Au bord du gouffre, la Russie veut augmenter sa TVA et faire participer les Russes à l'effort de guerre
Face à la dégradation de sa situation économique, la Russie envisage une nouvelle mesure : augmenter sa TVA, une taxe facilement applicable, qui représente un bon gagne-pain pour le Kremlin.

- Publié le 26-09-2025 à 18h01
- Mis à jour le 26-09-2025 à 18h28

Les effets économiques de la guerre en Ukraine se font de plus en plus sentir en Russie. En réponse, le ministère russe des Finances a proposé cette semaine une mesure : augmenter le taux de TVA de 20 à 22 % au 1er janvier 2026. Le niveau le plus élevé depuis le début de l'invasion.
L'objectif : financer les dépenses militaires et essayer de freiner son déficit budgétaire. Mais selon des médias indépendants russes relayés par le Courrier International, cette augmentation montre bien la situation du pays : Moscou n'a plus d'argent pour faire la guerre.
Le ministère russe des Finances confirme
Le ministère des Finances a reconnu que l'augmentation de la TVA vise à financer les dépenses de "défense et de sécurité" de la Russie, autrement dit, à soutenir la poursuite de la guerre contre l'Ukraine, selon le média russophone Meduza, basé en Lettonie. Une décision qui contredit les promesses faites par Vladimir Poutine en 2024. Celui-ci avait alors assuré que la TVA ne serait pas augmentée avant 2030 au minimum. Mais malgré cela, cette annonce restait redoutée, plusieurs médias ayant déjà évoqué cette possibilité ces derniers mois.
Il reste toutefois encore difficile d'estimer les recettes que pourrait générer cette mesure. Selon les estimations de The Bell relayé par le Financial Times, cette hausse pourrait générer 1000 milliards de roubles (12 milliards de dollars) supplémentaires par an. D'autres économistes russes estiment cela à plus de 30 milliards de dollars. La TVA constitue déjà une ressource essentielle pour le budget fédéral russe : selon Reuters, elle représentait 37 % des recettes de l'État en 2024. Cet impôt, considéré comme difficile à contourner, est donc particulièrement attractif pour le Kremlin en période de difficulté.
À noter que la Russie avait déjà relevé son taux de TVA de 18 à 20 % en 2019.
Des dépenses militaires au plus haut
"Nous sommes sur le point de sombrer dans une récession", avait déclaré le ministre russe de l'économie, Maxime Rechetnikov fin juin. "L'économie ralentit plus vite que prévu" avait également déclaré le CEO de Sberbank, Germán Gref, l'un des banquiers les plus importants de Russie, début septembre.
D'après l'agence Reuters, les dépenses militaires ont atteint leur plus haut niveau depuis la guerre froide, ce qui a entraîné une inflation forte ces dernières années.
À cela s'ajoutent plusieurs autres facteurs : l'économie est freinée par le coût des crédits, la pénurie de main-d'œuvre masculine due à la mobilisation ou à l'exil, un taux de chômage important et un faible taux de natalité. Début août, le média russe Izvetstia rapportait qu'un cap important venait d'être franchi : pour la première fois, les fermetures d'entreprises surpassaient les ouvertures. Autre fait alarmant, les statistiques de mortalité sont devenues si inquiétantes que le gouvernement a ordonné à Rosstat (l'agence fédérale des statistiques de la Russie) de restreindre l'accès à la majorité des données démographiques.
Un déficit trois fois plus élevé
Selon les chiffres de l'AFP, les dépenses publiques russes ont explosé de plus de 75 % depuis le lancement de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022. Plusieurs responsables et experts avaient déjà mis en garde : à ce rythme, ces dépenses massives risquent d'épuiser la capacité de Moscou à stimuler son économie, qui pourrait alors tomber dans une récession économique prolongée. Le déficit du pays s'élevait à environ 43 milliards d'euros sur les huit premiers mois de l'année, soit trois fois plus qu'à la même période en 2024.
Mais si la hausse de TVA est adoptée par la Douma ce 29 septembre, elle pourrait toutefois entraîner une nouvelle poussée de l'inflation.
