L’envers de la politique

Pour son 4e long métrage en temps que réalisateur, George Clooney aborde un sujet qui le passionne : la politique. Dans les coulisses d’une élection aux primaires démocrates, il filme l’apprentissage du pouvoir et des compromissions. Pour ce faire, il est entouré d’un casting de rêve : Ryan Gosling, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti… 1 h 41.

L’envers de la politique
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H. H.

15 mars. En Idaho, la campagne bat son plein pour la primaire démocrate, opposant le gouverneur Morris au sénateur Thompson. Alors que l’issue approche, tous les coups sont désormais permis et les entourages de l’un et l’autre multiplient les coups bas pour tenter d’affaiblir l’adversaire Petit à petit, l’intègre et idéaliste gouverneur Morris doit, lui aussi, remettre sa dignité en poche et se salir les mains pour sauver sa peau

L’intrigue est connue. Pourtant, "The Ides of March" se révèle passionnant. Pour son quatrième long métrage, George Clooney aborde un milieu qui le passionne, la politique. Après un intermède historico-sportif avec "Jeux de dupes", en 2008, l’idole hollywoodienne revient, en effet, à un sujet plus sérieux. Pour autant, si son second film, le très beau "Good Night, and Good Luck", en 2005, avait une tonalité très sombre, décrivant la chasse aux sorcières qui frappa la presse américaine dans les années 50, "Les marches du pouvoir" tire plutôt vers la farce.

"Votez McKay", de Michael Ritchie, en 1971, "Les hommes du président", d’Alan Pakula, en 1976, "Primary Colors", de Micke Nichols, et "Des hommes d’influences", de Barry Levinson, en 1998 Le cinéma américain a souvent traité, de façon très convaincante, des luttes politiciennes intestines et des compromissions qu’implique le pouvoir. En adaptant la pièce de Beau Willimon "Farragut North" (qui s’inspirait de la campagne aux primaires d’Howard Dean en 2004), Clooney n’apporte évidemment rien de neuf. Pourtant, sans révolutionner le genre, il parvient à décrire avec talent le monde actuel. Un monde totalement interconnecté où vraies nouvelles et rumeurs fausses se confondent dans l’immédiateté médiatique.

On sait les sympathies libérales de l’acteur et réalisateur hollywoodien. Pour universaliser le propos de la moralité en politique, il a l’intelligence de se placer dans son propre camp, n’opposant pas un démocrate et un républicain, mais bien deux candidats du même bord. La farce n’en est que plus grinçante, alliant légèreté et gravité pour décrire la comédie humaine dans ce qu’elle peut avoir de plus dramatique.

Mais le plaisir que l’on prend à revoir ce film qu’on a déjà vu, outre sa mise en scène maîtrisée, à la fois classique et rythmée, provient surtout de ses acteurs. Intelligemment, Clooney se met en retrait en interprétant ce gouverneur Morris, avec lequel il semble partager beaucoup d’idées. Ce qui l’intéresse, plus que les hommes politiques, ce sont, en effet, les hommes et les femmes qui tournent autour d’eux. L’occasion pour Ryan Gosling de démontrer une nouvelle fois qu’il faut désormais compter avec lui - on le reverra dans "Drive" la semaine prochaine et est toujours à l’affiche de "Crazy Stupid Love". Il excelle ici dans le rôle d’un chargé communicant aux dents longues, aux côtés de Philip Seymour Hoffman et Paul Giamatti, jubilatoires dans le rôle de deux spin doctors rompus aux coups bas. Tandis que l’on croise encore Evan Rachel Wood en jeune bénévole idéaliste et Marisa Tomei en journaliste de "Time Magazine" à la chasse au scoop. "Les marches du pouvoir" est en tout cas un hommage respectueux et très réussi aux grands films politiques des années 70. Clooney redonne vie à ce cinéma à la fois populaire et intelligent que délaisse trop souvent la machine hollywoodienne


Réalisation : George Clooney. Scénario : G. Clooney, Grant Heslov & Beau Willimon (d’après la pièce de B. Willimon). Avec G.Clooney, Ryan Gosling, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti 1 h 41.


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