Guillaume Boutin (Proximus) et son gros coup en Inde : "La croissance n'est plus dans les télécoms en Europe, mais dans le digital à l'international"
L'opérateur va acquérir près de 58 % des parts de Route Mobile, un spécialiste digital indien.

- Publié le 17-07-2023 à 19h25
- Mis à jour le 17-07-2023 à 19h40

"Il y aura un avant et un après", commente d'entrée de jeu Guillaume Boutin, le CEO de Proximus, alors qu'il annonce la prise de participation de Proximus dans Route Mobile pour 643 millions d'euros (59,2 milliards de roupies), soit environ 58 % des parts. L'investissement se fait via Proximus Opal, une filiale détenant Telesign, le spécialiste américain en identification numérique racheté par Proximus en 2017.
Route Mobile, cotée à la Bourse de Mumbai en Inde, est valorisée actuellement à 1,1 milliard d'euros. "Dans le cadre de l'accord, une partie des actionnaires fondateurs de Route Mobile prendra une participation minoritaire dans Proximus Opal", précise Proximus, en guise de "geste retour". Ce qui fait que le "cash net" déboursé par Proximus sera de seulement 343 millions d'euros, affirme Guillaume Boutin.
"En associant les forces de Route Mobile à celles de Telesign, le Groupe Proximus réaffirme son ambition de devenir l'un des leaders mondiaux dans le domaine des communications digitales (CPaaS, soit Communications Platform as a Service NdlR) et de l'identité digitale", précise Proximus.
"Désormais, Proximus sera dans le top 3 en termes de volumes d'activité et top 5 en valeur" à propos du secteur des plateformes de services de communication, affirme le CEO, qui compte sur une croissance pérenne de ce type de services.
"Je suis extrêmement confiant, et je ne suis pas le seul. Il faut être fort fans les domaines où on l'est déjà" et "être leader sur ce marché encore ultra-fragmenté. C'était une fenêtre de tir à saisir", renchérit-il.
"La rapidité du message, la latence du service, est cruciale. Les processus d'identification doivent être rapides, sinon les utilisateurs ne sont pas satisfaits", poursuit-il, pour expliquer les services de Route Mobile, qui est donc l'un des acteurs derrière les codes que l'on reçoit par SMS pour s'identifier sur un site ou autre. Des codes de plus en plus présents pour remédier aux oublis de mot de passe ou aux failles qu'ils représentent chez les utilisateurs.
Changement de stratégie ?
Alors que Proximus voulait introduire TeleSign en Bourse à New York (ce qui n'a finalement pas eu lieu), on peut se demander s'il y a eu un changement de stratégie. "Depuis mon arrivée, j'ai toujours voulu renforcer notre position à l'international", avance Guillaume Boutin. "Nous aurions été toujours majoritaires après l'IPO, si elle avait eu lieu", commente-t-il, précisant que l'objectif était de vendre environ 70 % du capital pour faire rentrer du cash.
"Nous maintenons notre leadership. On continue de gagner, on a le meilleur réseau et une supériorité de nos produits. Donc je n'ai pas d'inquiétude. Il y a un leader, c'est Proximus, et il le restera."
"Être leader est essentiel dans ce secteur numérique. On ne peut pas être petit, c'est crucialement pénalisant. C'est un marché fragmenté à 53 milliards de dollars. Aucune de ces synergies ne concernera la Belgique. C'est avant tout un accès au marché indien, asiatique et aussi africain, où nous ne sommes pas présents. On est en train de réaliser l'ambition que nous avions annoncée", ajoute-t-il, "et cela permettra de créer de la valeur pour les actionnaires".
Ne pas se reposer sur le marché belge
"Cela permettra de dérisquer les activités du marché domestique, à la veille de l'arrivée d'un quatrième opérateur. Il faut donc des activités qui génèrent du cash et pérennisent la force de Proximus", lâche Guillaume Boutin.
Une crainte à avouer ? "On fera en sorte que Digi (le nouvel opérateur, NdlR) soit le moins successful possible sur le marché", reconnaît-il.
Et quant à Orange Belgium, qui annonçait en juin devenir leader sur le marché belge d'ici l'année prochaine, Guillaume Boutin sourit. "Je ne sais pas si je dois répondre à cela. Mais nous maintenons notre leadership. On continue de gagner, on a le meilleur réseau et une supériorité de nos produits. Donc je n'ai pas d'inquiétude. Il y a un leader, c'est Proximus, et il le restera", glisse-t-il tout de même.
"Je veux diversifier Proximus. Il se peut qu'un jour l'international soit plus grand que le domestique. On va chercher la croissance où elle est. Elle n'est plus dans les télécoms en Europe, elle est dans le digital à l'international. On est le premier opérateur à avoir trouvé le deuxième étage de la croissance, après 5G et fibre. Ce sera le bon 'move' numérique pour Proximus, j'en suis convaincu", se félicite-t-il, précisant que Route Mobile réalise près de 50 % de son propre chiffre d'affaires à l'international actuellement.
Scepticisme en Bourse
Le titre Proximus perdait près de 2,35 % à la clôture après cette annonce. Guillaume Boutin, de manière relativement inédite pour un dirigeant, se permet de commenter l'évolution boursière. "Il y a toujours un scepticisme temporaire des marchés, il faut le temps de la compréhension. Mais notre transaction est génératrice de valeur. Pour le moment, la valeur boursière est déconnectée de notre valeur intrinsèque, mais cela va changer", avance-t-il.
"Les fondateurs de Route Mobile vont d'ailleurs réinvestir 300 millions d'euros dans l'entité fusionnée. On garde le management sur place, la famille Gupta, car c'est une culture et un marché à apprivoiser. Ils seront investis dans cette activité et cela développera la valeur future", ajoute-t-il.
Reste à voir si les marchés seront convaincus par cet investissement en dehors du marché domestique, alors que Proximus est déjà engagée dans un chantier important qui est l'installation de la fibre dans toute la Belgique.
"On peut se poser des questions, alors que les investisseurs en télécoms veulent de la sécurité. Ici, ça ajoute une couche de complexité, dans un business où la rentabilité n'est pas évidente et où les titres en Bourse ont souffert dans le secteur. Proximus était un peu dans un cul de sac et devait grandir, mais il faut plus de clarté sur cette énorme synergie que ça représente", nous glisse un analyste, qui préfère rester anonyme.
