D'Ostende à La Panne, le neuf est de plus en plus rare : "Il y a beaucoup de concurrence et il faut donc payer cher"
Le dossier La Libre Immo | Sur la Westkust, on s'arrache toujours les appartements neufs et avec vue sur mer. Même quand les prix dépassent allègrement les 6.000 €/m2. Explications avec des experts et quelques exemples.

- Publié le 05-03-2026 à 13h09
- Mis à jour le 05-03-2026 à 13h33

On la surnomme pompeusement la "Reine des plages". De Stad aan Zee, comme elle aime s'appeler. Sur une carte, Ostende apparaît comme le point de symétrie de la côte belge. Presque à équidistance des frontières de la France et des Pays-Bas. Séparant Oostkust et Westkust.
Bien souvent, c'est la partie orientale qui bénéficie du plus de visibilité, avec le chic de Knokke, le pittoresque du Coq et l'animation populaire de Blankenberge. La partie occidentale apparaît, quant à elle, plus secrète. Entre dunes et digues familiales, la villégiature se vit loin des projecteurs à Coxyde, Oostduinkerke, Raversijde et Lombardsijde. "Pour vivre heureux, vivons cachés", scande un bourgmestre. "On n'a pas de 'place m'as-tu vu' ici, et c'est exprès. On veut garder le caractère privé." Dans cette quiétude iodée, Nieuport joue le rôle de phare placide, partageant son éclat avec la familiale La Panne et sa voisine Middelkerke qui bombe le torse à coups de grands travaux.
Bref, à chaque station balnéaire ses nuances sur cette trentaine de kilomètres de Westkust. Mais une constante se dégage : l'immobilier de la côte a la cote et la demande reste intense. De manière générale, les tendances observées depuis la pandémie de 2020 se poursuivent. "En cas d'insécurité et tensions internationales, une réaction de beaucoup de gens est d'acheter une seconde résidence pour le confort et la sécurité", constate Bart van Opstal, notaire établi à Ostende.
Pour ce fin connaisseur du marché du littoral, il ne faudrait pas voir en ces multiples identités côtières une féroce concurrence. "La côte n'est pas une unité. Chaque commune a son propre caractère et les profils des candidats-acheteurs sont aussi fort différents." Ainsi, en s'autorisant la caricature, ceux qui comptent s'enraciner en bord de mer pour leurs vieux jours tiennent compte des services (magasins, hôpitaux…) et aiment se tourner vers les centres urbanisés, comme Ostende. D'autres cherchant davantage la tranquillité le temps d'un congé se font au contraire plutôt séduire par le calme de Coxyde ou de Middelkerke.
Des statistiques à prendre avec des pincettes
"La demande est très importante. On a constaté une hausse à la mer en 2021 et en 2022. Dans ces années, les acheteurs étaient vraiment à la recherche d'une deuxième résidence, principalement de nouvelles constructions et constructions récentes. Mais la disponibilité de ce type de biens a fort diminué", indique le notaire.
Ce qui explique justement le paradoxe des statistiques. Car selon les chiffres les plus récents de la Fédération royale du Notariat belge, les prix moyens pour les appartements ont baissé dans deux communes de la Westkust. À Ostende, on est passé de 271.826 € en moyenne en 2024 à 267.633 € en 2025. Baisse également à Nieuport, de 330.492 € à 280.723 €.

Pour Bart van Opstal, la prudence s'impose. "C'est surtout parce que l'offre d'appartements neufs a diminué. Si on vend moins de neuf, cela veut dire qu'on vend davantage d'occasion, à des prix donc plus bas. Mais dès que quelqu'un vend un nouveau projet, ça part vite, et à des prix élevés."
Quelques exemples
Cette rareté du neuf s'explique par - faut-il le rappeler - un foncier extrêmement limité sur ce littoral très urbanisé, mais également par la longueur des procédures urbanistiques flamandes. Et de facto : qui dit rare, dit cher. Voici quelques exemples.
Proche de la gare d'Ostende et du port intérieur, le "Sky District" (près de 500 logements) a récemment redessiné la ligne d'horizon du centre ostendais, avec, à la place d'une école, deux vastes tours et un complexe luxueux. La "première tour" est totalement vendue, avec à son sommet le restaurant gastronomique Haut. À la vente, il reste des appartements dans le second gratte-ciel (Sky Tower Two, de Vastgoedgroep Degroote) avec une vue panoramique sur mer. Ces biens culminant aux environs du 20e étage sont mis en vente pour environ 6 000 € au m2.


Lorsqu'on se rapproche de la mer, les prix du neuf s'envolent comme sable au vent. Au coin de la digue à Ostende, sur la promenade Albert I, un spacieux dixième étage neuf frôle le 1,5 million d'euros, pour près de 12.000 €/m2 dans le projet Armada (Depoorter). À Saint-Idesbald, un moderne deux-chambres de 100m2 au rez-de-chaussée atteint les 845.000 € (Residentie Naoshima, de Rietveld Projects). Sur la digue à Coxyde (projet Versaille, par Immo Woestyn), le 108m2 approche les 800.000 €.
Partout, la vue sur mer reste le plus demandé. "C'est ce qui se vend le mieux", observe Frederic Delrive, de chez Immo De Panne. À la grosse louche, pour du neuf à La Panne, on peut compter 2.000 € de plus par m2 pour une vue sur mer en comparaison avec le dos à la mer.
Des prix à la baisse ? "Je ne pense pas…"
Comme toujours, la question lancinante revient. "Est-ce que les prix du neuf vont baisser ? Je ne pense pas", ne cache pas Bart van Opstal. "Il faut être réaliste : on connaît la côte, il y a peu de possibilités pour de nouvelles constructions. Si un promoteur veut acheter un terrain, il y a beaucoup de concurrence et il faut donc payer cher. Cela influence les prix."
Si le neuf décolle, les prix de l'existant ne baissent pas non plus. "On a plus de demande que d'offre. Les prix ne baissent pas. Au contraire", constate également Roeland Trooster, des agences Immo François et Chapter. Ainsi les files d'attente se font longues pour le neuf, mais également pour le vue sur mer, pour les biens rénovés et pour les appartements de trois chambres (assez rares).
"Sur la digue, les prix n'ont pas baissé et restent stables. Si l'appartement est en bon état, les prix augmentent fortement. Mais si l'appartement n'a pas été bien entretenu, les prix stagnent. Beaucoup d'appartements sont anciens. Mais attention : ancien ne veut pas dire mauvais. Ce sont souvent des appartements très spacieux", constate Veronique Misseghers, de l'Agence Lecomte implantée à Ostende depuis six décennies. Tout en observant : "Peu de biens sont à vendre sur la digue. Les gens ont tendance à garder leur appartement."
En outre, le long de la digue, des frais viennent régulièrement faire monter la facture d'un achat. "La plupart des appartements sur la digue ont déjà un certain âge. Il y a donc des frais de rénovation à prévoir", pointe le notaire ostendais. Chez Immo De Panne, on constate notamment que les biens demandant du travail peinent davantage à partir. Par exemple la présence d'amiante, l'absence de syndic professionnel ou un mauvais certificat énergétique. "En général, les gens veulent un D minimum", observe l'agent, en raison des obligations flamandes à rénover les biens avec un PEB E ou F.