En Israël, une campagne d'arrestations musclée met à mal les envies de coexistence
La communauté arabe de l'État hébreu victime de multiples arrestations par la police israélienne.
- Publié le 27-05-2021 à 20h35
- Mis à jour le 28-05-2021 à 18h01

Plus de 3 000 personnes ont défilé dans les rues de Tel-Aviv le 22 mai, le lendemain de la déclaration d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. "Le plus grand rassemblement contre l'occupation et pour le vivre-ensemble depuis des années", se sont extasiés les organisateurs, le groupe Omdim Beyachad (Debout ensemble) qui promeut la coexistence entre Juifs et Arabes.
La mobilisation autour de la cause palestinienne qui a amené des milliers d'Arabes citoyens d'Israël à manifester après les violentes confrontations à Jérusalem au début du mois de mai a secoué la société israélienne. Alors qu'on avait salué la bataille commune que Juifs et Arabes avaient menée contre le Covid, alors que le Premier ministre Netanyahou faisait la cour aux électeurs arabes, beaucoup d'Israéliens pensaient que leur société était plus unie que jamais.
Ce n'est pas que ce qu'on appelle le "camp de la paix", qu'on disait moribond alors que le paysage politique depuis plusieurs années dérive vers la droite, s'est réveillé. Des dizaines de conglomérats israéliens ont appelé à réparer la division : "khalass, daï" à la violence, disait ainsi la semaine dernière une tribune commune, utilisant un idiome israélien qui combine l'arabe et l'hébreu pour le mot "assez". Malgré les appels au boycott de la droite dure, dans la twittosphère hébraïque, on n'échappe plus maintenant au badge violet - la couleur de Omdim Beyachad.
Pour certains militants palestiniens en Israël, ces initiatives cachent une discrimination systémique. "Les Palestiniens citoyens d'Israël et la majorité juive n'ont jamais coexisté, a écrit l'avocate Diana Buttu dans une tribune publiée cette semaine dans le New York Times intitulée "Le mythe de la coexistence". On 'sous-existe', dans un système de discrimination et de racisme."
Plus de 1 500 arrestations
Dimanche, un communiqué de la police a annoncé une opération "loi et ordre". Le but : rétablir la "dissuasion" en procédant à une vague d'arrestations massive. Plus de 1 500 personnes ont été arrêtées depuis le début des violences ; au moins 350 cette semaine. Selon les statistiques des forces de l'ordre elles-mêmes, au moins 70 % des interpellations ont eu lieu dans la communauté arabe, qui représente un cinquième de la population.
L'opération a été dénoncée par Omdim Beyachad comme par beaucoup d'autres acteurs de la société civile. "C'est une campagne d'intimidation", a ainsi dit Mohammad Barakeh, président du Comité de suivi des affaires arabes, qui rassemble des élus locaux et nationaux.
"On assiste à une militarisation de la procédure policière", dit Suhad Bishara, avocate pour l'association d'aide légale aux citoyens arabes Adalah, qui décrit des opérations commandos, des raids de policiers surarmés, en association avec le Shin Bet, l'agence de renseignement intérieur. "Tout ça pour arrêter un jeune de 20 ans, à qui on enverrait normalement une invitation à se rendre au poste de police." Selon le Comité de suivi, 80 à 90 % des chefs d'accusation vont du rassemblement illégal à insultes à agents.
Violences policières
"Ces techniques ne sont pas nouvelles, mais on n'avait pas vu ce niveau de force brute depuis vingt ans, renchérit-elle. Je n'ai pas de doute que l'État voit cela comme un objectif stratégique." Les interrogations qui prennent parfois une tournure politique, selon de multiples témoignages d'interpellés à qui on a demandé leur opinion sur Cheikh Jarrah, sur l'État d'Israël ou encore sur les Juifs.
Selon Adalah, si la plupart sont relâchés sans poursuites, ils portent souvent les stigmates de violences policières. Bashar Ali, un étudiant de 25 ans, arrêté le 11 mai pendant une manifestation, raconte qu'il a été frappé à de multiples reprises avant d'être mis en garde à vue, ses mains bleuissantes dans des menottes trop serrées pendant plus de dix heures. Sans preuves, Bashar n'a pas pu être inculpé, mais a quand même écopé d'un mois d'assignation à résidence. "Depuis, deux de mes cousins ont été arrêtés, dit-il. L'un d'entre eux a moins de 15 ans."
"Cela ne fait que renforcer mon sentiment qu'il n'y a aucune différence entre Gaza et Lod, entre la Galilée et la Cisjordanie, dit Bashar. Israël a la même mentalité d'oppression à travers toute la Palestine."