Un virus explose chez les soldats russes depuis le début de la guerre : "Les pertes de cette épidémie auront des conséquences pendant des décennies"
Ce phénomène pourrait avoir des conséquences démographiques et économiques lourdes pour la Russie sur le long terme.

- Publié le 05-08-2025 à 20h46

Alors que la guerre en Ukraine se prolonge, un effet secondaire méconnu mais inquiétant du conflit se dessine : une augmentation spectaculaire du taux de VIH au sein des forces armées russes. Selon un rapport récent de l'institut de recherche berlinois Carnegie Politika, les cas d'infection détectés parmi les soldats auraient été multipliés par vingt en moins de deux ans, depuis le début de l'invasion en Ukraine.
Cette explosion des cas est confirmée par plusieurs sources, dont le Military Medical Journal, qui souligne une multiplication par cinq dès la fin 2022. Une donnée corroborée par les autorités ukrainiennes : près de 20 % des soldats russes capturés seraient séropositifs, un chiffre alarmant qui soulève de nombreuses questions sur la santé et la gestion des troupes russes.
Les conditions de guerre expliquent en partie cette crise sanitaire. Dans un contexte de stress extrême, de violence et de déplacements constants, les comportements à risque se multiplient : rapports sexuels non protégés, recours à des drogues injectables avec partage de seringues. "Ces deux pratiques sont répandues dans une armée composée d'hommes qui vivent chaque jour comme si c'était le dernier, et qui gagnent bien leur vie", explique le rapport. Sans oublier les pratiques médicales à risque comme les transfusions ou la réutilisation de matériel dans les hôpitaux de campagne. Autant de facteurs qui favorisent la propagation du virus.
3,9 % des nouvelles infections mondiales
Mais le contexte politique russe ne fait qu'aggraver la situation. Moscou, qui se présente en défenseur des "valeurs traditionnelles", a interdit l'action d'associations internationales de prévention, dont celle d'Elton John, accusée de promouvoir des "relations sexuelles non traditionnelles, des modèles familiaux occidentaux et du changement de sexe". La stigmatisation des personnes LGBT, déclarées comme un "mouvement extrémiste", et la suppression de l'éducation sexuelle dans les écoles renforcent également un climat où prévention et soins sont largement entravés, peut-on lire dans le rapport.
Résultat : la Russie est désormais l'un des pays où le VIH progresse le plus rapidement et figure parmi les cinq premiers au monde en nombre de nouvelles infections depuis 2022, derrière l'Afrique du Sud, le Mozambique, le Nigeria et l'Inde. Selon l'Onusida, la Russie représenterait à elle seule 3,9 % des infections mondiales en 2021, alors qu'elle ne compte que moins de 2 % de la population mondiale. Ces chiffres sont toutefois contestés par la Fédération de Russie, qui les qualifie de "propagande".
On dénombre environ 1,1 million de cas confirmés dans le pays, mais ce chiffre pourrait être sous-estimé en raison d'un sous-diagnostic et d'un recensement fragmentaire des données. Selon Vadim Pokrovsky, directeur du Centre méthodologique fédéral russe pour la prévention du VIH/SIDA, cité par le quotidien britannique The Times, 30 000 Russes en âge de travailler meurent chaque année du sida. "Les pertes démographiques et économiques que la Russie subira à cause de cette épidémie auront des conséquences pendant des décennies et pourraient même dépasser les dommages causés par l'invasion de l'Ukraine", prévient le rapport du Carnegie Politika.
Cette crise sanitaire touche principalement les jeunes adultes et réduit une main-d'œuvre déjà fragilisée par la mobilisation militaire et la guerre. Mais même si la séropositivité est officiellement un motif d'exclusion du service militaire, la réalité du front semble différente : pour pallier la pénurie de soldats, certains commandants accepteraient de garder des soldats infectés, au risque d'aggraver encore la propagation du virus, selon certains médias indépendants.
