le renouvellement de son mandat…
Une étoile moins brillante
En Belgique, l'étoile de Charles Michel a également pâli. Éloigné du monde politique national par ses fonctions européennes, l'ancien Premier ministre de la majorité "suédoise" a longuement hésité avant de prendre la tête de la liste MR aux européennes… pour finalement y renoncer et céder la place à Sophie Wilmès. Son abandon de la présidence du Conseil dans un moment aussi sensible pour l'avenir des démocraties européennes avait suscité de fortes critiques. Sa décision de ne pas être candidat aux élections avait également été influencée par l'accueil plutôt tiède des militants réformateurs à l'occasion de meetings de campagne.
Quant à son frère, Mathieu Michel, il n'est pas en position de force pour l'instant. Contraint de prendre la deuxième place sur la liste fédérale dans le Brabant wallon, il n'a obtenu "que" 8 200 voix de préférence. La bourgmestre de Waterloo, Florence Reuter, qui occupait la première place, a récolté 28 000 voix. Malgré un fort capital sympathie et un portefeuille au sein du gouvernement De Croo, Mathieu Michel n'a pas vraiment brillé lors de ce scrutin. Quelques semaines avant les élections, le secrétaire d'État s'était par ailleurs présenté comme un héritier du libéralisme social, une nuance politique à laquelle Georges-Louis Bouchez ne croit pas ou ne croit plus.
Une filiation michelienne
Si les élus et fins connaisseurs des trépidations du MR pensent également que la page Michel est définitivement tournée, certains veulent nuancer l'emprise que ce "clan" aurait exercée. "Cette dépendance de Georges-Louis Bouchez vis-à-vis des Michel n'a jamais vraiment été politique, analyse une source. Elle était plutôt morale. Il s'agissait plutôt d'une filiation. Si je prenais la tête du MR demain, Georges-Louis aurait naturellement un ascendant durable sur moi. De toute façon, je crois qu'il n'a jamais écouté que lui-même…. Et heureusement, d'ailleurs. On a vu le résultat le 9 juin."
