Vote crucial dans une Italie frappée par l'austérité

"L'Italie vote dans l'incertitude", titre La Stampa, tandis que Il Fatto (tendance de gauche) note que ce sont les indécis (10% selon les derniers sondages) qui feront la différence, sous le titre "Les indécis décident".

Vote crucial dans une Italie frappée par l'austérité
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AFP

Les Italiens, soumis à une sévère cure d'austérité depuis plus d'un an, ont commencé à voter dimanche pour leurs députés et sénateurs, un scrutin observé à la loupe par l'Europe qui craint une instabilité politique dans la troisième économie de la zone euro.

"L'Italie vote dans l'incertitude", titre La Stampa, tandis que Il Fatto (gauche) note que ce sont les indécis (10% selon les derniers sondages) qui feront la différence, sous le titre "Les indécis décident".

Quatre grandes coalitions s'affrontent devant les 47 millions appelés aux urnes: l'une, centriste, menée par le chef du gouvernement sortant Mario Monti, l'autre par son prédecesseur (centre-droit) Silvio Berlusconi, la troisième par le leader de la gauche Pier Luigi Bersani et enfin le trublion de la vie politique italienne l'ex-comique Beppe Grillo.

"Je vote pour le Parti démocrate, je ne veux pas qu'on finisse comme la Grèce", confie à l'AFP un cadre de 63 ans, Alessandro, qui a glissé son bulletin dans l'urne dès l'ouverture des bureaux à Milan. Même écho chez Caterina, 19 ans: "Le parti démocrate est le seul qui peut résoudre nos problèmes" ou Sara Di Gregori, avocate de 30 ans à Rome: "si Berlusconi revient ce sera un désastre".

"Il y a beaucoup de confusion dans ces élections. Je vote Berlusconi. Je sais qu'il a ses défauts, mais c'est le meilleur", confie de son côté Maria Teresa Gottardi, 65 ans.

Selon les derniers sondages disponibles, le Parti démocrate de M. Bersani part gagnant avec près de 34% des intentions de vote, suivi du PDL de M. Berlusconi (30%). L'ex-comique et son mouvement Cinq étoiles (M5S) raflerait 17% des voix et le Professore entre 10 et 12%.

Mais la principale question porte sur la stabilité du futur gouvernement. Si M. Bersani semble assuré d'emporter la majorité à la Chambre des députés (où une seule voix de plus lui assure la majorité absolue des sièges), la situation est plus complexe au Sénat où tout dépend du poids des coalitions dans chacune des régions.

Tout se joue dans quelques régions clés, notamment dans la riche Lombardie qu'un politologue italien, Roberto d'Alimonte, a dépeint comme un "mélange entre l'Ohio et la Californie" pour son rôle-clé dans la future majorité parlementaire et pour son poids électoral.

La publication des sondages est interdite depuis quinze jours, mais des petits malins ont trouvé moyen de contourner la difficulté : profitant de l'actualité vaticane, avec la démission du pape Benoît XVI et la tenue prochaine d'un conclave, ils diffusent sur le net des sondages masqués avec pour héros "le joyeux cardinal de Piacenza (comprenez Bersani), l'explosif camerlingue de Gênes (Grillo) ou le volcanique cardinal lombard (Berlusconi)...

Silvio Berlusconi, parti sous les huées en novembre 2011 en laissant une Italie au bord de l'asphyxie financière, a effectué une remontée spectaculaire dans les sondages, promettant non seulement de baisser les impôts mais de rembourser ceux payés l'an dernier...

Il a réussi à talonner le leader de la gauche, jugé peu charismatique. Et s'est offert une polémique de dernière minute en décochant de nouvelles flèches contre l'Europe et "les maîtres de l'austérité", dans une interview à une télévision grecque diffusée samedi soir. Suscitant les clameurs d'indignation de la presse sur cette violation du "silence électoral" imposé à tous les candidats depuis vendredi soir.

Beppe Grillo, dont les meetings à travers toute le pays ont rassemblé de véritables marées humaines, catalyse la rage d'Italiens victimes du chômage et de la récession.

Quant à Mario Monti, désigné à la tête du gouvernement en novembre 2011 pour sauver l'Italie de la faillite, sans jamais avoir été élu, il pâtit des conséquences de sa sévère cure d'austérité qui a enfoncé le pays dans la récession.

Le pire scénario serait que l'Italie se retrouve au soir du 25 février avec une majorité différente à la Chambre et au Sénat, rendant le pays ingouvernable, une hypothèse d'ingouvernabilité qui inquiète les marchés et partenaires de Rome.

Mais les politologues jugent plus probable une alliance de raison entre la gauche et le centre de M. Monti.


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