Le festival de Gand défie le Covid
La 47e édition du plus important festival de cinéma de Belgique aura bien lieu du 13 au 24 octobre prochains. Si l'organisation a dû être drastiquement revue, l'affiche reste belle. Avec notamment Drunk, le nouveau Vinterberg, en ouverture, mais aussi le récent Lion d'or, Nomadland de l'Américaine Chloé Zhao, et l'Ours d'or, There is No Evil de l'Iranien Mohammad Rasoulof.

- Publié le 18-09-2020 à 17h42
- Mis à jour le 18-09-2020 à 18h06

« Je n'ai jamais pensé annuler le festival. Même si on me disait naïve au début... » Directrice du Festival du film de Gand pour la troisième année, Marijke Vandebuerie (photo ci-dessous) n'a jamais douté de la tenue de la 47e édition du plus important festival de cinéma de Belgique aux dates prévues, du 13 au 24 octobre prochains. Même si, l'épidémie de Covid continuant de flamber un peu partout dans le monde, cette édition ne sera évidemment pas tout à fait comme les autres.
Pour permettre le respect des distances de sécurité entre les spectateurs, la jauge des salles a ainsi été réduite de moitié, avec 200 personnes maximum par séance. Conséquence: seules 30000 places seront mises en vente, contre le double l'année dernière. Soit des rentrées de billetterie réduites de moitié pour le festival. Autre coup dur, l'absence de toute activité B to B - les autres années, de nombreuses entreprises invitaient leurs clients aux soirées de gala -, une autre source de revenus conséquente... La directrice du festival avoue donc avoir dû faire des économies un peu partout. Mais elle se réjouit d'avoir pu compter sur le soutien de ses fidèles partenaires (comme la Ville de Gand, le VAF, l'Université de Gand) et sponsors (dont la Sabam).

Concert en ligne
Les contraintes liées à l'épidémie de Covid ont poussé les organisateurs à se montrer créatifs. Ainsi, le 20e anniversaire des World Soundtrack Awards (WSA) ne pouvant pas être célébré au Concertgebouw, il a fallu imaginer une solution alternative. La remise des prix sera ainsi diffusée en direct en streaming, le samedi 24 octobre à 20h, depuis le Kinepolis de Gand. Et elle sera suivie par la retransmission d'un concert, enregistré la veille à Flagey par Dirk Brossé (photo ci-dessous) et 40 musiciens de l'Orchestre philharmonique de Bruxelles (soit le maximum autorisés sur scène). Un concert qui rendra hommage aux invités d'honneur de cette 20e édition des WSA: les Français Alexandre Desplat (recordman des prix de compositeur de l'année) et Gabriel Yared (qui recevra un prix pour l'ensemble de sa carrière), ainsi que l'Américain Michael Abels (découverte de l'année en 2019).
Certes, nombre de membres de la profession, souvent basés à Los Angeles, ne pourront pas faire le voyage pour souffler les 20 bougies des prestigieux WSA — les seuls au monde quasiment à saluer le travail des compositeurs de musique de film —, mais la fête sera accessible à tous en ligne en s'inscrivant en ligne sur le site de l'événement.

Solution de repli
Si jamais les chiffres de l'épidémie de Covid se mettaient à flamber dans les prochains jours et que le festival de Gand devait être annulé, une solution de repli a été trouvé, grâce à un accord avec la plateforme de VOD australienne Shift72, qui a déjà travaillé avec le marché virtuel cannois il y a quelques semaines. « Mais je n'y crois pas du tout, commente Marijke Wandebuerie. Mentalement, les gens ont besoin de sortir, de voir des films, de faire des rencontres. Même si nous sommes tout à fait responsables et que nous mettons tout en oeuvre pour rassurer les gens. » Outre la réduction des jauges et le maintien de sièges vides entre les spectateurs ou les bulles, un fléchage au sol est prévu, du gel hydro-alcoolique sera disponible, tandis qu'un décalage entre les séances, pour éviter les les attroupements de foule.
La priorité, pour Marijke Vandebuerie, c'est que tout soit mis en oeuvre pour que les cinéphiles puissent revoir des films sur grand écran dans les meilleures conditions. « C'est important pour nous, avec le festival, d'aider nos partenaires, les distributeurs et les salles de cinéma, qui ont beaucoup souffert durant le confinement », plaide la directrice.
Mais quoiqu'il arrive, ce 47e Film Fest Gent sera un « festival hybride ». Sur 110 films sélectionnés (contre 130 l'année dernière), 50 seront en effet disponibles en streaming. Mais selon le principe des séances virtuelles (nombre limité de spectateurs, géolocalisation bloquée en Belgique et diffusion uniquement les jours où le film est projeté physiquement à Gand), pour ne pas cannibaliser une éventuelle sortie des films en salles à l'issue du festival.

Une riche programmation
Malgré ces contraintes sanitaires strictes, le Festival de Gand proposera une très belle affiche. Comme chaque année, son programmateur Wim De Witte a en effet fait son marché à Berlin, Rotterdam et Venise pour proposer le meilleur du cinéma d'auteur international au public belge, à travers une centaine d'avant-premières (sous-titrées en français pour la plupart).
Le coup d'envoi sera donné le mardi 13 octobre avec, en ouverture, Drunk de Thomas Vinterberg. Deux ans après y avoir présenté le faiblard Kursk, le Danois est de retour à Gand (virtuellement en tout cas) avec un film très attendu, détenteur du label "Cannes 2020". Un film dont il parle depuis des années et qu'il présente comme une « célébration de l'alcoolisme » emmenée par Mads Mikkelsen, qu'il avait déjà fait tourner dans La Chasse en 2012.
Pour ouvrir la Compétition internationale, Wim De Witte a choisi un film belge, L'Ennemi de Stephan Streker (photo ci-dessus), dont c'est le quatrième long métrage (et dont tous ont été montrés à Gand). Après le très beau Noces en 2017, le cinéaste et fan de foot s'inspire d'un nouveau fait divers, l'Affaire Bernard Wesphael, cet ancien cadré d'Ecolo acquitté pour la mort de son épouse Véronique Pirotton, retrouvée morte, un sac en plastique sur la tête, à Ostende en 2013. Avec un beau casting: Jérémie Renier dans le rôle-titre, Alma Jodorowsky, Emmanuelle Bercot, Sam Louwyck...

13 films en Compétition
Mais la concurrence sera rude. Parmi les 13 films en lice (dont la moitié signés par des femmes), on retrouve des titres comme Nomadland de Chloé Zhao (le récent Lion d'or), ADN de Maïwenn (qui sera présente à Gand), avec Fanny Ardant et Louis Garrel, Gagarine de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (labellisé "Cannes 2020"), le magnifique First Cow de l'Américaine Kelly Reichardt, Kajillionaire (2020) de Miranda July (Caméra d'or à Cannes en 2005 pour Moi, toi et tous les autres), avec Evan Rachel Wood, ou The Nest de Sean Durkin, avec Jude Law. Mais aussi un documentaire, Petite fille du Français Sébastien Lifshitz, portrait d'une pudeur remarquable d'un petit garçon se vivant fille…
Le prix du meilleur film sera remis par un jury présidé par le cinéaste bruxellois Fabrice Du Welz (Adoration), qui sera secondé, entre autres, par l'actrice flamande Natali Broods, le réalisateur français Damien Manivel (qui présente au passage son dernier film Les Enfants d'Isadora dans la nouvelle section « New Voices ») et Benh Zeitlin. Révélé en 2012 avec le très beau Les Bêtes du Sud sauvage, le jeune cinéaste américain présentera en avant-première son second long métrage Wendy (photo ci-dessous), accueilli assez froidement à Sundance en février dernier.

Viggo Mortensen sur le tapis rouge
Parmi les autres invités de marque, notons deux grands acteurs: Viggo Mortensen, qui fait le déplacement à Gand pour présenter son premier film en tant que réalisateur Falling (photo ci-dessous), dans lequel il joue aux côtés de Lance Herinksen et Laura Linney, et Jérémie Renier, à l'affiche non seulement de L'Ennemi, mais aussi de Slalom, une histoire de harcèlement dans le monde du ski signée par la Française Charlène Favier.

Enfin, du côté des films à voir, durant ces 15 jours de festival, on peut citer le magnifique documentaire Pour Sama de Waad Al-Kateab et Edward Watts (sur l'enfer du siège d'Alep) ou deux films dévoilés il y a quelques jours à Venise: I Am Greta de Nathan Grossman, documentaire militant sur le combat écologiste de Greta Thunberg, et l'hilarant Mandibules de Quentin Dupieux, avec Grégoire Ludig et Romeo Elvis
Également au menu, quelques perles de la dernière Berlinale, comme le film d'ouverture My Salinger Year de Philippe Falardeau (avec Margaret Qualley et Sigourney Weaver), mais surtout l'envoûtant Days du Taïwanais Tsai Ming-liang, le très Nouvelle Vague The Woman Who Ran du Coréen Hong Sang-son, Never Rarely Sometimes Always (photo ci-dessous), film choc d'Eliza Hittman sur l'avortement aux États-Unis, ou le sublime Ondine de Christian Petzold, un conte contemporain avec Paul Beer et Franz Rogowski présenté dans le cadre du focus que Gand consacre cette année au cinéma allemand. Sans oublier l'Ours d'or, l'impressionnant There is No Evil de l'Iranien Mohammad Rasoulof, condamné en 2019 à un an de prison.
