Le jour où Guillaume Meurice a découvert la vacuité des députés : "Là, il y a eu une petite bascule dans ma tête"
Pendant dix ans, pour France Inter, il a promené son micro dans les travées de l'Assemblée nationale.

- Publié le 05-09-2026 à 20h01

Il a hésité. Pas longtemps, pas beaucoup, mais il a hésité. Allait-il nous parler de ce moment où, en maternelle, il a compris qu'il allait être enfermé pendant quelques années dans l'institution scolaire et qu'il valait mieux en faire un terrain de jeu, ou de cet autre moment, tellement important, survenu quand il a fait rigoler une salle pour la première fois, se sentant "à sa place" ? Il a aussi pensé à nous raconter ce jour où le poster de sa chambre d'ado est venu le saluer sur un quai de gare. "C'était Basile Boli", sourit le fan de l'OM. "Je vous raconterai ça une prochaine fois".
Finalement, tout bien pesé, c'est encore une autre proposition qu'il a retenue, et qu'il nous déroule avec gourmandise. "J'ai commencé mes petits reportages humoristiques pour France Inter en 2014 et la première fois que je suis allé à l'Assemblée nationale, j'étais quand même un peu impressionné. C'est là où les lois se font, ce sont les ors de la République… En France, on est élevés là-dedans, dans cette mythologie". Et puis, dans ce décor, bien sûr, il y a les députés, "dans une sorte de mise en scène, les gardes républicains, les journalistes dans la salle des Quatre Colonnes. C'est un peu un immense cirque, dans lequel je débutais".
Puis vient le moment où il doit tendre son micro aux élus de la nation. "Et là, il y a eu une petite bascule dans ma tête parce que je les pensais vraiment beaucoup plus malins que ça", dit-il en riant. "D'abord, je me suis rendu compte qu'ils avaient peur. De raconter des conneries. Au départ, c'est moi qui étais un peu impressionné et puis, très vite, j'ai compris que c'était eux qui l'étaient. Pas par moi ni par ma présence, même pas par mes questions, mais pour eux, il y avait un enjeu : s'ils racontent des conneries au micro, ils risquent, possiblement, d'avoir à en répondre pendant des semaines. Bref, je me suis dit que le pouvoir n'était peut-être pas là où je le pensais."
Malicieux, Guillaume Meurice s'amuse à les relancer, à jouer au candide, ce qui les met "un peu dans des situations de panique". "Ensuite, je me suis rendu compte qu'ils ne maîtrisaient même pas leurs dossiers. Je les pensais, au minimum, un peu cyniques, mais non. C'est juste après l'élection de Macron que je me suis dit ça : tous les députés macronistes qui ont débarqué un peu de nulle part, ne connaissaient rien du tout. Ils étaient hyper sympas, ils découvraient l'Assemblée nationale, un peu comme moi, mais ils étaient nuls". Et de nous raconter une anecdote autour des APL – les aides au logement – qu'il n'a jamais oubliée. "Macron avait baissé les APL, donc, déjà, les gens qui n'avaient pas de thune, on leur en supprimait encore un peu. Et le député qui était censé défendre sa réforme m'expliquait que ça allait permettre de relancer l'économie. Ce qui n'avait aucun sens. Mais il n'avait pas réfléchi au truc, il n'avait pas travaillé, en somme."
Ce n'est que plus tard qu'il arrive à cette conclusion : c'est parce qu'ils sont nuls qu'ils sont là. "C'était l'époque où Macron voulait une majorité de députés de la société civile. Donc des gens qui avaient sûrement une expertise dans le monde de l'entreprise, qui étaient bons dans leur domaine, mais pas dans la politique ni pour l'intérêt général. Mais je ne leur en veux même pas : ce sont les institutions françaises et la Ve République en particulier, qui sont complètement inopérantes et je reste poli".
Guillaume Meurice a promené son micro pendant dix ans, pour France Inter. "Je me suis beaucoup amusé, mais à la fin, j'avais quand même l'impression d'avoir fait le tour", analyse-t-il aujourd'hui. "D'autant que les gens commençaient à me reconnaître, les députés aussi. À la fin, quand ils me voyaient arriver, il y en avait plein qui ne voulaient plus me répondre. Ils me disaient 'on t'aime bien, on t'écoute, mais par contre, on ne répondra pas à tes questions'."