Voitures électriques, bolides disparus et "véhicules poubelles" exportés : comment l'Europe s'attaque au recyclage du secteur auto ?
La Commission européenne a présenté jeudi un texte visant une meilleure prise en charge des véhicules hors d'usage. Une bonne nouvelle pour le secteur, estime le CEO du groupe Comet.
- Publié le 14-07-2023 à 17h51

Des carcasses de voitures aux matières recyclées, il n'y a qu'un pas. Ou, pour être plus exact, une série d'étapes que Virginijus Sinkevicius, Commissaire européen à l'Environnement, a pu découvrir ce jeudi en visitant le site montois du groupe Comet, spécialisé dans le recyclage des véhicules hors d'usage (VHU). Avec ses installations à la pointe de la technologie et plus de 98 % de taux de revalorisation – juste au-dessus de la moyenne belge –, le groupe illustre bien la réussite belge en matière de recyclage automobile. En 2022, 81 350 véhicules ont été traités dans les 113 sites agréés par Febelauto, l'organisme belge de recyclage automobile, permettant à la Belgique de se classer parmi les pays européens les plus performants en la matière.
Démanteler, dépolluer, recycler
Une fois les équipements de sécurité enfilés, direction la première étape du processus. Lorsqu'elles arrivent dans le centre, les voitures sont d'abord démantelées et dépolluées manuellement. Pneus, carburants, catalyseurs… Les pièces et composants ayant encore de la valeur et pouvant être revendus en l'état sont ainsi récupérés. Mais la tâche des centres n'est pas facilitée par les nouveaux types de voitures : s'il faut aux travailleurs de Comet environ une demi-heure pour réaliser cette première phase sur les véhicules thermiques, le temps de travail est bien plus important sur les voitures de nouvelle génération. "Pour les voitures électriques, il faut 3 à 6 heures", explique pendant la visite Pierre-François Bareel, le CEO du groupe Comet, qui précise que des aménagements ont dû être réalisés pour réduire les risques d'incendie de batterie. "C'est encore plus compliqué pour les voitures à hydrogène à cause de leurs réservoirs et batteries. Il faudra beaucoup de recherche et développement avant d'arriver à des taux de revalorisation de 96 % ou plus."

Les voitures prennent ensuite la direction d'un prédéchiqueteur, réduisant les carcasses en morceaux et permettant de confirmer l'absence de liquide, puis d'un broyeur. Avec une puissance de 7 000 CV et une capacité de 300 tonnes/heure, l'impressionnant broyeur du site d'Obourg est le plus gros d'Europe. Tout ce qui en ressort est ensuite trié : les métaux ferreux sont récupérés et revendus à l'industrie de l'acier, tandis que les autres résidus de broyage poursuivent leur chemin de machine en machine.
"Notre travail consiste à récupérer chaque matériau, catégorie par catégorie", rappelle Pierre-François Bareel, en continuant la visite. Séparation magnétique, aspiration d'air, robots de triages à la pointe… De nombreuses technologies sont utilisées pendant le procédé afin de classer chacun de matériaux récupérés par type. "Je suis très impressionné par la séparation du plastique", lance Virginijus Sinkevicius au directeur et à ses équipes, alors que la visite s'achève.

Plus de matières recyclées dans les voitures
Une fois le processus de traitement terminé, les matériaux sont prêts à réintégrer les chaînes de production de biens courants. Le groupe Comet collabore par exemple avec le constructeur automobile Stellantis (Peugeot, Fiat, etc.) , qui utilise du plastique recyclé pour certaines pièces, dont l'avant de la boîte à gants de la Fiat 500 – réalisée à 100 % en plastique recyclé. Un exemple de circularité que la Commission veut rendre systématique : la venue du Commissaire coïncidait en effet avec la publication de mesures visant à renforcer la circularité du secteur automobile.
Présenté ce jeudi, le projet de règlement comporte de nouvelles obligations pour les constructeurs, dont l'utilisation d'un minimum de 25 % de plastique recyclé lors de la construction de nouvelles voitures, sans quoi ceux-ci ne pourraient pas arriver sur le marché européen. La proposition demande aussi aux constructeurs de garantir un démantèlement aisé des véhicules. Ils devront désormais fournir des instructions claires et détaillées aux centres de recyclage chargé de démonter les pièces et composants afin d'améliorer la prise en charge des véhicules en fin de vie. Le but est de récupérer davantage de matières premières de bonne qualité. Une bonne nouvelle pour le secteur, assure Pierre-François Bareel : "Cela va provoquer une demande en matières premières secondaires du recyclage".
Véhicules disparus et exports de "véhicules poubelles"
Outre ces mesures, la Commission veut également améliorer la traçabilité des véhicules. L'analyse d'impact réalisée fin 2020 avait mis en lumière le problème des "véhicules manquants" (soumis à la directive VHU mais non collectés), ainsi que le volume important de véhicules usagés, polluants et hors d'état de rouler exporté hors de l'UE chaque année.
"Il ne s'agit pas tant des véhicules que des matières premières essentielles à l'autonomie stratégique de l'Europe. Pour le moment, toutes ces matières premières quittent l'Europe et cela nous coûte très cher pour les récupérer", souligne le Commissaire Sinkevicius auprès de La Libre. Le texte prévoit de nouvelles mesures de traçabilité et de contrôle, dont un suivi des numériques hors d'usage dans l'ensemble de l'UE et une interdiction d'exporter des véhicules usagés qui ne sont pas aptes à circuler. De nouvelles catégories de véhicules seront également progressivement couvertes par le règlement, qui prévoit des mesures pour garantir une répartition équitable des coûts de gestion des VHU.

"Cette proposition est une première étape très importante qui garantira tout d'abord que nous disposons d'une conception des véhicules qui permette leur démantèlement. En plus, cela réduira de moitié la demande de matières premières secondaires, ce qui entraînera une diminution significative des émissions de CO2", déclare-t-il, insistant sur les bénéfices pour les économies locales de toute l'Europe. Grâce aux différentes actions proposées, la Commission espère générer 1,8 milliard d'euros de recettes nettes d'ici à 2035. Le projet de règlement sera bientôt examiné par le Parlement européen et le Conseil. "Les initiatives d'économie circulaire sont généralement très bien soutenues par l'ensemble des acteurs. On peut donc être confiant."