Ryanair réduit la voilure cet hiver à Charleroi : une "punition" suite aux grèves des pilotes ?
Suite à un problème de livraison d'avions, la compagnie va retirer trois Boeing de l'aéroport wallon. "Ryanair choisira les vols à annuler uniquement sur des critères de rentabilité", analyse Didier Lebbe, permanent CNE.

- Publié le 28-09-2023 à 11h37
- Mis à jour le 28-09-2023 à 17h33

Ryanair à l'aéroport de Charleroi, c'est un peu l'histoire d'une montagne russe. Ou celle de la fermière qui fait deux pas en avant et trois en arrière. Après avoir annoncé, il y a trois semaines, vouloir s'accroître à Charleroi, avec deux avions supplémentaires basés dès cet hiver – qui commence dès la fin octobre dans le secteur aérien – sur le tarmac wallon, voici que la compagnie irlandaise annonce retirer trois aéronefs de l'aéroport carolo.
En cause ? Des retards de livraison chez Boeing qui fournit l'ensemble des avions de Ryanair. La compagnie irlandaise explique, ainsi, dans un communiqué, s'attendre désormais à recevoir seulement 14 des 27 livraisons d'avions initialement prévues entre septembre et décembre.
Cette diminution serait liée aux retards de production à l'usine de fabrications de fuselages de la société Spirit, à Wichita aux États-Unis, combinés à des retards de réparation et de livraison de Boeing. Ryanair, qui possède 550 avions, s'attendait à ces livraisons pour renouveler une partie de sa flotte et remplacer des avions partis en maintenance.
Charleroi la plus touchée, une punition à cause des grèves ?
La compagnie aérienne irlandaise a donc dû faire des choix et c'est Charleroi qui paie la plus grande partie des pots cassés. Ryanair supprimera trois avions de sa flotte à l'aéroport wallon (sur les 17 que Ryanair avait prévu de stationner cet hiver), deux à Dublin et cinq dans les aéroports italiens, dont Bergame, Naples et Pise. Il y aura également une réduction du nombre d'avions à l'aéroport d'East Midlands au Royaume-Uni, à Porto au Portugal et à Cologne en Allemagne.
Ces avions retirés auront un impact sur les passagers. Ryanair annonce, ainsi, déjà des annulations de vols à partir de la fin du mois d'octobre à Charleroi et dans d'autres aéroports. Les passagers concernés recevront un mail de la part de la compagnie dans les jours à venir, leur proposant soit un vol alternatif, soit d'être remboursés, comme le veut la législation européenne.
Reste quelques questions. Pourquoi l'aéroport de Charleroi est-il le plus touché par ces mesures ? La direction irlandaise veut-elle faire payer aux pilotes belges les grèves de cet été qui ont "impacté" plus de 62 000 passagers ? Quid des sept nouvelles lignes annoncées par Ryanair dès cet hiver depuis la Belgique ? Seront-elles maintenues ? "Ryanair choisira les vols à annuler uniquement sur des critères de rentabilité, analyse Didier Lebbe, permanent à la CNE (syndicat chrétien). Lors de nos dernières grèves, la compagnie aurait pu prendre un critère humanitaire en n'annulant pas les vols pour le Maroc. Mais ils n'ont pas hésité à le faire, en jetant certaines familles encore plus dans le désarroi après le tremblement de terre".
"Des chiffres classés "top secret" par Ryanair"
Faut-il enfin s'inquiéter pour l'emploi à Charleroi suite à ce retrait d'avions ? Il y a trois semaines à peine, Michael O'Leary, le patron du groupe Ryanair, promettait l'engagement de 60 membres d'équipage et pilotes sur le site belge. Des nouveaux emplois qui devraient tomber (temporairement ?) à l'eau, vu ce pas en arrière irlandais en Belgique. Du côté des syndicats, on se montre perplexe. "Nous n'avons reçu aucune information de la direction, s'étonne Didier Lebbe. Au lieu de lancer des chiffres dans des communiqués de presse promotionnels tarte à la crème, Michael O'Leary ferait mieux d'en parler sérieusement dans les conseils d'entreprise, comme le veut la loi. Si l'on en croit les chiffres donnés, Ryanair devrait avoir le même nombre d'avions basés à Charleroi que l'hiver passé, soit 14 Boeing".
Selon le permanent, la plupart des chiffres sont classés "top secret" au sein de la compagnie irlandaise. "Plus personne ne sait exactement combien d'avions Ryanair possède, ni où ils sont. Le transporteur aérien n'a aucun bilan publié à la Banque nationale, comme le fait n'importe quelle entreprise opérant sur le sol belge. C'est complètement illégal, mais personne n'a l'air de s'en soucier. On a déjà demandé des dizaines de fois d'avoir les chiffres des bénéfices de Ryanair en Belgique, mais la direction nous envoie chaque fois balader".
Si Michael O'Leary est peu loquace avec les syndicats belges, il tient, par contre, à garder un lien fort avec Boeing, malgré ce nouveau couac venu des usines du constructeur américain. "Nous sommes en dialogue régulier avec Boeing et notre objectif principal est de nous assurer que les 57 Boeing 737 sous contrat seront livrés avant la fin mai 2024, explique le patron irlandais dans un communiqué. Le but est que la flotte de Ryanair puisse atteindre plus de 600 avions pour ce qui sera notre plus grand programme de vols l'été prochain". La compagnie irlandaise entend maintenir le cap. "À ce stade, nous ne pensons pas que ces retards de livraison affecteront matériellement notre objectif de trafic annuel de 183,5 millions de passagers", conclut Michael O'Leary qui n'exclut cependant pas de réviser cette prévision à la baisse si les retards se prolongent.
