Près de 30% d'augmentation des prix à la cantine scolaire: "C'est presque comme au restaurant!"
Plusieurs parents s'indignent des hausses de prix des repas scolaires. Lesquels deviennent impayables pour les plus précarisés.
- Publié le 03-09-2024 à 09h30

Lorsqu'elle a reçu la grille des tarifs qui seraient pratiqués par l'école de son fils pour les repas chauds de cette année scolaire, Julie, 33 ans, est tombée des nues. La Schaerbeekoise ne s'attendait certainement pas à devoir débourser 7,2 € par repas pour un enfant de cinq ans dans cette école catholique bruxelloise. "Il y a deux ans, les tarifs étaient seulement de 5,7 €, commente la trentenaire quelque peu indignée. C'est une hausse d'1,5 € en deux ans. Et d'un euro par rapport à l'année passée"
En termes de proportions, cela représente une hausse des tarifs de 16 % par rapport à l'année 2023-2024 et même de 26 % par rapport à 2022-2023. Pour les premières et deuxièmes maternelles, la hausse est encore plus importante : 30 % en deux ans.
Julie a fait ses comptes pour les 181 jours d'école programmés cette année, elle arrive à un coût total de 1.303 €. Il y a deux ans, elle n'aurait dû payer "que" 1.031 €. Soit une hausse de prix de 270 € d'ici juin. "Je peux comprendre que l'inflation est passée par là mais la hausse me paraît bien supérieure à l'inflation."
Cette dernière était de 10,3 % en 2022, et d'encore 2,3 % l'an dernier. Soit une hausse cumulée de 12,8 % depuis 2022. A ce titre, Julie ne devrait payer que 60 cents de plus que par rapport à 2022, et non 1,5 €.
Des repas chaud qui flirtent avec les 10 €
Dans certaines écoles, le prix du repas chaud flirte même désormais avec les 10 €. Dans l'école précitée, les élèves les plus âgés qui ne viennent que ponctuellement au repas chaud doivent en effet débourser 9,5 €. A ce prix, on leur promet un repas sain composé à 50% de légumes, 20% de féculents et 30% de viandes, poissons ou assimilés. "C'est presque le prix d'un repas enfant au restaurant", s'indigne une maman.
Si l'école concernée n'a pas répondu à nos sollicitations - elle n'est d'ailleurs pas la seule à avoir augmenter sensiblement ses prix -, la Fédération des Parents et des Associations de Parents (Fapeo) juge "interpellantes" ces hausses de prix répétitives. "Le fait que des écoles pratiquent des hausses de prix supérieures à l'inflation est effectivement interpellant, commente Véronique De Thier, porte-parole de la Fapeo. L'inflation est pour tout le monde mais elle se ressent particulièrement chez les familles les plus fragiles. 7,2 € le repas chaud, c'est beaucoup. Et une hausse de tarif de 270 € sur une année, c'est très préoccupant pour les ménages les plus précarisés."
Les écoles du réseau catholique ne sont évidemment pas les seules à souffrir de l'inflation. Mais ces hausses semblent plus mesurées dans l'officiel. Et toutes les écoles n'ont pas observé une hausse des tarifs des repas chauds. C'est notamment le cas à Wavre où la commune a fait le choix de ne pas augmenter la quote-part due par les parents. "Nous fonctionnons via des prestataires externes avec un marché public passé pour trois ans, confie l'échevine wavrienne de l'Enseignement, Kyriaki Michelis. Le marché a dû être renouvelé et il a effectivement augmenté. Mais nous avons décidé de maintenir les mêmes tarifs (NDLR : 3,2 € en maternelle, 3,4 €en primaire) dans nos écoles. Nous ne voulions pas répercuter la hausse des prix des repas sur les parents. La commune a comblé près de 40.000 €. C'est une intervention nécessaire : pour beaucoup d'enfants, c'est parfois le seule vrai repas de la journée."
Les écoles du réseau libre, elles, ne peuvent bénéficier de cette prise en charge communale. Ce qui explique aussi pourquoi les tarifs des repas chauds y sont plus élevés que dans l'officiel. "Les écoles, peu importe leur réseau, doivent toutefois répondre aux mêmes obligations, confie Véronique De Thier. Et parmi celles-ci l'interdiction formelle de faire des bénéfices sur les repas servis dans leurs cantines. Elles peuvent les proposer qu'au prix coûtant mais tout dépend d'une école à l'autre."
"Ne pas devoir se soucier de préparer un pique-nique chaque matin, savoir qu'elle mangera un repas complet et sain à midi"
Malgré ces hausses de prix, Maud, elle, a décidé de continuer à inscrire sa fille Célia, 5 ans aux repas chauds. "Ne pas devoir se soucier de préparer un pique-nique chaque matin, savoir qu'elle mangera un repas complet et sain à midi et se permettre d'opter pour un souper plus léger et rapide à préparer le soir : tout cela allège notre charge mentale de manière non-négligeable, d'autant plus que nous travaillons tous les deux à temps plein, commente la Namuroise. Mais c'est un choix personnel et nous sommes bien conscients que tout le monde n'a pas le privilège d'opter pour cette formule. Nous n'aurions peut-être pas pris cette décision si nous avions eu plusieurs enfants, par exemple."