Delcy Rodriguez, "tigresse" à la tête du Venezuela… et marionnette de l'Administration Trump ?
La présidente ad intérim du Venezuela, figure idéologique du régime de Nicolàs Maduro, semble pour l'instant vouloir collaborer avec les États-Unis.
- Publié le 05-01-2026 à 18h32
- Mis à jour le 06-01-2026 à 14h58

Qui est Delcy Rodriguez ? Avec la capture du président vénézuélien Nicolàs Maduro par les États-Unis, la vice-présidente du pays est sortie de l'ombre. Elle accède à l'échelon supérieur, après avoir été nommée présidente par intérim pour 90 jours par la Cour suprême avec le soutien de l'armée. À 56 ans, cette avocate de formation se voit propulsée à la tête du pays qui abrite la plus grande réserve mondiale de pétrole, sur laquelle lorgne le président américain Donald Trump.
Une fidèle de Maduro
Issue d'une famille aux racines ancrées dans la gauche radicale, Delcy Rodriguez navigue dans le grand bain vénézuélien depuis une dizaine d'années. Passée par différents postes ministériels sous l'égide de Nicolàs Maduro, elle devient en 2017 présidente de l'Assemblée constituante. Un an plus tard, elle accède à la vice-présidence du pays, devenant de ce fait le bras droit de celui qui l'appelle "la tigresse".
"Delcy Rodriguez incarne l'une des rares femmes à avoir réussi dans le milieu macho du chavisme, dont elle incarne le noyau dur. Elle fait partie de l'entourage très proche de Maduro", confirme Kévin Parthenay, professeur en sciences politiques à l'Université de Tours et coprésident de l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (OPALC). "Elle a occupé des portefeuilles ministériels stratégiques, et a été politiquement très engagée durant la phase de refonte constitutionnelle du pays en 2015."
Les premiers indices livrés par Delcy Rodriguez laissent augurer une différence de style vis-à-vis de son prédécesseur. "Rapidement, elle a donné des signes d'ouverture aux États-Unis, alors que Nicolàs Maduro se montrait inflexible", glisse encore Kévin Parthenay. "Son approche semble très pragmatique. Soit parce qu'elle a eu des contacts avec les États-Unis en amont de l'exfiltration de Maduro, soit parce qu'elle n'a pas le choix", observe de son côté Frédéric Louault, chargé de cours à l'ULB et vice-président de l'OPALC.
Pétrole et ambiguïté américaine
Après l'exfiltration de Nicolàs Maduro par les États-Unis, Delcy Rodriguez a toutefois clamé que celui-ci reste néanmoins "l'unique président légitime". La présidente ad intérim évoque un "kidnapping illégal" et menace de représailles si Washington ne respecte pas "le droit international".
"Si elle ne fait pas ce qui est juste, elle va payer un très grand prix, probablement plus important que celui de Maduro", lui a répondu Donald Trump. Depuis lors, Delcy Rodriguez semble tempérer ses ardeurs, se disant ouverte à coopérer avec les États-Unis. "Pour certains observateurs bien informés, Delcy Rodriguez aurait livré Maduro aux États-Unis afin de survivre politiquement. Depuis la mort de Chavez en 2013, le régime vénézuélien est en mode survie", continue Frédéric Louault.
Ce rapport ambigu avec les États-Unis a pénétré l'opinion publique depuis que deux médias américains (le Miami Herald et Associated Press) ont affirmé en octobre dernier que certaines grosses têtes du gouvernement vénézuélien – dont Delcy Rodriguez – avaient proposé à l'Administration Trump un plan pour retirer le pouvoir des mains de Maduro. Ces informations n'ont depuis été confirmées ni par les États-Unis, ni par le Venezuela.
Bien que souple en apparence, la présidente par intérim est capable de se montrer également dure. En août 2024, elle est ainsi devenue ministre du Pétrole, après avoir évincé sans ménagement Pedro Tellechea – alors accusé de corruption – de ce poste. Sa connaissance du secteur pétrolier en fait un atout dans la main de l'Administration Trump.
Continuité ou rupture ?
Reste à savoir si Delcy Rodriguez s'inscrira dans la continuité du régime Maduro, ou si elle ouvrira la voie à une transition vers une forme de gouvernance moins radicale pour le Venezuela. "Le régime n'est pas tombé. Il est toujours en place, alors que la population s'attendait à être complètement libérée", rappelle Kévin Parthenay.
Selon Frédéric Louault, trois scénarios se dessinent au moment d'évoquer la future orientation du gouvernement Rodriguez. "Le régime pourrait imploser de l'intérieur, si son entourage n'a plus confiance en elle. Ou bien il pourrait engager une transition post-madouriste, dans laquelle les États-Unis bénéficieraient d'une grande marge de manœuvre, notamment pour le pétrole. Enfin, l'Administration Trump pourrait pousser le pays vers des élections anticipées, même si je n'ai pas l'impression que l'enjeu démocratique soit une priorité" aux yeux de cette dernière.

