À Tournai, la bataille des ministres Demotte et Marghem fait rage

- Publié le 28-09-2018 à 10h36
- Mis à jour le 28-09-2018 à 11h41

"Vous allez voir comment une ministre belge sait mourir." Ce détournement de la phrase - "Vous allez voir comment une femme belge sait mourir" - prononcée par la résistante et espionne, Gabrielle Petit, née à Tournai et fusillée par les Allemands en 1916, Marie-Christine Marghem ne se l'appropriera pas en ces jours difficiles pour elle.
La ministre libérale de l'Énergie est sous le feu de l'actualité. Du coup, la campagne communale à Tournai, où elle espère devenir bourgmestre, passe un peu au second plan. Sur la place Clovis, la statue de Gabrielle Petit n'est pas très loin d'une autre statue de femme. Celle que la Ville a dressée sur la Grand-Place, au XIXe siècle, pour rendre hommage à Christine de Lalaing, princesse d'Epinoy qui, en l'absence de son gouverneur d'époux, défendit la ville contre le duc de Parme en 1581.
Cette statue a d'ailleurs la préférence de la tête de liste MR. Faut dire que certains historiens la renseignent sous le nom de Marie-Christine de Lalaing. En 2012, celle qui n'était pas encore ministre fédérale l'utilisait même sur son tract électoral. Avec succès, puisqu'à l'issue du scrutin communal, elle retrouvait la majorité, au côté du PS, parti dominant la ville et emmené pour la première fois par Rudy Demotte, parachuté de Flobecq.
Rudy Demotte, déjà ministre-Président wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s'était rapidement déclaré "empêché", pour rester ministre. Il avait prévenu les Tournaisiens qui lui ont quand même accordé un peu plus de 7 000 voix. Marie-Christine Marghem ne put revendiquer le maïorat malgré un score électoral un peu plus élevé, sa liste étant la moins forte de la coalition. Elle endossa alors la fonction de 1re échevine jusqu'en 2014, lorsqu'elle reçut une proposition qu'elle ne pouvait pas refuser : monter dans son gouvernement à la demande de Charles Michel. Alors, elle aussi, se déclara "empêchée". Un départ que de nombreux Tournaisiens ne lui pardonneraient pas.
Depuis lors, emberlificotée dans le dossier énergétique qui devient chaque jour un peu plus problématique, certains opposants lui renvoient cyniquement, au visage, son slogan pour les communales du 14 octobre : "Tournai, rien d'autre".
Il y a quelques jours, un article de la DH a révélé des tensions au sein du MR tournaisien. L'échevin libéral Robert Delvigne se plaignait du piétonnier. L'édile, ancien commerçant du centre-ville, l'accuse de faire fuir la clientèle. Pire, il souhaite même que la voiture retrouve tous ses droits. Qu'en pense Marie-Christine Marghem ? On imagine qu'elle a d'autres chats à fouetter pour l'instant.
Delannois en embuscade
Depuis 2012, Rudy Demotte, lui, a perdu son mandat de ministre-Président wallon mais a conservé celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles, moins chronophage mais qui l'empêche toujours d'occuper pleinement sa fonction maïorale. Mais, il l'a promis, il s'en occupera à temps plein les six prochaines années si les Tournaisiens lui refont confiance.
On peut cependant se demander si Rudy Demotte ne pourrait pas perdre quelques plumes dans la bataille électorale. Le socialiste est parfois perçu comme un grand maladroit. "Lors des inondations, il est venu sur le terrain, à la rencontre des gens, mais il était équipé de petites chaussures de ville, là où les gens avaient de l'eau jusqu'au mollet", explique un observateur avisé de la vie politique tournaisienne.
Et puis, en s'empêchant de siéger comme bourgmestre, il a laissé la voie complètement libre à son remplaçant, Paul-Olivier Delannois. "Lors des inondations, lui, il avait des bottes…", ajoute notre interlocuteur. Fort d'un peu plus de 4 000 voix en 2012, le bourgmestre faisant fonction pourrait bien dépasser sa tête de liste. L'homme est partout. Un accident de la circulation survient à 4 h du matin, il se lève, s'habille et débarque sur les lieux.
Mais il a aussi quelques détracteurs. Après plusieurs bagarres dans des cafés du centre où une personne finira par y laisser la vie, il impose un couvre-feu… à 3 h du matin - ce qui ne fait pas non plus de Tournai une ville occupée par les nazis - qui a permis de ramener une certaine sérénité.
Et si c'était lui qui déjouait tous les pronostics qui ciblent surtout le duel des ministres Demotte et Marghem ? Delannois a une réelle chance, lui qui en 2012 n'était pas présenté comme quelqu'un de populaire - avec 4 000 voix, quand même, rappelons-le.
En attendant les élections, Tournai reste plutôt calme. Les affiches reprenant les trombines des candidats fleurissent un peu partout mais sans oppresser les Tournaisiens. Les candidats les plus en vue posent sur des affiches plus grandes que les autres et sur la Grand-Place, une remorque chargée de panneaux de candidats socialistes attend d'être récupérée par les colleurs d'affiches. Ça et là, d'autres affiches rouges et voyantes annoncent "Le bal de Rudy" pour le 5 octobre.
Quel avenir pour le pont des Trous ?
La vie à Tournai et l'Escaut qui traverse la ville suivent leur cours et attendent le retour aux urnes. À propos de l'Escaut d'ailleurs, on ne parle presque plus du pont des Trous. Cet ouvrage classé, du XIIIe siècle, que la majorité PS-MR voulait transformer pour permettre le passage de très grandes péniches, nécessaire, selon eux au développement économique de la Wallonie picarde et de la Wallonie tout court. Après les tergiversations des uns et des autres, les déclarations contradictoires des partenaires de la majorité, une consultation populaire que certains qualifient de "pour rire", et des polémiques à n'en plus finir, il semblerait que les compteurs soient remis à zéro. Renvoyant la balle à la France qui resterait ambiguë sur le développement du transport fluvial dans la région. Du moins, c'est sans doute ce qu'on laisse penser avant de relancer le débat lors de la prochaine législature. Sur ce point en tout cas, Demotte et Marghem semblent d'accord : moins on en parle durant la campagne électorale, mieux c'est.
