La N-VA veut réduire la participation de l'État belge dans la SNCB, Vooruit recale l'idée
Au parlement fédéral, le groupe N-VA propose d'ouvrir le capital de l'opérateur de transport public au privé. Hors de question pour les socialistes flamands, pourtant membres de la majorité.

- Publié le 08-04-2025 à 18h51
- Mis à jour le 08-04-2025 à 20h43

L'État belge s'apprête-t-il à accueillir un deuxième actionnaire au sein de la SNCB ? C'est en tout cas la volonté du groupe N-VA à la Chambre. Dans une proposition de loi déposée fin mars, les nationalistes flamands ambitionnent de remodeler la répartition du capital de la société ferroviaire (actuellement détenue à 100 % par l'autorité fédérale). L'objectif ? Améliorer "l'efficacité" et le "bon fonctionnement" de la compagnie.
La députée Dorien Cuylaerts (N-VA) et ses coreligionnaires estiment que ce propriétaire unique "et l'absence de partenaires commerciaux dans la gestion de l'entreprise n'ont pas permis de réaliser de bons résultats d'exploitation au cours des décennies écoulées".
Partant de ce constat, le parti du Premier ministre Bart De Wever promeut "un trajet de modernisation qui réduise la direction de l'entreprise, simplifie les processus et dégraisse le cadre dirigeant". Avec une garantie : l'État gardera la main en tant qu'actionnaire principal, en détenant un minimum de 50 % plus une action. Si ce texte aboutit, la SNCB suivrait alors le même train que d'autres entreprises publiques autonomes avant elle, comme Proximus ou Bpost.
Vendre des bijoux de famille ?
Cette proposition s'inscrit dans la perspective de 2032, date après laquelle la SNCB passera d'un monopole sur le transport national de passagers à une ouverture à la concurrence. Une manière également de renflouer les caisses ? Il faut rappeler que l'Arizona joue actuellement à l'équilibriste. Sur le fil, le gouvernement doit juguler un déficit criant, tout en dégotant 4 milliards d'euros supplémentaires pour financer l'armée. Un montant indispensable si la Belgique veut atteindre les prescrits de l'Otan et la fameuse "norme" de 2 % du PIB consacré à la Défense. Bref, la tentation de vendre les "bijoux de famille", comme Belfius ou Proximus, reste grande.
Ce n'est absolument pas une option pour Vooruit. L'accord de coalition se montre très clair à cet égard : nous continuerons à considérer la SNCB comme un acteur public.
Dans l'hebdomadaire Knack, Dorien Cuylaerts se défend de telles ambitions vis-à-vis de la SNCB : "L'argent de la vente à un éventuel partenaire privé ne servira pas à combler le déficit budgétaire, ni à financer le futur Fonds de défense". À en croire la proposition de loi imaginée par les nationalistes flamands, l'arrivée de partenaires privés se déroulerait d'ailleurs via une augmentation de capital.
Les socialistes flamands, seuls partenaires de gauche dans l'attelage Arizona, ne l'entendent cependant pas de cette oreille. "Ce n'est absolument pas une option pour Vooruit, expose Niels Tas qui siège à la Commission Mobilité du parlement. L'accord de coalition se montre très clair à cet égard : nous continuerons à considérer la SNCB comme un acteur public". Une position partagée, depuis les bancs de l'opposition, par le Parti socialiste. "Vendre aujourd'hui, c'est renoncer à peser demain. La vente de parts vise en réalité un autre objectif : réduire la place du service public et, à terme, régionaliser le rail. C'est un agenda idéologique, pas une réponse aux besoins de mobilité", flingue Hugues Bayet (PS).
Absent de l'accord de gouvernement
La proposition bute aussi sur le désaccord d'un bloc syndical déjà chauffé à blanc par l'accord de gouvernement. "C'est tout simplement hors de question. Nous sommes attachés aux services publics", tranche Pierre Lejeune, président de la CGSP Cheminots. Alors que les jours de grèves se succèdent sur le rail, ce texte risquerait de (re)mettre de l'huile sur le feu de la concertation sociale. Le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Engagés) a pourtant déjà fort à faire avec la CGSP et la CSC-Transcom. Depuis plusieurs semaines, ces derniers s'assoient régulièrement à la même table pour discuter des réformes sensibles envisagées par l'exécutif fédéral. Or, l'ouverture de l'actionnariat de la SNCB au privé ne figure nulle part dans le pacte de majorité. Contacté, Jean-Luc Crucke ne souhaite pas commenter une initiative absente de l'accord de gouvernement.

Quelque part, le ministre semble devoir ménager la chèvre et le chou. Le centriste tente en effet de trouver des accords avec les deux organisations de défense des cheminots, tout en faisant avancer tant bien que mal le paquet de mesures prévues par l'Arizona pour le chemin de fer. S'il veut éviter que les pourparlers avec les syndicats s'éternisent, le Frasnois a donc tout intérêt à mettre au frigo un projet aussi explosif. Une temporisation que la N-VA balaie d'un revers de la main dans sa proposition : "L'intérêt général doit l'emporter sur les intérêts tant syndicaux que politiques".