Les jeunes ont des idées pour rouvrir le dialogue avec la police: "Qu'ils nous parlent avant de nous mettre les menottes"

- Publié le 16-06-2020 à 06h26
- Mis à jour le 16-06-2020 à 11h29

Attention, chaud devant ! Entre les jeunes et la police, c'est souvent tendu. Il y a des invectives, des insultes, des violences. Les derniers événements (confinement, mort de George Floyd, menottes passées à deux ados bruxellois...) ont surligné le climat largement dégradé entre les uns et les autres.
Et si, pour en sortir par le haut, on demandait leur avis aux premiers concernés ? C'est la démarche entreprise par le Forum des jeunes, organe officiel de représentation des 16-30 ans en Fédération Wallonie-Bruxelles, qui a lancé une consultation des jeunes francophones. L'enquête ne se focalisait pas exclusivement sur les tensions mais tentait d'aborder plus globalement la problématique, en récoltant notamment des idées pour recréer le dialogue. "Il faut dénoncer les dysfonctionnements et le racisme au sein de la police, mais on a voulu aller à l'étape suivante : comment résoudre le problème?", résume Gauthier De Wulf, coordinateur du projet pour le Forum des jeunes.
1408 jeunes ont répondu à l'enquête
Plusieurs groupes de jeunes ont participé à l'élaboration du questionnaire : une école technique et professionnelle bruxelloise connue pour les rapports houleux entre ses élèves et la police ; un établissement d'enseignement général, en pleine campagne, à la réputation tranquille ; le conseil des jeunes de la commune d'Evere… L'enquête proprement dite (en ligne, pour cause de confinement) s'est déroulée de fin février à fin mai 2020. Quelque 1 408 jeunes, venant de tous les coins de l'espace francophone Wallonie-Bruxelles, ont répondu aux questions.
C'est un fait: la police a tendance à contrôler davantage les jeunes que les adultes: 7 répondants sur 10 le regrettent ou estiment cette situation proche de la discrimination; 2 sur 10 trouvent cela normal parce que les jeunes sont plus remuants et 1 sur 10 n'en pense rien. Parmi les sondés, un tiers (32,3 %) ont déjà fait l'objet d'un contrôle (les garçons deux fois plus que les filles).
La parole avant les menottes
Quel est, selon eux, le projet prioritaire à mettre en place pour améliorer les relations avec la police ? Pas moins de 1 228 jeunes ont répondu à cette question ouverte. Il en ressort un appel marqué à des rencontres avec la police, dans un cadre instititionnalisé (comme l'école) ou pas (balades communes à vélo, matches de foot…), relève M. De Wulf. Organiser des rencontres avec des policiers sans arme et sans uniforme permettrait de créer des liens avec les agents de quartier et d'installer la confiance, détaille ainsi un répondant. Autre souhait des jeunes : une communication youthfriendly. Les jeunes sont lassés de constater que quand un agent s'adresse à eux, c'est pour les contrôler. Ils voudraient que les agents leur demandent "Comment allez-vous ?" plutôt que "Donne-moi tes papiers". Bref, "qu'ils nous parlent avant de nous mettre les menottes", résume un jeune.
Pour certains, le préalable à toute réconciliation, c'est de mener des enquêtes transparentes sur les flics qui dérapent et que ces derniers soient punis. Sinon, ce sera difficile de les considérer comme "partenaires" et plus comme "adversaires".