Une catcheuse pour démanteler le ministère américain de l'Éducation
En choisissant pour le diriger Linda McMahon, une femme d'affaires sans expérience dans l'enseignement, Donald Trump affiche clairement ses intentions.

- Publié le 20-11-2024 à 19h14

Le casting du prochain gouvernement de Donald Trump n'en finit pas d'étonner, quand bien même on savait globalement à quoi s'attendre. La surprise du jour, mardi, est venue avec le choix de Linda McMahon comme future ministre de l'Éducation. Avec son mari, Vince, Mme McMahon, 76 ans, a longtemps incarné le catch professionnel aux États-Unis, en dirigeant de 1980 à 2009 la World Wrestling Entertainment Inc. (WWE). Mais, en matière d'enseignement, l'expérience de cette self-made-woman paraît, en revanche, des plus limitées.
En soi, une carrière de catcheuse – Linda McMahon est parfois montée sur le ring – n'interdit pas de faire de la politique, et avec succès. Après tout, le catcheur Jesse Ventura, qui fut affilié à la WWE, devint bien le gouverneur du Minnesota (de 1999 à 2003), après avoir servi, dans sa jeunesse, de garde du corps aux Rolling Stones. Et que dire, dans un registre un peu différent, d'Arnold Schwarzenegger, qui donna toute satisfaction comme gouverneur de la Californie puisqu'il fut réélu.
Deux campagnes à fonds perdu
En politique, Linda McMahon ne remporta, toutefois, pas un franc succès, avant de parier sur Donald Trump. Elle tenta vainement de se faire élire sénatrice dans le Connecticut, en 2010 et 2012, sous l'étiquette du Parti républicain. Si elle surmonta une solide opposition dans les primaires, elle fut battue, et plutôt sèchement, par ses adversaires démocrates lors de l'élection générale, bien qu'elle ait investi dans l'aventure, à chaque fois, plusieurs dizaines de millions de dollars puisés dans sa cassette personnelle.
L'irruption de Donald Trump changea la donne. Le couple McMahon connaissait de longue date l'homme d'affaires new-yorkais, rencontré à l'occasion de spectacles de catch télévisés, et c'est assez naturellement que les McMahon contribuèrent ensuite – généreusement – au financement des campagnes du candidat républicain. Le Président nouvellement élu se montra reconnaissant en nommant Linda à la tête de la Small Business Administration (SBA), l'équivalent d'un ministère des PME. L'approbation de cette nomination par le Sénat, par 81 voix contre 19, confirma la réputation de Mme McMahon dans le monde de l'entreprise.
Il est vrai que l'itinéraire du couple n'était pas banal. Après avoir beaucoup galéré, et émargé un temps à l'assistance publique, les McMahon tentèrent leur chance dans l'industrie du sport en rachetant le Coliseum de Cape Cod, dans le Massachusetts, pour y organiser de petits événements. Ils fondèrent en 1980 Titan Sports qui, d'obscure organisation régionale, allait peu à peu grossir pour devenir la WWE, une multinationale du divertissement sportif.
Accusations d'abus sexuels
L'histoire de la société ne fut pas toujours un long fleuve tranquille. En 2004, un procès fit remonter à la surface de vieilles accusations d'abus sexuels commis par du personnel de la WWE sur de jeunes garçons. Les McMahon furent accusés d'avoir favorisé un climat propice à tels actes, mais ils échappèrent à toute condamnation judiciaire.
L'affaire n'empêcha pas davantage Linda McMahon de servir dans la première Administration Trump, puis de jouer un rôle important dans la campagne pour la réélection du Républicain en 2020, et de coprésider enfin l'équipe de transition actuelle avec le milliardaire Howard Lutnick, que Donald Trump a choisi pour être son secrétaire au Commerce.
Une singulière inexpérience
La nomination de Linda McMahon au ministère de l'Éducation n'en reste pas moins surprenante. L'intéressée n'a, pour toute expertise dans le domaine, que sa présence pendant un an au Conseil de l'Éducation du Connecticut. Si elle y avait été nommée avec l'assentiment quasi unanime du Sénat de l'État, la Chambre, en revanche, avait été profondément divisée (96 voix contre 45), de nombreux députés dénonçant sa totale ignorance du sujet et du milieu.
On comprend mieux la décision de Donald Trump si son intention est bel et bien de concrétiser une promesse électorale en démantelant ce ministère fédéral pour "rendre aux États" leur indépendance dans l'organisation de l'enseignement et l'élaboration des programmes. Une politique qui était déjà la sienne en matière de santé et de droits reproductifs en faisant relever désormais le droit à l'IVG de la seule compétence des États.
Cette stratégie est électoralement payante parce qu'elle flatte l'orgueil d'États depuis toujours jaloux de leurs prérogatives. Elle plaira aussi à la droite religieuse qui aspire à remettre la religion au cœur de l'éducation dans les écoles des États conservateurs. Elle n'en fait pas moins courir le risque d'un décalage croissant dans l'enseignement général et d'un affaiblissement accru de l'école publique, sans parler d'un appauvrissement des connaissances et d'un nivellement par le bas, sous prétexte d'une "liberté de choix" rendue aux parents. Quand on sait qu'il est déjà interdit, ici ou là, d'enseigner la théorie de l'Évolution…