Israël condamne l'État de Palestine à ne pas advenir, en fragmentant la Cisjordanie
Le gouvernement Netanyahou a approuvé mercredi la mise en œuvre d'un projet de logements qui va empêcher la réalisation de la solution à deux Etats.

- Publié le 20-08-2025 à 19h55
- Mis à jour le 21-08-2025 à 11h29

Tout converge désormais vers la réalisation du "Grand Israël" auxquels rêvent les plus fervents partisans de cette version biblique de l'État juif. Ils y aspirent d'autant plus aisément qu'ils sont au pouvoir (depuis près de trois ans) et qu'ils disposent d'une emprise inédite sur les Palestiniens, maintenant que la bande de Gaza est dévastée par une guerre sans fin depuis près de deux ans et bientôt sous contrôle total israélien. En ligne de mire : la conquête de l'enclave et l'annexion à terme de la Cisjordanie, deux territoires désignés de longue date pour abriter un (de plus en plus hypothétique) futur État souverain de Palestine.
Le gouvernement Netanyahou a ordonné, ce mercredi, le rappel de 60 000 réservistes de l'armée et de prolongation de 20 000 autres pour réaliser la première. Il a aussi approuvé la mise en œuvre d'un projet de construction de 3400 logements pour avancer vers la seconde. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, chef de file des sionistes religieux, avait ressuscité la semaine dernière le projet de développement d'une zone de Judée-Samarie (nom israélien de la Cisjordanie) qui va virtuellement couper ce territoire en deux, à l'endroit où il est le plus étroit (environ 28 kilomètres).
"Dernier clou" au cercueil palestinien
Cette zone d'extension coloniale, située à l'est de Jérusalem et connue sous le nom de code E1, est désignée depuis le début des années 1990 comme le "dernier clou" du cercueil de la solution à deux États. Un registre que le ministre israélien a repris lors de son annonce, affirmant que ce projet "enterre" l'idée d'un État palestinien. L'Autorité palestinienne a confirmé ce mercredi la sinistre perspective, estimant que ce projet qui acte "la division de la Cisjordanie occupée en zones et cantons isolés, déconnectés géographiquement et ressemblant à de véritables prisons où les déplacements entre eux ne sont possibles qu'à travers des points de contrôle d'occupation, au milieu de la terreur des milices de colons armés disséminés" dans tout le territoire.
La mise en œuvre de ce projet, qui fait le lien entre plusieurs colonies israéliennes situées à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, consacrerait l'impossibilité d'établir un État de Palestine viable et disposant d'une continuité territoriale au sein même de sa parcelle principale (alors que la bande de Gaza paraît désormais exclue). C'est à cette aune que les condamnations internationales ont fusé. Non seulement la construction de plus de trois mille unités de logement dans cette zone est illégale en vertu du droit international, a rappelé le Bureau des droits de l'homme des Nations unies, mais c'est aussi "un crime de guerre pour une puissance occupante de transférer sa propre population dans un territoire occupé". Mais comment convaincre avec un tel argument quand plus de plus de 700 000 Israéliens ont déjà franchi le pas des colonies en près de 60 ans d'occupation israélienne de la Cisjordanie ?
Moment tout sauf anodin
Le passage en force de ce projet est tout sauf anodin au moment où d'importants gouvernements occidentaux s'apprêtent à reconnaître un État de Palestine, comme la France a promis de le faire le mois prochain lors de l'Assemblée générale de l'Onu. Les ministres de l'extrême droite israélienne ont récemment indiqué que pendant que les pays d'Occident s'apprêtent à reconnaître symboliquement un État virtuel, ils saperaient les bases mêmes de celui-ci sur le terrain. Dont acte avec ce projet de colonisation de la zone E1, située aux portes orientales de Jérusalem.
Ce projet constitue en effet davantage qu'une simple extension coloniale. Il s'agit d'un "plan stratégique et structurel de changement démographique et politique qui menace l'existence palestinienne tout entière et transforme Jérusalem en un centre colonial fermé, isolé de ses extensions palestiniennes", estime le Centre national d'information palestinien dans l'une de ses notes.
Isolement de Jérusalem-Est
Il vise à isoler Jérusalem-Est, capitale promise au futur État de Palestine, de son voisinage palestinien immédiat de Cisjordanie, tout en créant une "contiguïté urbaine" entre les colonies juives installées dans cette partie orientale de la Ville sainte et l'imposante colonie de Ma'ale Adumim située un plus à l'est, forte de ses 37 000 habitants, sa vingtaine d'écoles et de son gigantesque centre commercial. Ce faisant, il sous-tend un projet d'annexion de cette dernière, ainsi que d'autres "implantations" juives de la banlieue Est de Jérusalem.
L'urbanisation effective de cette zone de peuplement "compromettra la contiguïté géographique entre les parties Nord et Sud de la Cisjordanie", ajoute un rapport de B'Tselem, le Centre d'information israélien pour les droits de l'homme dans les Territoires palestiniens occupés. Sans compter que la mise en œuvre de ce projet s'accompagnerait inévitablement de l'expulsion et du déplacement forcé des communautés bédouines locales. Ce que le droit international considère aussi comme un crime de guerre.
