Le grand puzzle bruxellois

Les élections se préparent dans les partis politiques bruxellois. En interne, on commence à jouer des coudes pour obtenir les meilleures places sur les listes. Petit tour de la question et dernières nouvelles en date.

Mathieu Colleyn
Affichage électoral à Ixelles
Affichage électoral à Ixelles ©Alexis Haulot

Ça grenouille dans les partis politiques. Tous se préparent à confectionner les listes électorales qui seront présentées au mégascrutin du 25 mai 2014. A Bruxelles, les principaux protagonistes francophones de cette élection de tous les dangers sont déjà connus. Mais chaque parti rencontre ses petits problèmes internes. Une liste électorale demande en effet un subtil équilibre. Idéalement, il faut que tous les coins de Bruxelles soient représentés, toutes les populations, riches, moins riches, jeunes, moins jeunes, d’origine étrangère ou non. Et, non des moindres difficultés, il s’agit de satisfaire un maximum d’individualités, toutes persuadées de mériter les places qui leur garantiront d’être élues. Entre les députés sortants entendant être récompensés de leur travail parlementaire et les jeunes pousses prêtes à en découdre pour s’imposer, les frottements peuvent donner lieu à des périodes d’instabilité.

Ce n’est pas le cas pour l’instant mais les discussions vont bon train dans les cinq formations politiques principales de l’échiquier bruxellois. Les deux plus importantes, MR et PS, devraient présenter leurs listes au début de l’année prochaine alors que pour le CDH, Ecolo et le FDF, l’heure de vérité est attendue avant la fin 2013. Pour rappel, les élections fédérales, régionales et européennes auront lieu le même jour alors qu’un candidat ne pourra plus figurer sur deux listes différentes. L’obligation de la "tirette", soit l’alternance homme-femme sur les listes, rajoute au casse-tête de l’exercice. Ci-après, les dernières nouvelles quant aux personnalités politiques qui compteront l’an prochain. Déjà, les candidats piaffent d’être fixés sur l’avenir que leur réservera leur parti.


Emir Kir entre Chambre et Région

Le PS ne devrait communiquer sur la composition de ses listes qu’à la fin du mois de janvier. Au plus tôt. Le terrain est néanmoins grosso modo défriché. Sous réserve de surprises, au fédéral, la vice-Première Laurette Onkelinx serait bel et bien suivie du futur bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur . La députée sortante Karin Lalieux est annoncée en troisième place. Pour la suivante, il y a manifestement match entre Ahmed Laaouej , figure montante au PS de Bruxelles, et le bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir . Les deux hommes pouvant tout aussi bien se retrouver sur la liste régionale. Le premier, sénateur (coopté), est loué pour son expertise en matière fiscale et financière, le second, qui fut au gouvernement bruxellois jusqu’aux dernières élections communales, est une véritable machine électorale. Pour pousser la liste, le nom de Philippe Moureaux , sénateur et ex-bourgmestre de Molenbeek est évoqué. Mais le parti pourrait lui préférer une candidature d’ouverture.

A la Région, on se dirige vers une liste naturellement tirée par le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort et tout aussi naturellement poussée par son prédécesseur Charles Picqué . Pour la deuxième place, les noms de Fadila Laanan (ministre de la Culture à la Fédération Wallonie-Bruxelles) et de Caroline Désir , sénatrice proche de Charles Picqué sont évoqués. Aux places suivantes on devrait retrouver Rachid Madrane , secrétaire d’Etat bruxellois ou encore Philippe Close , échevin à la Ville de Bruxelles.


Poussée vers la Région, Milquet résiste

Benoit Lutgen consulte, reçoit, interroge. Et aimerait pouvoir présenter l’ensemble de ses têtes de liste au début du mois de décembre, nous revient-il. "Il serait temps que les choses soient clarifiées" , ajoute une source humaniste bruxelloise. Jusqu’ici, une chose était établie : Joëlle Milquet tirerait la liste bruxelloise pour la Chambre, alors qu’un match dans le match oppose Benoît Cerexhe , ex-mininstre régional, et Céline Fremault , actuelle ministre bruxelloise de l’Economie, pour la tête de liste aux élections régionales. Mais à l’intérieur du parti, certains estiment que Joëlle Milquet serait plus utile si elle emmenait ses troupes au niveau régional. Cette idée part d’une hypothèse simple : les deux sièges bruxellois du CDH à la Chambre seront plus faciles à maintenir que les 10 sièges du Parlement bruxellois. Ce scénario se heurte à l’inébranlable volonté de Joëlle Milquet de rester candidate au fédéral, où elle se frotterait à ses collègues du gouvernement, Laurette Onkelinx et Didier Reynders. La messe n’est pas encore dite mais aller contre la volonté de la vice-Première ne serait pas de nature à garantir la sérénité du climat au CDH bruxellois. Euphémisme. En clair, la volonté de Joëlle Milquet est ferme. En ce qui concerne la Région, on pourrait résumer le dilemme de façon suivante : soit on reprend le tandem Milquet/Cerexhe, en lice depuis 1999, soit on mise sur la nouveauté en plaçant Céline Fremault, qui manque toutefois de surface électorale.


Ecolo ou le renouvellement

Un "comité de liste" est à l’œuvre chez Ecolo. Il évalue l’ensemble des nombreuses candidatures envoyées au parti. Ce comité donne rendez-vous aux militants bruxellois mercredi prochain, où une proposition pour les principales places des listes devra reccueillir les deux tiers des votes à l’occasion d’une assemblée générale dont le quorum est fixé à 20 % des membres. Un certain nombre de personnalités font toutefois déjà consensus. A la Chambre, c’est Zakia Khattabi (sénatrice) qui devrait emmener la liste Ecolo bruxelloise. C’est le sénateur Benoît Hellings qui est pressenti pour occuper la deuxième place. Ensuite, un candidat Groen (les deux partis font liste commune) est attendu. Il devrait être désigné par son parti début décembre. En toute logique, le co-président Olivier Deleuze devrait être appelé en renfort pour soutenir la liste fédérale alors qu’il se concentre sur le mayorat de Watermael-Boitsfort. A la Région, Christos Doulkeridis, actuellement secrétaire d’Etat bruxellois au Logement, est aujourd’hui incontournable, sa collègue Evelyne Huytebroeck ayant annoncé qu’elle ne briguerait plus les premières places, sans toutefois exclure un mandat ministériel. La ministre de l’Environnement est attendue pour pousser la liste à la Région. Zoé Genot devrait quitter la Chambre pour la deuxième place, devant le député bruxellois Arnaud Pinxteren. Isabelle Durant n’est candidate nulle part. Ce qui ne veut pas dire que son parti ne lui demandera pas de participer à l’effort électoral.


De Permentier ou Schepmans?

En dehors des têtes de listes, rien n’est encore figé pour le MR à Bruxelles. A la Chambre, Didier Reynders est évidemment incontesté et il est à la manœuvre pour composer sa liste. Initialement, c’est la forestoise Corinne De Permentier qui devrait le suivre selon le principe de la tirette, mais il se dit aussi à l’intérieur du mouvement que la nouvelle bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean, Françoise Schepmans, serait poussée vers le fédéral. Forte de son succès symbolique face à Philippe Moureaux, elle était plutôt destinée à figurer en deuxième place de la liste régionale, emmenée par un Vincent De Wolf critiqué en interne. Les mauvaises langues, nombreuses au MR, racontent que ce dernier aurait peur que Françoise Schepmans lui fasse de l’ombre, tant il est vrai qu’elle est parfaitement capable de le dépasser en nombre de voix. Les moins mauvaises langues préfèrent parler d’équilibre géographique. Une candidate issue du nord de Bruxelles et d’une commune moins sociologiquement libérale serait la bienvenue pour compléter le profil ucclois de Didier Reynders. D’autant qu’Armand De Decker, bourgmestre d’Uccle, serait invité à pousser la liste à la Chambre. Schepmans au fédéral ferait passer Corinne De Permentier sur la liste de Vincent De Wolf, mais la deuxième place est très convoitée. Pour le reste, l’appel à candidatures n’a pas encore officiellement été lancé au MR, mais les têtes de listes ont déjà commencé à consulter les députés sortants.


Les libéraux "indépendants" sollicités

Le gros des listes FDF devrait être connu le 1er décembre. Mais l’exercice n’est pas plus facile qu’ailleurs pour les amarantes qui jouissaient, lorsqu’ils faisaient partie du MR, d’une bonne représentation sur les listes électorales bruxelloises. A la Chambre, Olivier Maingain devrait être suivi par l’échevine uccloise Joëlle Maison , afin de remplir les deux sièges que les FDF sont à peu près sûrs d’obtenir. Ceux-ci s’attendent en effet à perdre un de leurs trois sièges fédéraux. Le député Bernard Clerfayt l’a vite compris, en se positionnant comme futur numéro 3 de la liste régionale emmenée par Didier Gosuin . "La Libre" l’a déjà évoqué, c’est le sort de Damien Thiéry , député bourgmestre de Linkebeek (commune à facilités) qui est le plus incertain. Sa destinée est en balance. Il peut prendre le risque d’occuper la troisième place à la Chambre tout comme figurer comme tête de liste à l’Europe. Ce scrutin n’offre pas beaucoup de chance d’élection mais d’aucuns estiment que le combat fédéraliste de Damien Thiéry ainsi que ses positionnements communautaires (et donc nationaux) peuvent l’aider à y faire un bon résultat. A confirmer. Pour en revenir au scrutin régional, il est prématuré de se prononcer sur l’identité de la femme qui occupera la seconde place. Par contre, le FDF fait actuellement des appels du pied aux différents libéraux exclus du MR (à Schaerbeek et Woluwe-Saint-Lambert surtout) et que Charles Michel ne semble pas décidé à réintégrer. Objectif : les placer comme candidats "indépendants".