Les privilèges d'Air Belgium à Charleroi étaient-ils légaux ?
Ne pas faire payer le stationnement des avions, comme l'a fait l'aéroport wallon pour Air Belgium, n'est pas courant en Europe. Mais ce deal était-il si clair ? D'après nos informations, la compagnie belge a reçu des mises en demeure pour frais non payés par Charleroi. Une "querelle d'egos", d'après une source.

- Publié le 22-09-2023 à 18h30
- Mis à jour le 22-09-2023 à 18h58

Frais de parking non payés et bâtiment lounge offert : comme nous l'écrivions, l'aéroport de Charleroi a dressé un véritable tapis rouge à Air Belgium en 2018 lors de l'arrivée de la compagnie wallonne sur son tarmac. Un transporteur aérien qui aura finalement fait faux bond à Charleroi pour concentrer ses activités sur l'aéroport belge concurrent, Bruxelles-Zaventem. En difficulté financière – les comptes publiés fin juillet indiquent une perte de 45 millions d'euros fin 2022, soit une perte cumulée de 92 millions depuis la création de la compagnie – Air Belgium a décidé d'arrêter ses activités passagers et a demandé une procédure de réorganisation judiciaire (PRJ). Avec 15,7 millions d'euros investis (plus 1,8 million en prêt et 3,5 millions en garantie) , la Région wallonne, via Wallonie Entreprendre, possède 34 % du capital de la compagnie. Le Fédéral, via le SFPI, en détient, lui, 12 %.
Un transport de matériel "coûteux"
À Charleroi, on continue de se poser des questions suite à ce départ. La construction d'un salon VIP pour les passagers d'Air Belgium a notamment coûté plusieurs centaines de milliers d'euros à l'aéroport ("Le bâtiment est construit en containers, mais le transport du matériel a coûté très cher car il a fallu des grues pour être au plus près des pistes", nous explique une source), même si la compagnie précise qu'elle a pris en charge l'aménagement intérieur du bâtiment de 300 m2. Ce lounge est abandonné depuis mars dernier et le départ de la compagnie wallonne de Charleroi. L'aéroport a l'intention de ne pas le laisser "pourrir", mais ne sait pas encore très bien quoi en faire. "Il est mal situé et très peu opérationnel en termes de flux passagers", insiste un proche du dossier.
"Pas légal de ne pas facturer des frais de stationnement d'avion, mais…"
Autre privilège accordé à Air Belgium par l'aéroport : celui de ne pas payer ces frais de parking d'avions, une "une clause spécifique du contrat entre les deux parties", précise la compagnie. Mais cette clause est-elle légale dans un ciel européen où les règles de concurrence sont très strictes ? "La question du parking qui est parfois coûteux est souvent un argument de négociation commerciale, nous explique un expert. Si le tarif est publié et donc officiel la facturation doit être faite et une rétrocession sous forme de note de crédit peut être réalisée en fin d'année". Selon lui, il n'est donc "pas légal de ne pas facturer mais ce n'est pas illégal de donner une note de crédit". Air Belgium confirme ainsi bien avoir reçu des factures pour son stationnement d'avions et reçu une note de crédit de l'aéroport. D'autres compagnies sont-elles aussi exemptées de frais de parking à Charleroi ? "On ne parle pas des contrats qui sont des secrets d'affaires", explique-t-on à l'aéroport.
Litige financier ou non ?
Mais, d'après nos informations, la compagnie aurait aussi reçu des…. mises en demeure de la part de l'aéroport pour ne pas avoir honoré ces mêmes frais de parking. "On parle de plusieurs dizaines de milliers d'euros", insiste un proche du dossier. Même si Charleroi propose les frais de stationnement d'avion parmi les plus bas d'Europe (2,6 euros par tonne et par jour, avec les 12 premières heures gratuites), l'ardoise peut vite grimper pour un mastodonte comme l'est l'Airbus A340, près de 200 tonnes à vide, qu'utilisait Air Belgium à ses débuts à Charleroi.
Alors que s'est-il passé ? La compagnie belge a-t-elle eu un litige financier avec l'aéroport ? Contacté, Air Belgium, n'a pas répondu. "Il est très possible que la discussion ait eu lieu "a posteriori" entre l'aéroport et la compagnie", interprète un connaisseur. Le service financier peut envoyer des mises en demeure, mais le directeur général aurait pu décider de les… oublier". Une question de "querelle d'egos", selon cette même source.
