Rémi Chayé: "Il y a un côté punk à chiens chez Calamity Jane"

- Publié le 21-10-2020 à 12h45

Sa découverte de la route de l'Oregon a influencé le réalisateur Rémi Chayé. "J'ai appris que Jane l'avait suivie avec sa famille et mon imagination s'est emballée. Je cherchais l'idée de mon deuxième film et j'ai imaginé que son père avait un accident et que ça chamboulait son quotidien en la plongeant dans le monde des garçons : conduire le chariot, s'occuper des chevaux… J'ai proposé cela à deux scénaristes et au producteur Maybe Movies qui s'est très vite décidé. Cela m'a permis de découvrir un personnage que je connaissais mal."
Entre rumeurs et mensonges
Pendant deux ans, Rémi Chayé a lu tout ce qu'il pouvait sur "la légende" de Calamity Jane ainsi que sur "la façon dont elle l'a utilisée". Comment faire la part des choses entre rumeurs, mensonges et fausses lettres à sa fille ? "On a progressé au cœur de ces histoires, on est tombé sur le livre de Richard Etulain qui sépare la légende de la réalité. On a une date avérée pour le départ du Missouri et, deux ans plus tard, dans le Montana, un document qui atteste que les parents s'occupent mal de leurs enfants et que ceux-ci mendient."
"Jane a toujours dit que la traversée avait été une période très constructive pour elle où elle a appris à faire du cheval, à conduire des chariots et à chasser." La date de mort de son père est connue, mais celle de sa mère n'est pas documentée. "Deux ans pour traverser les États-Unis même à cette époque-là (habituellement, on part en mai, on arrive en octobre) c'est très long. Donc on a inventé le fait que la mère étant malade et finissant par mourir, ils avaient dû abandonner le premier convoi pour rejoindre un deuxième et les supplier de les emmener avec eux. C'est assumé : c'est notre interprétation de l'enfance de Martha Jane, il pourrait y en avoir d'autres."
Trois plumes se sont penchées sur cette histoire : celle de Rémi Chayé, celle de Fabrice de Costil, rencontré pour son précédent film (Tout en haut du monde) et celle de Sandra Tosello "avec laquelle il avait l'habitude de travailler". "Le plus compliqué a été d'imaginer une dramaturgie - le vol et la disparition de Samson - pour que le film ne se résume pas à un carnet de voyage avec une succession d'événements" confie Rémi Chayé.
"Dans l'aventure, chacun apporte ses propres lectures (des biographies en anglais pour Rémi), sa culture, ses références cinématographiques. On met tout cela en commun, on en discute et ensuite on avance. On voulait réutiliser le même processus de fabrication que sur le film précédent pour gagner du temps même si on a fait évoluer les choses. On avait fait un pilote et j'étais frustré parce que je trouvais qu'il ne donnait pas suffisamment l'idée de l'espace et du paysage. On a fait beaucoup de recherches sur l'horizon, le ciel, les nuages et les couleurs qui y étaient associées. Patrice Suau recherche toujours des pigments existant dans la peinture à l'huile. On voulait vraiment mettre l'espace en scène. Toutes les notes colorées du film sont des mélanges faits à partir de pigments naturels. Ce qui fait qu'on retrouve une familiarité picturale avec les impressionnistes, les peintres classiques ou les paysagistes américains. Patrice est un peintre sur le motif, il utilise ses techniques pour créer des effets de lumière."
La naissance d'une héroïne et d'un mythe
Personne ne sait d'où vient le surnom de Calamity Jane. "Martha Jane en a elle-même donné plusieurs versions. On a donc imaginé la nôtre. Elle avait un côté "punk à chiens", elle changeait de cap sur un coup de tête, elle avait un côté vagabond, aventurière. Jane buvait beaucoup et gueulait fort pour s'imposer face aux hommes. Elle avait un côté énorme, généreux, foutraque." Son plaisir du déguisement s'affiche sur de nombreuses photos. "On a transposé son amour pour les uniformes de sa vie d'adulte vers l'enfance." Témoignage de cette joie de "transcender la barrière du genre qui permettait d'exercer des métiers d'homme, mieux rémunérés". Sans pour autant abandonner sa véritable identité. "On connaît d'autres travestissements devenus célèbres à l'époque : une capitaine nordiste impitoyable sur le champ de bataille et un célèbre conducteur de chariots. Madame Moustache, aussi, a existé, elle était meneuse de revue. On a imaginé leur rencontre" sorte de clin d'œil entre deux femmes forgeant leur propre destin.
