Dans les coulisses de la Foire du livre de Bruxelles : "Tout n'est pas encore prêt… mais ça va le faire !"
À la veille de son ouverture, la Foire du livre de Bruxelles est en pleine effervescence. Entre livraisons chaotiques, stands en montage et exposants sous pression, La Libre s'est glissée au cœur des préparatifs de ce grand rendez-vous culturel.
- Publié le 29-03-2026 à 12h09
- Mis à jour le 29-03-2026 à 19h07

A quelques heures de l'ouverture de la Foire du livre de Bruxelles, la Gare maritime, située sur le site de Tour&Taxis, ressemble davantage à un chantier qu'à un salon littéraire. Dans les allées, des cartons s'entassent encore devant certains stands. On transporte des caisses, on déballe, on évacue les derniers emballages. Le vrombissement des perceuses couvre les conversations, tandis que des exposants appliquent les ultimes retouches de peinture sur leurs structures. Les derniers colis arrivent au compte-gouttes : "Un collègue a bien reçu ses cartons…mais pas au bon endroit", soupire une exposante, évoquant des livraisons parfois un peu chaotiques. "Ils ne sont même pas à Tour&Taxis, mais quelque part dans Bruxelles. On essaie de localiser où."
"Hier, c'était encore plus compliqué", raconte Grégory Laurent, le directeur de la Foire du livre. "Tout arrive en même temps — les stands, les câbles, la régie, les transporteurs." Depuis trois jours, ses équipes enchaînent les journées de douze heures, dès 7h du matin. Une trentaine de monteurs, sans compter les électriciens, régisseurs, et techniciens qui s'affairent en coulisse.

Chacun son rythme
Dans les allées, chacun vit l'avant-ouverture à sa façon. Au stand des Éditions de l'Académie royale, la responsable range les derniers livres avec soin. La maison publie depuis le XVIIe siècle, mais ses nouvelles éditions, relancées en 2012, restent encore peu connues du grand public. "C'est un bon moment pour que les gens apprennent à nous découvrir", dit-elle. Son stand est presque prêt — l'un des rares dans cet état à quelques heures de l'ouverture. "On est bien organisés cette année", glisse-t-elle avec un sourire soulagé. "J'ai hâte que le monde arrive." Sur la table, un ouvrage sur les femmes en Iran, un autre consacré à Patrice Lumumba. Des choix assumés, en lien direct avec l'actualité. "On sent que tout ce qui touche à la sociologie, aux questions politiques, ça peut fonctionner."
Un peu plus loin, quatre maisons françaises de littérature de l'imaginaire ont décidé de mutualiser leurs forces sur un stand commun. Autour d'elles, le chantier bat son plein, mais elles prennent le temps. "On fait une petite pause", sourit l'une des éditrices, "et puis on commence à ranger, décorer, tout doucement." Pas de panique visible bien qu'elles aient perdu un colis en route. La stratégie du stand commun est née l'an dernier. "On a des catalogues très complémentaires, alors on s'est dit : pourquoi ne pas allier nos forces ?" Derrière la logique économique, se trouve également une dimension plus personnelle. "On est une toute petite structure. On va rarement en salon. C'est souvent la seule occasion qu'on a de voir des lecteurs en vrai."

Tous ne sont pas aussi sereins. Dans le Quartier Manga, l'ambiance est plus tendue. Derrière un stand encore à moitié vide, un exposant lève à peine les yeux. Pas le temps pour les questions — les distributeurs ont semé la pagaille, les livraisons sont en retard, les déchets de cartons s'accumulent dans l'allée. "Ça prendrait plus que trois ou quatre questions pour vous expliquer", lâche-t-il, avant de replonger dans ses cartons.

Le décor se révèle
Peu à peu, pourtant, le décor prend forme. Cécilia, de Mangas.io, jette un œil à l'heure : 17h30. La soirée d'inauguration approche à grand pas. "On est un peu fatigués, vous le voyez bien, tout n'est pas terminé", confie-t-elle. "Ce sera juste, mais on va se concentrer sur l'essentiel. Les finitions, ce sera pour demain matin." Dans le quartier manga, une équipe fixe les dernières lanternes japonaises au-dessus d'une structure en bois. Entre sakura suspendus et structures inspirées de temples, le public est littéralement transporté au cœur du Japon. Sur 120 m², l'exposition Dialogue entre deux rives met à l'honneur cette année le manga taïwanais.
Un peu plus loin, l'espace Love & Whispers a déjà pris forme. Grande nouveauté de cette année et pensé pour séduire les jeunes générations, il prolonge le succès du Romance Corner lancé en 2025. "On accueille près de 6 000 élèves sur les deux premiers jours", souligne Grégory Laurent, qui insiste sur l'importance de placer les jeunes au centre de la programmation.

Le ticket de sortie
Voilà dix ans que la Foire du livre de Bruxelles a rendu son entrée gratuite. Un pari qui a payé : la fréquentation est passée de 70 000 à 85 000 visiteurs, avec un public plus large, plus jeune. Mais derrière la gratuité, la réalité économique pèse. "Chaque année, les coûts augmentent de 5 à 10 %", admet le directeur. Le modèle repose sur les exposants, les partenaires… et désormais sur une contribution volontaire proposée au public. Selon lui, la crise économique ne touche pas seulement l'organisation : "Ceux qui souffrent le plus, ce sont les éditeurs. Beaucoup n'ont plus les moyens de venir exposer, leurs budgets sont serrés, le coût de la vie est élevé". Les stands - autour de 2 000 € pour certains, parfois partagés entre plusieurs maisons — représentent un véritable investissement. "Il faut amortir, entre le stand, l'hôtel, le train… tout compte pour que l'opération reste rentable", raconte une exposante aux éditions Les Argaunautes. Grégory Laurent, lui, reste optimiste. "On surfe sur des crises depuis des années. Mais l'objectif reste de faire vivre une expérience." Il sourit. "On a remplacé le ticket d'entrée par un ticket de sortie : le livre."