Après Maduro, Ortega bientôt enlevé par les États-Unis ? "Marco Rubio a le Nicaragua dans son viseur"
L'administration Trump n'apprécie guère les dérives autoritaires du Nicaragua, tout comme les migrants d'Afrique de l'Ouest qui y transitent.
- Publié le 27-02-2026 à 06h48

L'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro début janvier avait provoqué une onde de choc mondiale, démontrant la détermination des États-Unis à reprendre le contrôle du continent américain, peu importe le respect du droit international. Deux mois plus tard, doit-on s'attendre au même type d'intervention au Nicaragua, pays d'Amérique centrale situé entre le Honduras et le Costa Rica ? "Je n'exclus pas, dans les semaines ou dans les mois qui viennent, une intervention politique visant à affaiblir les coprésidents Daniel Ortega et Rosario Murillo", commente Pascal Drouhaud, spécialiste de la géopolitique de l'Amérique latine et président de l'association France-Amérique latine Caraïbes (LATFRAN).
Selon l'expert français en relations internationales, "le Nicaragua est devenu le point noir de l'administration Trump en Amérique centrale". Pour autant, Pascal Drouhaud "ne croit pas une seule seconde" à une intervention militaire de Washington à Managua. Mais c'est évident qu'il y aura des actions. Donald Trump ne peut pas accepter que cette dictature anachronique bloque le processus d'intégration en Amérique centrale".
Selon le fondateur de l'association LATFRAN, deux facteurs réduisent les chances d'une intervention militaire américaine au Nicaragua. Le SICA, d'abord : cette organisation politique, économique et culturelle vise à une unification des pays d'Amérique centrale. Mais, alors que Washington a réussi à remodeler les autres régimes, le Nicaragua fait figure d'épine dans son pied.
"Daniel Ortega a en outre consolidé son alliance avec la Russie", reprend le spécialiste des relations internationales. "La principale base de renseignement russe dans la région se trouve au Nicaragua".
Une dérive autoritaire
En janvier 2025, alors que Donald Trump fait son retour à la Maison Blanche, le Parlement du Nicaragua entérine une réforme constitutionnelle, qui donne les pleins pouvoirs au président Daniel Ortega ainsi qu'à son épouse Rosario Murillo, propulsée au rang de 'coprésidente'. Cette réforme prolonge le mandat du "couple présidentiel" jusqu'en 2028, tout en supprimant l'indépendance des pouvoirs législatif, judiciaire et des autorités électorales. Les Nations Unies, de leur côté, évoquent une destruction de l'État de droit, alors qu'une répression brutale s'exerce à l'égard des opposants politiques.
Une dérive autoritaire qui goûte peu à Washington. "Le secrétaire d'État américain Marco Rubio suit la situation politique du Nicaragua de près depuis des années, et il est conscient que ce régime constitue un problème aujourd'hui pour les États-Unis", souffle Pascal Drouhaud.
Le 30 janvier, le département d'État américain avait qualifié d'"illégitime" la nouvelle fonction de la vice-présidente, Rosario Murillo. "Il y a un an, Rosario Murillo a inventé une "coprésidence" afin de consolider son emprise illégitime sur le Nicaragua – sans élection, sans mandat, sans légitimité", insiste le communiqué du département d'État.
Et le 18 février, Marco Rubio a fustigé la répression politique du régime. "Nous continuons d'exiger des comptes pour les crimes commis par la dictature Murillo-Ortega et nous insistons sur la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques injustement détenus au Nicaragua", a-t-il écrit sur X.
Migrants et narcotrafic
Derrière les velléités de l'entourage de Donald Trump à propos du régime nicaraguayen, se trouvent également, voire surtout, des raisons pratiques. Contrôler la migration – et le narcotrafic qui en résulte, selon le Pentagone – en fait partie.
"Beaucoup de ressortissants d'Afrique de l'Ouest, notamment des Sénégalais, transitent désormais par le Nicaragua, qui les dispatchent ensuite", assure Pascal Drouhaud. Ceux-ci arrivent au Costa Rica et au Panama, deux pays alliés de Washington aux politiques migratoires de répression. "Provoquer un changement de régime au Nicaragua permettrait aux États-Unis de couper les routes migratoires vers le Sud", continue le chercheur français.
