Quel avenir pour les réfugiés afghans débarqués au Kosovo et en Albanie?
Les réfugiés ont découvert leur destination une fois installés dans l'avion.
- Publié le 30-08-2021 à 20h06
- Mis à jour le 30-08-2021 à 20h08

Tout était prêt pour les recevoir depuis plus d'une semaine, mais le premier groupe de 121 réfugiés afghans n'est arrivé à Tirana que dans la nuit de vendredi à samedi. Dimanche soir, c'était au tour de 111 de leurs compatriotes, acheminés par un gros-porteur de l'US Air Force, d'atterrir à Pristina. De nouvelles arrivées étaient attendues dans la journée de lundi. L'Albanie et le Kosovo se sont en effet engagés à accueillir d'anciens collaborateurs afghans des États-Unis, le temps que soient vérifiés leurs documents d'identité et qu'ils puissent obtenir l'asile. Une procédure qui pourrait prendre "de douze à quatorze mois", selon les estimations avancées par des officiels kosovars.
Les premiers transférés ont été logés dans des chambres de la Cité universitaire de Tirana, mais devraient être bientôt déplacés à Shëngjin, sur la côte adriatique. Au Kosovo, c'est un centre d'hébergement des employés de l'autoroute construite par le consortium américano-turc Bechtel-Enka qui devrait les accueillir. Ce centre jouxte l'immense base américaine de Camp Bondsteel, dans le sud-est du pays, à une quarantaine de kilomètres de Pristina. Si le site se révèle trop petit, on a aussi évoqué la possibilité de loger les Afghans dans les anciennes bases militaires allemande et française. Les autorités du Kosovo se disent prêtes aujourd'hui à accueillir 2 000 exilés, mais des chiffres bien plus importants ont circulé ces derniers jours, allant jusqu'à 10 000 personnes.
Destination inconnue
Dans chacun des deux pays, les premiers avions ont été accueillis en grande pompe par les ministres des Affaires étrangères et les ambassadeurs américains, qui n'ont pas manqué de saluer une coopération "exemplaire". En réalité, les conditions d'accueil, négociées dès la mi-juillet dans la plus grande discrétion entre Washington et les gouvernements d'Albanie, du Kosovo mais aussi de Macédoine du nord, restent très mystérieuses : combien de personnes, pour combien de temps, et surtout qui, parmi les anciens collaborateurs de l'armée ou des agences civiles américaines, devra passer par le "sas" des Balkans ?
Des témoignages recueillis par Le Courrier des Balkans auprès des premiers évacués arrivés à Tirana montrent que ceux-ci n'ont été informés de leur destination que "deux ou trois heures avant le décollage", alors qu'ils avaient déjà réussi à monter dans un avion. Tous espèrent gagner au plus vite les États-Unis ou un pays d'Europe occidentale, mais les procédures administratives qui vont être mises en place demeurent également inconnues. Pour le moment, la police albanaise se contente d'identifier ceux qui disposent d'un passeport valable, d'une simple carte d'identité afghane ou qui n'ont aucun document, ce qui serait le cas de nombreux enfants, évacués avec leurs parents.
Après le contrôle de police, les Afghans ont été transférés vers leur lieu de résidence provisoire, sans rien pouvoir emporter d'autre qu'un petit sac à main. Malgré la présence de médecins, ils n'ont pas eu droit à d'autre assistance sanitaire qu'un test PCR et surtout, la marge de manœuvre dont disposent les exilés est encore incertaine. À Tirana, on leur a fermement "déconseillé" de s'adresser à la presse, règle dont certains n'ont pas hésité à s'affranchir, mais leur logement à la Cité universitaire n'est pas fermé.
À l'inverse, à Pristina, tout contact avec les exilés était impossible. Le ministère de l'Intérieur a même annoncé lundi que, "pour des raisons de sécurité et de protection de la vie privée des réfugiés afghans stationnés au Kosovo, les médias locaux et internationaux n'auront pas accès au camp" où ils seront logés. Selon de premiers témoignages, le camp où les réfugiés devraient être transférés en Albanie, à Shengjin, serait également clos. Si la perspective d'obtenir une carte de séjour américaine peut amener les exilés à accepter un cantonnement provisoire, il est difficile de supposer que tel sera toujours le cas si les procédures devaient traîner en longueur. De même, on ignore encore tout de ce qui sera proposé à ceux qui se verraient refuser l'asile aux États-Unis.
