"Un rapport désinhibé à la violence" : Qu'est-ce que l'exception "Nation", seul mouvement d'extrême droite à tenir en Belgique francophone ?
Des chercheurs étudient sa résilience malgré des résultats électoraux anecdotiques.

- Publié le 13-08-2023 à 15h06

C'est une des différences entre le nord et le sud du pays : l'extrême droite est une force politique majeure en Flandre tandis que, du côté francophone, elle reste anecdotique. Ce n'est pas faute de tenter de s'y implanter.
"Des formations d'extrême droite essayent de s'y implanter aussi depuis de nombreuses années. Incapables de s'y développer, elles ont généralement une espérance de vie plutôt limitée. Fondé en 1999, le mouvement Nation fait figure d'exception", notent deux chercheurs dans un article publié dans Radices, la revue scientifique sur le terrorisme et l'extrémisme de l'Ocam (Organe de coordination pour l'analyse de la menace).
Benjamin Biard est chargé de recherches au Crisp et chargé de cours à l'UCLouvain. Yves Rogister est maître de conférences à l'Université de Liège.
Dans un article intitulé "À la droite de la droite", ils retracent tout le parcours de Nation. Ils détaillent les résultats électoraux de Nation. C'est une longue répétition de chiffres, régulièrement qualifiés par le parti lui-même de "décevants".
Les chercheurs expliquent cette marginalité électorale par plusieurs facteurs : forte concurrence sur le créneau de l'extrême droite, faiblesse des moyens financiers et humains, cordon médiatique, mobilisation de la société civile contre l'extrême droite ou encore difficultés de s'investir dans Nation par crainte des répercussions sur les plans privé ou professionnel.
Le caractère hybride de Nation
Néanmoins, Nation parvient à se maintenir dans le paysage politique francophone. Pour les deux auteurs, c'est la nature hybride de Nation qui lui garantit sa longévité.
Nation, notent-ils, "ancre à la fois son action dans le champ électoral et l'activisme politique traditionnel, d'une part et dans l'extrémisme de droite d'autre part. Ce dernier est notamment caractérisé par son rapport désinhibé à la violence – appelée, commise ou justifiée".
Nation présente ainsi différents marqueurs de cet extrémisme de droite. Et ce, depuis le tout début.
Son fondateur a débuté au VMO (Vlaamse militanten orde) et a fondé L'Assaut, dont les membres ont commis des actions violentes contre des militants d'extrême gauche et antiracistes ou des migrants. Il défend un "nationalisme révolutionnaire", avec des positions économiques et sociales à gauche, combiné à un culte du chef et un rejet d'une immigration dite "de masse".
Il arrive à ses cadres de déraper. Cela leur a valu en 2006 des condamnations pour incitation à la haine et à la discrimination raciale pour des tracts distribués. Les liens qu'ils ont développés à l'étranger sont sans équivoque.
Nation est aussi adepte du coup de poing. C'est ainsi, rappellent les auteurs, que six membres de Nation ont roué de coups et ont laissé pour mort une personne sans domicile fixe d'origine polonaise qui les avait interpellés. Les militants de Nation étaient alors venus contre-manifester lors d'une manifestation de sans-papiers place du Luxembourg à Ixelles le 1er juin 2015. Cela leur a valu des condamnations à des peines avec sursis et à des amendes.
