De multiples charniers mis au jour en Syrie, autant de pistes pour tenter d'élucider le sort des disparus
En deux mois, quelque 800 corps ont été exhumés de charniers enterrés à la hâte. Des familles pourraient y trouver des réponses aux disparitions de leurs proches

- Publié le 29-01-2025 à 19h23

Les équipes de la défense civile syrienne ont exhumé mardi les dépouilles calcinées d'au moins 26 personnes dans les sous-sols de deux immeubles d'une banlieue de Damas. Dans ces fosses communes découvertes dans deux propriétés différentes, les sauveteurs ont indiqué avoir trouvé des ossements d'hommes, de femmes et d'enfants montrant des traces de blessure par balles et de combustion. Cette découverte, faite dans la ville de Sbeineh, située à une quinzaine de kilomètres au sud de la capitale, s'ajoute à d'autres du même genre.
Au total, depuis le 28 novembre 2024, les Casques blancs ont découvert "plus de 780 corps, la plupart d'identité inconnue", a témoigné l'un des volontaires de ce service de secouristes rompus au sauvetage et à la recherche de victimes de la guerre et déployés dans l'ensemble de la Syrie. Toutes ces dépouilles sont transférées aux services médico-légaux pour tenter de déterminer leur identité, le moment et la cause de leur mort, et le cas échéant, répondre aux signalements de disparus.
La vérité sur leur sort
La chute de Bachar al Assad, après 24 ans au pouvoir, a permis de rouvrir les portes des prisons, symboles de la répression implacable de son régime (fondé par son père, Hafez, en 1970). Si beaucoup ont ainsi pu, enfin, connaître le sort de leurs proches emprisonnés ou disparus, voire les retrouver, de nombreuses familles qui se sont pressées aux portes des pénitenciers ne connaissent toujours pas la vérité sur leur sort. Dans cette perspective, la Commission d'enquête des Nations unies sur la Syrie estime, dans son rapport publié ce 27 janvier, que ces charniers constituent une piste non négligeable dans la recherche de preuves sur le sort de milliers disparus.
Le document rendu par cette commission, créée en 2011 par le Conseil des droits de l'homme de l'Onu pour enquêter sur les violations prétendues du droit international dans le pays, est le fruit d'un travail s'étendant sur près de quatorze ans et s'appuyant sur plus de deux mille témoins, dont 550 survivants du système carcéral syrien. Ceux-ci ont détaillé la manière dont les détenus des prisons les plus redoutées du régime, "souffrant de blessures liées à la torture, de malnutrition, d'affections et de maladies, étaient laissés à mourir lentement, à agoniser dans les douleurs, ou emmenés pour être exécutés."
Des corps en décomposition
La plupart du temps, ces charniers parfois à peine enterrés sont découverts par des habitants revenus vivre dans leur habitation après des années d'absence due aux combats, ou déterrés par des animaux. Certaines de ces découvertes ne constituent pas une surprise. Dans l'un des immeubles de Sbeineh concernés par la récente exhumation, un résident avait repéré la fosse commune en raison de l'odeur pestilentielle des corps en décomposition, qui régnait lors de son retour en 2016… Il n'avait alors pas osé le signaler aux autorités par peur de représailles, sachant qu'elles en étaient responsables. Selon un autre témoignage, le régime avait l'habitude de piéger des gens dans les sous-sols, avant de les brûler à l'aide de pneus et d'abandonner les corps sur place.