Le gouvernement Arizona rattrapé par ses premières chamailleries, comme la Vivaldi et la Suédoise avant lui
Des dissensions sont apparues dans certains dossiers, à peine deux mois après sa mise en place. Les Engagés ont été particulièrement vocaux.

- Publié le 31-03-2025 à 06h39
- Mis à jour le 31-03-2025 à 08h20

"Kibbelkabinet", le gouvernement des chamailleries. L'expression était née en Flandre à l'époque de la coalition Suédoise (2014-2018), réunissant MR, N-VA, CD & V et Open VLD. Elle désignait les oppositions constantes entre les trois partis flamands qui avaient pollué la vie du gouvernement dirigé par Charles Michel (MR). Le CD & V, en particulier, fut l'empêcheur de gouverner à droite, suscitant l'exaspération de ses partenaires.
Inversion des rôles avec la Vivaldi, qui associait PS, Vooruit, MR, Open VLD, Écolo, Groen et CD & V sous la précédente législature. Là, c'étaient plutôt les francophones qui ne cessaient de se chamailler, surtout le MR et le PS, empêchant le gouvernement d'Alexander De Croo (Open VLD) de conclure des réformes socio-économiques d'envergure.
Deux mois après sa mise en place, la coalition Arizona – N-VA, MR, Engagés, CD & V et Vooruit – semble prête à récupérer le label "kibbelkabinet". "On nous avait promis un accord d'ingénieurs, ficelé jusqu'au dernier carat. Ce n'est pas le cas, fustigeait Pierre-Yves Dermagne (PS), le chef de l'opposition socialiste à la Chambre, samedi, dans La Libre. On voit que les interprétations sont différentes entre les partenaires du gouvernement. On a l'impression d'avoir un gouvernement déjà en fin de parcours, avec des dissonances et désaccords."
Plus-values, Défense, allocations de chômage…
Si M. Dermagne a tout intérêt à amplifier les premières dissensions apparues au sein du gouvernement de Bart De Wever (N-VA), il n'en demeure pas moins qu'elles existent bel et bien. Dès les premières heures de vie de l'exécutif, on a assisté à des échanges cacophoniques sur les modalités d'exécution de la future taxe sur les plus-values.
À la suite du revirement géostratégique des États-Unis, le gouvernement s'est rapidement entendu pour porter les dépenses de défense de la Belgique à 2 % de son PIB dès 2025, plutôt qu'à l'horizon 2029, comme c'était prévu dans l'accord de majorité. Mais cette manne de près de 4 milliards d'euros supplémentaires suscite les convoitises.
Le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), aimerait l'utiliser entièrement pour l'armée, pour acheter des munitions et du matériel. Mais ses partenaires ne l'entendent pas de cette oreille. La ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD & V), a estimé qu'il était nécessaire d'injecter de l'argent dans la Justice, en particulier dans des prisons surpeuplées. Pour le MR, les investissements futurs doivent aussi servir à la cybersécurité. Tandis que Les Engagés ont plaidé pour que les dépenses de défense intègrent le spatial, la mobilité et la transition énergétique.
La "particip-distanciation" des Engagés
Plus récemment, c'est le projet de limitation des allocations de chômage dans le temps, porté par le ministre de l'Emploi, David Clarinval (MR), qui a suscité des réactions. Le CD & V et Vooruit ont estimé qu'il ne pouvait être question d'exclure des chômeurs en train de se former aux métiers en pénurie. Vooruit et Les Engagés veulent aussi protéger les artistes, qui jouissent d'un statut spécifique. Et Les Engagés refusent que les congés de maternité et de maladie ne soient plus pris en compte dans le calcul ouvrant le droit au chômage.
Enfin, Benoît Lutgen, député Engagé, s'est montré critique, la semaine dernière, contre les projets, qu'il juge encore trop flous, d'Anneleen Van Bossuyt, la ministre de l'Asile et la Migration.
À l'autopsie, on constate que Les Engagés ont été le plus vocaux ces derniers jours. Il faut sans doute y voir la concrétisation de la notion de "particip-distanciation" que le président du parti, Yvan Verougstraete, a utilisé pour qualifier la manière dont Les Engagés allaient se positionner par rapport aux décisions gouvernementales.
Il est trop tôt pour savoir si ces postures et ces chamailleries vont paralyser la vie du gouvernement, mais elles testeront à coup sûr la patience et les talents de diplomate du Premier ministre Bart De Wever.
