Une très belle sélection de tirages de Michel Vanden Eeckhoudt à Ixelles
- Publié le 07-04-2022 à 18h43
- Mis à jour le 08-04-2022 à 09h29

"De quels photographes vous sentez-vous proche ? Qui admirez-vous ?" demandait il y a quelque 20 ans le galeriste Alain d'Hooghe au photographe Michel Vanden Eeckhoudt. "En tout premier lieu, bien sûr, Cartier-Bresson", lui répondait celui-ci en précisant : "Pour établir une comparaison avec la musique, il est à la fois Bach et Stravinsky. Il incarne tout autant les fondements de la photographie que l'avant-garde. Je le trouve toujours très audacieux, d'une pertinence extrême, d'une compréhension universelle remarquable. À mes yeux, il a toutes les qualités…"
Empathie contagieuse
On ne s'étonnera donc pas de retrouver le tropisme de l'humanisme bressonien dans la trentaine de photographies sélectionnées par d'Hooghe pour l'exposition "Les uns, les autres" qui vient de commencer à la Box Galerie. Particulièrement cette "compréhension universelle" qui transparaît tout aussi bien dans ses paysages que dans ses portraits d'humains ou d'animaux. Cette empathie plutôt discrète tenait d'ailleurs lieu de fil rouge au formidable Zoologies publié en 1982 par Robert Delpire (qui pour rappel était l'éditeur attitré d'HCB). Une empathie contagieuse car au fil des pages, le face à face avec les animaux en captivité prenait des allures de miroir plutôt culpabilisant. Ceci d'autant plus ici que d'Hooghe nous propose quelques rapprochements formels de son cru, comme par exemple celui de la silhouette tordue d'une jeune acrobate avec la morphologie en point d'interrogation d'un hippocampe (voir ci-dessus).
"Est-ce ainsi que les bêtes vivent ?" se demande-t-on à nouveau ici devant quelques-unes des images de "Zoologie", mais aussi devant des clichés de séries postérieures telles "Chiens" (1997) ou "Duo" (2000). Si l'on s'en tient à ce qu'en disait l'auteur lui-même, la question devait se poser autrement : "Fils d'un professeur de biologie et d'une assistante sociale, c'est naturellement qu'à travers le chien, je parle du maître. C'est évidemment le rapport de l'homme à l'animal qui m'intéresse."
Francine Deroudille poussait un plus loin son interprétation du positionnement du photographe lorsqu'elle écrivait dans sa préface à "Duo" : "Il nous donne à voir un monde pas tout à fait d'équerre dont il nous propose une géométrie personnelle. On voit bien qu'il ne pactise pas avec le monde des privilèges."
Récemment Michel Poivert tirait une conclusion quelque peu décalée, plus universaliste surtout, en notant : "On a beaucoup et justement parlé du fabuliste Vanden Eeckhoudt, en mettant en avant sa façon de se servir des animaux pour parler de la condition humaine. Mais la réciproque est peut-être ce qui le rend le plus actuel : il y a autant de zoomorphisme que d'anthropomorphisme chez lui."
À point nommé
À l'heure où le Musée de la Photographie à Charleroi consacre une vaste rétrospective accompagnée d'un important catalogue (voir La Libre du 09/02/2022) au travail de Michel Vanden Eeckhoudt, cette présentation à la Box Galerie (la quatrième depuis 2007) tombe à point nommé pour les collectionneurs ou amateurs de tirages. De très beaux tirages pour la plupart de la main du photographe qui était réputé pour être particulièrement nuancé et précis dans son travail de laboratoire.
"Les uns, les autres" de Michel Vanden Eeckhoudt Photographie Où Box Galerie, chaussée de Vleurgat, 102, 1050 Bruxelles. www.boxgalerie.be Quand Jusqu'au 30 avril, du mercredi au samedi de 14h à 19h.
