"Coward" : Lukas Dhont filme l'amour dans les tranchées à Cannes
Jeudi soir, le jeune cinéaste flamand a une fois de plus ému la Croisette avec une romance profondément humaine au cœur de la boucherie de la Première Guerre mondiale.

- Publié le 22-05-2026 à 00h15
- Mis à jour le 22-05-2026 à 09h04

Dévoilé jeudi soir, Coward était l'un des films les plus attendus de ce 79e Festival de Cannes. Et pas qu'en Belgique. Sur la Croisette, personne en effet n'a oublié la profonde émotion provoquée par Close en 2022. Beaucoup lui prédisaient la Palme d'or (finalement remise à Sans filtre du Suédois Ruben Östlund). Trois ans après sa Caméra d'or pour Girl (présenté au Certain Regard), Lukas Dhont empochera finalement le grand prix du jury de Vincent Lindon.
Dans son troisième long métrage, Lukas Dhont s'essaye au film historique, en situant son drame durant la Première Guerre mondiale. On est en 1916 sur le front belge. Jeune appelé, Pierre (Emmanuel Macchia) fait des allers-retours entre le front et l'arrière. Là, le jeune homme accepte de donner un coup de main à la petite troupe de Francis (Valentin Campagne), chargée de monter une revue pour remonter le moral des soldats…

La guerre comme une parenthèse
Se pliant aux codes de la reconstitution historique, le cinéaste de 34 ans met en scène les tranchées, le champ de bataille, où l'on va ramasser les corps de ses copains fauchés. Mais il ne filme jamais les combats eux-mêmes. Pas question en effet pour lui de chercher une quelconque forme de sensationnalisme. Comme toujours dans le cinéma de Lukas Dhont, ce sont les sentiments et le trouble des personnages qui sont au centre du récit.
Comme dans Girl (où il était question de transidentité) et Close (sur l'amitié amoureuse entre deux jeunes garçons), Lukas Dhont creuse à nouveau la question de l'orientation sexuelle de ses personnages, campés par deux jeunes comédiens inconnus, le Belge Emmanuel Macchia et le Français Valentin Campagne. Deux hommes qui, durant la parenthèse que leur offrent la guerre et cette scène de théâtre où un homme peut revêtir des habits de femmes, s'autorisent un amour quasi impossible dans la société belge du début du XXe siècle. Une parenthèse qui serait presque enchantée, si elle ne se déroulait pas au milieu d'une véritable boucherie. Où le patriotisme armé pousse ces gamins à être "de vrais hommes".

L'art comme une bulle d'espoir
À travers la recréation de cette revue militaire, proposant des numéros drôles et audacieux, le Flamand pose aussi la question du rôle de l'art dans une période sombre. En s'autorisant à chanter et à danser quand ses camarades se font massacrer, est-on un lâche (Coward) ou leur apporte-t-on quelques instants de répit, d'échappatoire, voire d'espoir ? Et est-on un lâche si l'on n'ose assumer qui on est vraiment au fond de soi ?
Retrouvant la grâce de sa mise en scène, réussissant à créer des moments de légèreté et de poésie (notamment par l'utilisation de nombreuses chansons d'époque), Lukas Dhont a de nouveau profondément ému les festivaliers à Cannes. Cela suffira-t-il pour lui offrir une première Palme d'or ? Réponse ce samedi soir…
Coward
Drame historique De Lukas Dhont Scénario Lukas Dhont et Angelo Tijssens Photographie Frank van den Eeden Musique Valentin Hadjadj Montage Alain Dessauvage Avec Emmanuel Macchia, Valentin Campagne, Jonas Wertz… Durée 2h