Park Chan-wook : "Une bonne Palme d'or est un film qui reste pertinent dans le temps"
Mardi matin, nous rencontrions le président du jury de ce 79e Festival de Cannes, qui ouvre ses portes ce soir.

- Publié le 12-05-2026 à 17h07
- Mis à jour le 12-05-2026 à 17h22

Le 79e Festival de Cannes s'ouvre ce mardi soir avec la remise d'une Palme d'honneur à Peter Jackson, suivie de la projection de La Vénus électrique de Pierre Salvadori, qui sort dès ce mercredi sur nos écrans.
Lors de la cérémonie, on a pu découvrir le jury chargé de remettre la Palme d'or qui succédera à Un simple accident de l'Iranien Jafar Panahi. Celui-ci est présidé par Park Chan-wook, qui est un peu né ici sur la Croisette quand, en 2004, il décrocha le grand prix pour Old Boy, film de vengeance radical qui lança la carrière internationale du cinéaste coréen.
"Pour moi, cela a été un grand changement. Après la projection d'Old Boy à Cannes, j'ai reçu beaucoup d'offres de l'étranger. C'est comme ça que j'ai pu faire des projets comme Stoker (avec Mia Wasikowska et Nicole Kidman en 2013, NdlR), Little Drummer Girl (mini-série pour la BBC avec Michael Shannon et Alexander Skarsgård en 2018) ou Le Sympathisant (série d'espionnage pour HBO avec Robert Downey Jr. en 2024, NdlR)", nous confiait, mardi matin au Palais des Festivals, Park Chan-wook, toujours très posé et élégant, à mille lieues de la violence qui caractérise ses films.

Juger le travail des autres
Depuis 2004, l'aventure cannoise du Coréen s'est poursuivie avec le prix du jury pour Thirst, ceci est mon sang (relecture façon vampires du Thérèse Raquin de Zola en 2009) et celui de la mise en scène pour le sublime polar amoureux Decision to Leave en 2022.
Tout n'avait pourtant pas bien commencé pour le réalisateur. Avant que sa carrière ne rebondisse en 2002 avec Sympathy for Mister Vengeance, premier volet de sa trilogie sur la vengeance, il avait essuyé de sévères échecs avec ses deux premiers films, en 1992 et 1997. Pour vivre, il a dû "devenir critique de cinéma". "C'est un travail très respectable, mais je voulais faire mes propres films. Et je devais écrire sur les films des autres… Cela a été la période la plus difficile de ma carrière", se souvient-il.
Comme président du jury, le revoilà pourtant bien obligé de juger les films des autres. "On avait hier le dîner du jury. Beaucoup de jurés disaient que c'était un travail douloureux. Mais si c'est si difficile, pourquoi y participer ?", interroge le réalisateur, qui pense que c'est le rôle des grands festivals de faire émerger de grands films.
Park Chan-wook n'est pas en terrain inconnu puisqu'en 2017, il était membre du jury qui avait remis sa première Palme d'or au Suédois Ruben Östlund pour The Square. Un jury présidé par… Pedro Almodóvar, que le Coréen sera amené à juger puisque l'Espagnol présente son dernier film Autofiction mardi prochain en Compétition, à la veille de sa sortie en salles en Belgique.
Park Chan-wook prendra modèle sur Almodóvar, qui fut, selon lui, un président très "démocratique", à l'écoute de chacun de ses jurés. "Mais pour moi qui viens de l'Extreme-Orient, où l'on a un grand respect des aînés, c'est très difficile. Dans le jury, il y a aussi un jeune Chilien né en 1995 qui parle espagnol (Diego Céspedes, qui avait décroché le Prix Un Certain Regard ici à Cannes l'année dernière pour le formidable Le Mystérieux regard du flamant rose, qui sort ce mercredi en Belgique, NdlR). Pour lui, cela pourrait presque être un sacrilège de juger Almodóvar. Mais je pense qu'en art, l'expérience et l'âge ne comptent pas. Tout le monde doit être jugé pour chacune de ses œuvres…"

En quête d'une Palme durable
Pour Park Chan-wook, qui a découvert le cinéma avec les James Bond, les films d'arts martiaux de Hong-Kong, mais aussi avec les films d'Antonioni, Visconti ou Argento qui ont influencé son cinéma, une bonne Palme d'or est "un film qui reste pertinent dans le temps". "Ce n'est pas un film juste à la mode ou choquant pour son époque. C'est un film que l'on pourra toujours voir dans 50 ou 100 ans en se disant qu'il méritait de remporter ce prix", estime le réalisateur. Qui refuse de citer l'une ou l'autre Palme qui l'ont marqué ces dernières années. Même pas Parasite de son compatriote Bong Joon Ho en 2019.
Le Coréen espère en tout cas ne pas revivre la polémique dans laquelle s'est empêtrée Wim Wenders à Berlin, quand le président du jury avait affirmé que "le cinéma devait rester en dehors de la politique". "L'art et la politique ne sont pas en conflit. Il existe de grands films politiques, artistiquement brillants, mais aussi des chefs-d'œuvre qui ne sont pas politiques", tranche Park Chan-wook.
Lequel travaille actuellement sur The Brigands of Rattlecreek, son prochain film américain. Un western ultra-violent avec Matthew McConaughey, Austin Butler, Pedro Pascal et la Chinoise Tang Wei, qu'il avait déjà fait tourner dans Decision to Leave. "À l'époque de la colonisation de l'Ouest américain, il y avait beaucoup d'immigrants chinois. Beaucoup de films occidentaux ont effacé leur présence, sauf dans des films modernes comme Sinners. Je veux montrer que ces personnes ont existé…"
